En 2026, indignons-nous !

Plus que jamais, en ce début d’année, il y a dans l’air comme une musique lan­ci­nante, un refrain qui semble annoncer : « Il est déjà trop tard. » Avouons qu’entre la catas­trophe huma­ni­taire à Gaza, l’opération de mainmise de Donald Trump sur le Venezuela et les bom­bar­de­ments russes sur l’Ukraine, l’actualité se donne du mal pour nous effrayer.
À Rennes, le 10 juin 2024, lors d’une mani­fes­ta­tion contre l’extrême droite, après l’annonce d’élections légis­la­tives anti­ci­pées. Crédit photo : Louise Quignon / Divergences. 

Découvrez le numéro 20 de La Déferlante, « Soigner », parue en novembre 2025. Consultez le sommaire !

En France, les instituts de sondage prédisent régu­liè­re­ment des scores élevés pour le Rassemblement national aux muni­ci­pales de mars, puis à la pré­si­den­tielle. Quand ce n’est pas la victoire pure et simple de Jordan Bardella en 2027.

Même ambiance résignée du côté du ministère de l’Écologie où, depuis 2023, on nous propose non pas de lutter contre les causes du réchauf­fe­ment cli­ma­tique, mais de nous adapter pro­gres­si­ve­ment à vivre dans un monde à +4 °C. Imprégné·es des nar­ra­tions catas­tro­phiques et catas­tro­phistes qui tournent en boucle sur les chaînes d’infos, nourri·es des récits d’effondrement qui ali­mentent depuis plusieurs décennies le cinéma ou la lit­té­ra­ture, nous sommes projeté·es dans un après aussi ter­ri­fiant que familier. Dans ce contexte, est-il encore utile de lutter ?

La réponse est oui. Le résultat de la mobi­li­sa­tion des citoyen·nes de gauche lors des légis­la­tives anti­ci­pées de 2024 nous a prouvé qu’aucune situation n’est jamais jouée d’avance. Alors qu’on se voyait déjà avec un Premier ministre d’extrême droite à Matignon, c’est l’union de la gauche qui l’a emporté. Répétons aussi que les sondages n’ont pas valeur d’oracle et qu’ils nous ren­seignent davantage sur leurs com­man­di­taires (des chaînes d’infos, des think tanks…) que sur la réalité de l’opinion.

Matière à agir

« Quand on s’engage dans une cause, ce n’est pas fon­da­men­ta­le­ment pour gagner, rappelle l’essayiste Corinne Morel Darleux, mais avant tout parce que la cause nous semble juste à mener – et […] même quand tout semble flingué, il reste toujours un pes­si­misme à organiser, des lueurs à préserver ». Militante éco­lo­giste, engagée de longue date contre les inéga­li­tés, elle suggère que la trans­for­ma­tion sociale repose sur trois piliers : la mise en place de systèmes alter­na­tifs qui pré­fi­gurent un monde sou­hai­table, des récits renou­ve­lés et des luttes vivaces.

C’est pré­ci­sé­ment pour donner de la matière à penser et agir à celles et ceux qui veulent s’engager contre les violences de genre, le racisme, les inéga­li­tés sociales et envi­ron­ne­men­tales, que La Déferlante s’est créée il y a bientôt cinq ans. Cette année encore, parce que la bataille contre les systèmes d’oppression se mène aussi sur le terrain de l’information, nous vous pro­po­se­rons des enquêtes, à l’image de celles déjà réalisées ici et en 2025, mais aussi des débats et des récits qui donnent de l’élan.


« Même quand tout semble flingué, il reste toujours un pes­si­misme à organiser, des lueurs à préserver »

Corinne Morel Darleux, essayiste

Notre 21e numéro intitulé « Obtenir justice », dont les préventes démarrent à la fin du mois, s’intéressera à la manière dont les victimes tentent, par l’organisation col­lec­tive, de mieux se faire entendre de l’institution judi­ciaire. Fin mai, c’est un numéro consacré aux chants de lutte qui paraîtra. En septembre, nous publie­rons un dossier sur l’usage et les effets de la déso­béis­sance en politique, avant de terminer l’année par un dossier « Grandir » qui traitera de la domi­na­tion adulte.

« L’indignation, pour qu’elle ne soit pas un simple spasme, a besoin de s’appuyer sur des faits. Sur des enquêtes. Sur des récits solides », écrit la jour­na­liste Salomé Saqué en préface de la récente réédition d’Indignez-vous ! (éditions Rue de l’échiquier, 2025), le livre-tract de Stéphane Hessel, qui, deux ans après sa sortie en 2010, s’était vendu à plus de deux millions d’exemplaires à travers le monde. Dans ce fascicule d’une soixan­taine de pages, le nona­gé­naire, aujourd’hui décédé, rappelait à la jeune géné­ra­tion que « la pire des attitudes » est l’indifférence. « Je vous souhaite à tous, écrivait-il, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation ». On n’aurait pas dit mieux.

Marie Barbier

Journaliste spécialisée dans les questions judiciaires. Elle a longtemps traîné sur les bancs des palais de justice pour le quotidien L’Humanité. Cofondatrice, elle en est aujourd’hui corédactrice en chef de La Déferlante. Elle gère, depuis Rennes, les questions financières. Voir tous ses articles

Emmanuelle Josse

Ancienne consultante dans l’édition et la communication et cofondatrice du P.A.F – Collectif pour une parentalité féministe. Cofondatrice, corédactrice en chef, elle est en charge, depuis Paris, des relations libraires et de la maison d’édition. Voir tous ses articles

Lucie Geffroy

Elle a travaillé comme journaliste à Courrier international puis au Monde. Cofondatrice de La Déferlante, elle en est également corédactrice en chef et cheffe d'édition. Depuis Marseille, elle coordonne, entre autres, les pages BD de la revue et supervise la maison d’édition avec Emmanuelle Josse. Voir tous ses articles

Marion Pillas

Après un détour par la production de documentaires, elle est revenue au journalisme avec La Déferlante. Elle en est cofondatrice et corédactrice en chef. Depuis Lille, elle supervise la newsletter, les partenariats et les événements. Voir tous ses articles

Soigner dans un monde qui va mal

Découvrez le numéro 20 de La Déferlante, « Soigner », parue en novembre 2025. Consultez le sommaire !