Le programme
Jeudi 12 novembre à 19 heures, en marge de l’exposition Prisonnières – dont nous sommes partenaires –, Sarah Benichou, membre du comité éditorial de La Déferlante, animera une discussion sur la question du travail du sexe. Elle aura lieu après la projection du documentaire Télétravail du sexe et réunira ses deux réalisatrices Carmina et Prune ainsi que Florian Vörös, chercheur en sciences de l’information et spécialiste des questions liées à la sexualité.
Informations et réservation ici.
À propos de l’exposition :
Prisonnières ou la longue histoire des insoumises
À deux pas de la gare de l’Est, palmiers et façade ocre donnent à la médiathèque municipale Françoise-Sagan des airs de couvent niçois. Nous sommes pourtant face à l’ancienne infirmerie de la prison pour femmes de Saint-Lazare, « Saint-Lago » pour les intimes. Dans l’expo Prisonnières, qui se tient dans ces murs, photos, registres d’écrou, affiches abolitionnistes, coupures de presse sensationnalistes, graffitis et empreintes de détenues composent un parcours riche et ciselé. Les visiteur·euses y saisissent le vécu de ces dizaines de milliers de femmes qui, de 1811 à 1932, ont été privées de leur liberté, emportées par la voix de l’historienne des femmes et des féminismes Michelle Perrot, qui a grandi dans le quartier et commente la visite.
Derrière quelques figures de meurtrières ou de célébrités comme Louise Michel ou Mata Hari se dessine la masse de celles, bien plus nombreuses, qui y ont été enfermées pour « insoumission », c’est-à-dire « prostitution indépendante ». L’exposition nous donne ainsi à voir ce moment où la pauvreté des femmes devient une affaire de police et d’État : celles qui refusent de se laisser ficher par la police des mœurs s’exposent à l’arrestation, tandis que les autres, fichées, doivent subir des visites médicales quinzomadaires et, syphilitiques, finissent quand même à Saint-Lago pour y être « soignées », c’est-à-dire soustraites à la rue ou à leur maison close pour protéger les hommes de la contamination. Évidemment, les grandes – et les petites – voleuses y sont aussi passées. À leurs côtés – même si l’administration les sépare, soucieuse de briser les solidarités politiques – les avorteuses, les anarchistes et les syndicalistes de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.
Rappelant la violence contre les femmes qu’implique une politique réglementariste du travail du sexe, l’exposition Prisonnières est d’utilité publique. Seul un morceau manque peut-être. Jusqu’en 1975 – année du grand mouvement d’occupation d’églises par les prostituées de France contre les amendes et les peines de prison qui les prenaient à la gorge et brisaient leurs foyers – Saint-Lazare a été le lieu d’enfermement des travailleuses du sexe de la capitale : arrêtées pour racolage, les filles y étaient internées dans l’attente de leur jugement. Derrière le règlementarisme, le prohibitionnisme n’a pas libéré les travailleuses du sexe de la répression. Saint-Lazare en est, malgré elle, le témoin.
