Mariscadoras, les travailleuses de la mer

En Galicie, dans le nord-ouest de l’Espagne, la pêche aux coquillages est une tradition ances­trale aux mains des femmes. Celles qui la pra­tiquent jouissent d’une indé­pen­dance éco­no­mique que beaucoup leur envient. Mais leur activité est aujourd’hui menacée par la crise environnementale.
Publié le 19/10/2026

Photos : Kinga Wrona

Retrouvez cet article dans la revue La Déferlante, n°24, Grandir, parue en novembre 2026. Consultez le sommaire

Des dizaines de sil­houettes noires, râteau à la main, s’avancent dans l’eau à marée des­cen­dante. Vêtues de com­bi­nai­sons en néoprène et d’épais chaussons, ces maris­ca­do­ras (« ramas­seuses de coquillages » en galicien et en castillan) grattent et ratissent les fonds sableux de la ria d’Arousa, à la recherche de palourdes et de coques. Leur récolte sera ensuite vendue aux mareyeurs de la région.

Sur la côte gali­cienne, cette pêche à pied arti­sa­nale est une tradition ances­trale autant qu’un pivot de l’économie. L’immense majorité de celles qui la pra­tiquent sont des femmes. Travailleuses indé­pen­dantes, elles ont pour la plupart plus de 40 ans et ont souvent préféré ce métier – qui met pourtant leur corps à rude épreuve –
à un travail posté dans les usines du coin. Durant la saison de pêche, qui s’étale géné­ra­le­ment d’octobre à février, elles peuvent gagner jusqu’à 30 000 euros chacune.

Cependant, depuis une vingtaine d’années, la pollution et le dérè­gle­ment cli­ma­tique mettent en péril leur activité. La tem­pé­ra­ture de l’eau – qui dépasse désormais les 20 °C en été – comme sa concen­tra­tion en sel ne cessent d’augmenter. Des algues se déve­loppent, ce qui entrave la repro­duc­tion et la crois­sance des ­coquillages, dont le nombre a chuté de 80 % ces dernières années. Comme ont chuté les revenus que les maris­ca­do­ras pouvaient en tirer.

Depuis 2017, une poignée d’entre elles, orga­ni­sées au sein du collectif Amar Carril (« Aimer Carril », du nom d’un village
portuaire réputé pour ses palourdes), tentent de sen­si­bi­li­ser la popu­la­tion locale et les touristes aux menaces qui pèsent sur leur pro­fes­sion. En les conviant à leurs sessions de pêche à pied, elles essaient de trans­mettre les gestes qui fondent cette tradition galicienne.

À travers ce reportage, la pho­to­graphe polonaise Kinga Wrona poursuit son travail de docu­men­ta­tion des effets concrets
de la crise cli­ma­tique. Elle immor­ta­lise
la tran­si­tion d’une com­mu­nau­té locale, entre tradition et adap­ta­tion néces­saire à la nouvelle donne environnementale. •

TEXTE ET LÉGENDES
Marion Pillas, coré­dac­trice en chef de La Déferlante

PHOTOS
Kinga Wrona

Rosana est membre des Mariscadoras, 
la communauté des pêcheuses de coquillages 
de Galice, au nord-ouest de l’Espagne.
Rosana est membre des Mariscadoras, la com­mu­nau­té des pêcheuses de coquillages de Galice, au nord-ouest de l’Espagne.

Cima, pêcheuse de coquillages
Cima, pêcheuse de coquillages

Douleurs articulaires, ampoules aux mains… La pêche aux coquillages met le corps 
des femmes à rude épreuve.
Douleurs arti­cu­laires, ampoules aux mains… La pêche aux coquillages met le corps des femmes à rude épreuve. 

Le dérèglement climatique bouleverse l’écosystème marin, favorise la prolifération 
des algues et fait disparaître les coquillages. Dans l’estuaire, une station flottante mesure 
la température et la salinité de l’eau.
Le dérè­gle­ment cli­ma­tique bou­le­verse l’écosystème marin, favorise la pro­li­fé­ra­tion des algues et fait dis­pa­raître les coquillages. Dans l’estuaire, une station flottante mesure la tem­pé­ra­ture et la salinité de l’eau.

Au cours des vingt dernières années, la production de palourdes a chuté de 73 %. L’activité 
des mariscadoras, qui constitue un des moteurs 
de l’économie galicienne, est en sursis.
Au cours des vingt dernières années, la pro­duc­tion de palourdes a chuté de 73 %. L’activité des maris­ca­do­ras, qui constitue un des moteurs
de l’économie gali­cienne, est en sursis.

Luz, une des mariscadoras, 
dans la ria d’Arousa, en Galice.
Luz, une des maris­ca­do­ras, dans la ria d’Arousa, en Galice.

Celles qui continuent à pêcher 
la palourde sur les côtes galiciennes 
ont conscience que leur activité est menacée. Elles se sont constituées en collectif pour alerter la population sur les effets du dérèglement climatique.
Celles qui conti­nuent à pêcher la palourde sur les côtes gali­ciennes ont conscience que leur activité est menacée. Elles se sont consti­tuées en collectif pour alerter la popu­la­tion sur les effets du dérè­gle­ment climatique.

Kinga Wrona

Photographe documentaire polonaise, elle documente la relation entre l’humanité et la nature à l’ère du changement climatique. Ses oeuvres ont été exposées et publiées à l’échelle internationale dans des magazines tels que EPIC, National Geographic Polska, FOTO et le New York Post. Elle a réalisé le portfolio sur les mariscadoras. Voir tous ses articles

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Retrouvez cet article dans la revue La Déferlante, n°24, Grandir, parue en novembre 2026. Consultez le sommaire