Ce concept a été forgé dans les années 1970 pour mettre en évidence les phénomènes d’appropriation des enjeux écologiques par des mouvements d’extrême droite. Aujourd’hui perçue sur l’échiquier politique comme un mouvement progressiste, l’écologie n’a pas toujours été de gauche. Les mouvements écologistes réactionnaires et conservateurs remontent au XIXe siècle, lorsque des intellectuels et des groupes politiques nationalistes rejettent le progrès technologique et l’urbanisation et appellent à la préservation de la nature face à la révolution industrielle. Au XXe siècle, ces critiques s’étendent à l’égalité des sexes, la reconnaissance des droits des homosexuel·les ou l’extension des droits reproductifs (accès à l’IVG, à la PMA, etc.), qui sont vus comme des dérives du progrès. Le libéralisme politique est accusé de piétiner les normes sociales traditionnelles de la même manière que le libéralisme économique détruit l’environnement. Dans ce sillage, des mouvements identitaires établissent aujourd’hui des parallèles entre désastres climatiques et montée des luttes féministes, queers ou antiracistes. Or, une partie de la gauche anarchiste et décroissante est poreuse à ce type de discours écofascistes, d’où une certaine confusion dans le champ des idées.
Dans l’article « Écologie : les idéologies réactionnaires en embuscade », la journaliste Christelle Gilabert montre comment les mouvements écofascistes s’appuient sur des discours biologisants pour promouvoir une contre-société prétendument plus respectueuse d’une « nature » mythifiée (« les migrant·es seraient des “espèces invasives” qui menaceraient l’écosystème ; l’homosexualité serait “contre-nature” et les personnes transgenres nieraient les “réalités biologiques” ») et présente les sociétés « blanches, patriarcales et hétéronormées » comme menacées par les revendications féministes, queers ou antiracistes.
Pour aller plus loin
Antoine Dubiau, Écofascismes, Éditions Grevis, 2022.