En France, les instituts de sondage prédisent régulièrement des scores élevés pour le Rassemblement national aux municipales de mars, puis à la présidentielle. Quand ce n’est pas la victoire pure et simple de Jordan Bardella en 2027.
La réponse est oui. Le résultat de la mobilisation des citoyen·nes de gauche lors des législatives anticipées de 2024 nous a prouvé qu’aucune situation n’est jamais jouée d’avance. Alors qu’on se voyait déjà avec un Premier ministre d’extrême droite à Matignon, c’est l’union de la gauche qui l’a emporté. Répétons aussi que les sondages n’ont pas valeur d’oracle et qu’ils nous renseignent davantage sur leurs commanditaires (des chaînes d’infos, des think tanks…) que sur la réalité de l’opinion.
Matière à agir
« Quand on s’engage dans une cause, ce n’est pas fondamentalement pour gagner, rappelle l’essayiste Corinne Morel Darleux, mais avant tout parce que la cause nous semble juste à mener – et […] même quand tout semble flingué, il reste toujours un pessimisme à organiser, des lueurs à préserver ». Militante écologiste, engagée de longue date contre les inégalités, elle suggère que la transformation sociale repose sur trois piliers : la mise en place de systèmes alternatifs qui préfigurent un monde souhaitable, des récits renouvelés et des luttes vivaces.
C’est précisément pour donner de la matière à penser et agir à celles et ceux qui veulent s’engager contre les violences de genre, le racisme, les inégalités sociales et environnementales, que La Déferlante s’est créée il y a bientôt cinq ans. Cette année encore, parce que la bataille contre les systèmes d’oppression se mène aussi sur le terrain de l’information, nous vous proposerons des enquêtes, à l’image de celles déjà réalisées ici et là en 2025, mais aussi des débats et des récits qui donnent de l’élan.
« Même quand tout semble flingué, il reste toujours un pessimisme à organiser, des lueurs à préserver »
Corinne Morel Darleux, essayiste
Notre 21e numéro intitulé « Obtenir justice », dont les préventes démarrent à la fin du mois, s’intéressera à la manière dont les victimes tentent, par l’organisation collective, de mieux se faire entendre de l’institution judiciaire. Fin mai, c’est un numéro consacré aux chants de lutte qui paraîtra. En septembre, nous publierons un dossier sur l’usage et les effets de la désobéissance en politique, avant de terminer l’année par un dossier « Grandir » qui traitera de la domination adulte.
« L’indignation, pour qu’elle ne soit pas un simple spasme, a besoin de s’appuyer sur des faits. Sur des enquêtes. Sur des récits solides », écrit la journaliste Salomé Saqué en préface de la récente réédition d’Indignez-vous ! (éditions Rue de l’échiquier, 2025), le livre-tract de Stéphane Hessel, qui, deux ans après sa sortie en 2010, s’était vendu à plus de deux millions d’exemplaires à travers le monde. Dans ce fascicule d’une soixantaine de pages, le nonagénaire, aujourd’hui décédé, rappelait à la jeune génération que « la pire des attitudes » est l’indifférence. « Je vous souhaite à tous, écrivait-il, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation ». On n’aurait pas dit mieux.
