Victimisation secondaire

Principalement mobilisé dans le contexte des violences faites aux femmes, le concept de vic­ti­mi­sa­tion secon­daire désigne une souf­france sup­plé­men­taire engendrée par les pro­cé­dures judi­ciaires ou admi­nis­tra­tives quand de nouvelles violences envers les victimes s’ajoutent à celles déjà subies et accen­tuent le préjudice moral. Propos humi­liants employés par les avocat·es ou les magistrat·es, énoncé de sté­réo­types ou préjugés sexistes pendant les audiences ou dans les décisions de justice, incré­du­li­té face aux décla­ra­tions des victimes, questions condes­cen­dantes, mal­adroites ou insul­tantes, etc.

Apparu dans les années 1980, dans le sillage des sciences cri­mi­nelles s’intéressant aux relations entre système judi­ciaire et victimes, le terme a été introduit dans les textes juri­diques inter­na­tio­naux à partir des années 2010 – il fait son entrée dans la juris­pru­dence de la Cour euro­péenne des droits de l’homme en 2015. En France, la notion a été utilisée pour la première fois à l’occasion du procès de l’acteur Gérard Depardieu, en mai 2025, condamné – en plus de sa peine de prison avec sursis – à verser 1 000 euros aux victimes en raison des propos de son avocat pendant la procédure judi­ciaire, jugés exces­si­ve­ment violents envers les plaignantes.

Dans une bande dessinée publiée dans La Déferlante, l’autrice Ana Pich décrit la vic­ti­mi­sa­tion secon­daire dont Khadija (elle n’a pas souhaité donner son nom de famille) a été victime lors de la procédure contre son ex-conjoint accusé de viols, actes de torture et de barbarie à son encontre. Khadija n’a pas été informée par l’institution judi­ciaire de la tenue du procès de son ex-conjoint mais l’a appris par voie de presse. Sa demande de sus­pen­sion d’audience afin de pouvoir se rendre au procès lui a été refusée. En tant que partie civile, elle n’a également pas pu faire appel lorsque son ex-conjoint a fina­le­ment été acquitté pour les faits de viol. Après qu’elle a engagé une procédure contre l’État pour faire recon­naître les défaillances de la justice, il a été reconnu en mai 2025 que Khadija avait été victime des dys­fonc­tion­ne­ments de l’institution judi­ciaire. Fait inédit : l’agente de l’État mise en cause a été condamnée à lui verser 8 000 euros en réparation.



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