L’expression « Social Justice Warrior », littéralement « guerrier·e de la justice sociale », a été utilisée pour la première fois dans un sens péjoratif en 2009 sur le blog de l’auteur étasunien de science-fiction Will Shetterly. À partir de 2011, l’expression commence à se diffuser sur Twitter (devenu X en 2023) mais c’est en 2014 que son utilisation explose, à l’occasion de l’affaire dite du « Gamergate », une campagne de cyberharcèlement menée principalement par des groupes masculinistes de la communauté des jeux vidéo infiltrés par l’extrême droite.
Comme le montre la journaliste Pauline Ferrari dans son article « Gamergate, un laboratoire de l’antiféminisme trumpiste » (La Déferlante no 21, février 2026), l’extrême droite étasunienne s’est rapidement emparée de cette expression pour désigner et délégitimer les intellectuel·les engagé·es pour une justice sociale et les militant·es féministes, antiracistes ou LGBTQIA+. L’affaire est l’occasion de s’« opposer aux Social Justice Warriors », affirme Theodore Beale, écrivain étasunien et militant d’extrême droite. Les soutiens du Gamergate désignent sous cette appellation toute personne qui ferait l’apologie « du politiquement correct et d’une supposée idéologie d’extrême gauche dans les jeux vidéo », explique la chercheuse Marion Coville. Aujourd’hui, l’expression a cédé du terrain et laissé place au mot « woke » ou « wokiste », comme figure repoussoir dans les discours conservateurs et d’extrême droite. Peu importe les mots, le mécanisme reste le même : réunir sous une même étiquette péjorative toute personne portant un discours progressiste pour délégitimer ses revendications.
Pour aller plus loin
- Judith Lussier, On ne peut plus rien dire. Le militantisme à l’ère des réseaux sociaux, Éditions Cardinal, 2019, 224 pages.
- Alex Mahoudeau, La Panique woke. Anatomie d’une offensive réactionnaire, Textuel, 2022, 160 pages.
