« Qu’est-ce qu’on fait de cette violence qu’on prend dans la gueule ? »

À partir d’aujourd’hui, Les mauvais jours finiront, le nouveau livre de La Déferlante Éditions, est en pré­com­mande sur notre site. Recueil d’une cor­res­pon­dance entre les écri­vaines Alice Zeniter et Phœbe Hadjimarkos Clarke ancrée dans l’actualité des derniers mois, l’ouvrage est une invi­ta­tion à penser, en fémi­nistes, le monde qui vacille. Les deux autrices reviennent sur cette expé­rience lit­té­raire inédite. 
Publié le 26/08/2026

Crédit photo : Louise Quignon pour La Déferlante, 2026

Découvrez la cor­res­pon­dance de Phoebe Hadjimarkos Clarke et Alice Zeniter dans Les mauvais jours finiront.

Pendant six mois, entre l’automne 2025 et le début de l’année 2026, à l’invitation du média épis­to­laire La Disparition, Alice Zeniter et Phoebe Hadjimarkos Clarke se sont écrit une lettre par mois, tentant de saisir l’actualité d’un monde qui ne cesse de s’effondrer.

Qu’est-ce que #MeToo a fait des rapports femmes-hommes ? Qu’ont l’écrivain Jules Vallès et la chanteuse Alizée à nous apprendre sur l’adultisme ? Que raconte la série Urgences des backlashs anti­fé­mi­nistes et racistes des trente dernières années ?

Toutes deux nous écrivent depuis leur place d’écrivaine, mais aussi et surtout avec leur regard de femme, d’intellectuelle, d’artiste, de mère ou belle-mère, d’amie et d’amante. Au fil de leur conver­sa­tion, avec leur sen­si­bi­li­té propre, les deux autrices inter­rogent les bas­cu­le­ments réac­tion­naires à l’œuvre et invitent avec sincérité et géné­ro­si­té à continuer de chercher des moyens de résister au quotidien. « Comment faire pour détourner nos vies de l’horizon qu’ont prévu pour nous les forces réac­tion­naires ? », s’interroge Phoebe Hadjimarkos Clarke. « Si je veux laisser de la place à d’autres récits que les récits dominants qui me par­viennent, il faut que je consacre moins d’attention à ceux-ci. Je n’ai plus le temps de regarder sans cesse les garçons, j’ai plein de choses à faire », lui répond Alice Zeniter.

Alice et Phœbe, en tant qu’autrices, vous vous lisiez mutuel­le­ment mais vous n’aviez jamais échangé. Comment avez-vous abordé cette correspondance ?

PHŒBE HADJIMARKOS CLARKE : Au tout début, j’étais hyper stressée parce qu’Alice est une star. J’ai commencé à lui écrire alors que j’étais en train de traduire un recueil de l’écrivaine Maggie Nelson, ce qui a beaucoup nourri mon écriture. Je me suis autorisée à aller loin dans l’intime comme dans les questions théoriques.

ALICE ZENITER : J’aimais le travail de Phœbe, qui a une manière d’écrire qui n’est pas du tout la mienne, donc j’étais heureuse de pouvoir en parler avec elle. Cette cor­res­pon­dance nous a permis de renouer avec le plaisir d’écrire à quelqu’un sur le temps long. Pendant des jours, je pouvais reprendre la lettre que j’avais écrite, supprimer ou ajouter des sujets.

PHŒBE HADJIMARKOS CLARKE : J’ai aussi aimé cette tem­po­ra­li­té. L’actualité a également joué un rôle important. On a beaucoup parlé d’articles qu’on lisait ou d’émissions qu’on écoutait, qui ont nourri nos réflexions.

Selon vous, qu’est-ce que la cor­res­pon­dance permet par rapport aux autres formes d’écriture que vous pratiquez telles que le roman ?

ALICE ZENITER : Une cor­res­pon­dance donne le temps de formuler le mieux possible une opinion naissante, elle permet de recevoir la réponse et d’en être bougée.

PHŒBE HADJIMARKOS CLARKE : Elle permet de mettre en jeu ses convic­tions et de les voir pour ce qu’elles sont : des pensées qui nous tra­versent et peuvent se méta­mor­pho­ser au contact d’autres pens


« Une cor­res­pon­dance donne le temps de formuler une opinion naissante, elle permet de recevoir la réponse et d’en être bougée. »
Alice Zeniter


Tout au long de cette cor­res­pon­dance, vous avez beaucoup évoqué l’adultisme : la domi­na­tion des adultes à l’égard des enfants. Pourquoi ?

PHŒBE HADJIMARKOS CLARKE : J’ai parlé de mon expé­rience de paren­ta­li­té, Alice a rebondi sur son expé­rience avec sa belle-fille et, de fil en aiguille, on en est venues à parler d’adultisme et d’enfantisme.

ALICE ZENITER : La forme de cette cor­res­pon­dance se décidait toute seule parce que j’avais envie de réagir à ce que Phœbe disait, parce que certains sujets se faisaient écho en fonction de l’actualité.

Vous vous inté­res­sez de près aux backlashsréac­tion­naires. Que disent-ils de notre époque ?

ALICE ZENITER : On voit bien qu’en dix ans il y a eu une for­mi­dable avancée avec #MeToo puis un backlash. On peut se demander : « Qu’est-ce qu’on fait de cette violence qu’on prend dans la gueule ? » Est-ce qu’il y a encore moyen de l’analyser en ayant de l’espoir et en n’oubliant pas les victoires passées?

PHŒBE HADJIMARKOS CLARKE : S’il y a un backlash, c’est qu’il y a eu des avancées tellement signi­fi­ca­tives qu’elles mettent en danger le statu quo réac­tion­naire. Cela étant, je pense que ce n’est pas le moment de se reposer sur nos lauriers. Il faut continuer à lutter.

→ Phœbe Hadjimarkos Clarke et Alice Zeniter, Les mauvais jours finiront, 128 pages, 17 euros, La Déferlante Éditions. À paraître le 2 octobre et en pré­com­mande sur revueladeferlante.fr/editions/.

Manal Fkihi

Journaliste vidéo à La Déferlante, elle est passée par les rédactions de Loopsider, Period et au service video du parisien.fr. Elle a mené l’entretien entre Alice Zeniter et Phœbe Hadjimarkos Clarke. Voir tous ses articles

Lucie Geffroy

Elle a travaillé comme journaliste à Courrier international puis au Monde. Cofondatrice de La Déferlante, elle en est également corédactrice en chef et cheffe d'édition. Depuis Marseille, elle coordonne, entre autres, les pages BD de la revue et supervise la maison d’édition avec Emmanuelle Josse. Voir tous ses articles

Les mauvais jours finiront

Découvrez la cor­res­pon­dance de Phoebe Hadjimarkos Clarke et Alice Zeniter dans Les mauvais jours finiront.