Evars : l’heure d’un premier bilan

Obligatoire depuis 2001, l’éducation à la vie affective et rela­tion­nelle (et à la sexualité, pour les collégien·nes et lycéen·nes) est, depuis la rentrée 2025, dotée d’un programme officiel. Mais dans quelles condi­tions cet appren­tis­sage obli­ga­toire est-il réel­le­ment mis en œuvre depuis un an ? La Déferlante fait le bilan.
Publié le 10/09/2026

Rendue obligatoire par une loi datant de 2001, l’Evars ne dispose d’un programme officiel que depuis la rentrée scolaire 2025. Crédit photo : Jeanne Paturel / Agence 1h23
Rendue obli­ga­toire par une loi datant de 2001, l’Evars ne dispose d’un programme officiel que depuis la rentrée scolaire 2025. Crédit photo : Jeanne Paturel / Agence 1h23

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Après les manœuvres des mou­ve­ments réac­tion­naires et com­plo­tistes pour peser sur la rédaction du programme Evars, on aurait pu s’attendre à un climat scolaire mou­ve­men­té depuis son entrée en vigueur offi­cielle en septembre 2025.

Pourtant, « peu de réactions hostiles nous ont été remontées », constate Mélanie Mermoz, admi­nis­tra­trice de la Fédération des conseils de parents d’élèves en Seine-Saint-Denis (FCPE93). Sans doute parce que « les agi­ta­teurs, Parents vigilants et le reste de la galaxie de l’extrême droite, notamment les partisan⋅nes d’Éric Zemmour, sont peu présents sur notre ter­ri­toire », reconnaît-elle. Ces derniers mois, au détour de conver­sa­tions avec des parents d’élèves ou lors d’échanges sur WhatsApp, elle a bien eu vent d’inquiétudes sur le caractère sup­po­sé­ment « trop sexualisé » du programme, parfois jugé peu adapté aux élèves de mater­nelle et d’élémentaire. Alors, pour rassurer ces familles, la FCPE a mis en place des webi­naires ouverts à tous·tes : « Ça a été une occasion d’expliquer ce qu’il y avait dans le programme, de discuter. » En par­ti­cu­lier dans le contexte des révé­la­tions sur les violences sexuelles dans le péri­sco­laire puis de l’affaire Lyhanna, « ça a estompé très fortement les craintes [sur l’enseignement de l’Evars] », se félicite Mélanie Mermoz.

Selon une étude publiée par le Collectif éducation contre les LGBTIphobies en milieu scolaire et uni­ver­si­taire, au niveau national, seulement la moitié des éta­blis­se­ments avaient mis en œuvre le programme Evars au printemps 2026. La repré­sen­tante FCPE93 note que l’Evars reste une matière suspecte, dont les dif­fi­cul­tés de mise en place ques­tionnent les rapports entre l’école et les familles : « Nous, parents, ne demandons pas des comptes aux enseignant·es sur la façon dont ils vont enseigner les fractions ou l’histoire des Gaulois, pourquoi cela devrait-il être le cas pour l’Evars ? »

« C’est la loi »

Au sein des écoles, collèges et lycées, c’est parfois l’encadrement qu’il faut convaincre de la nécessité de sen­si­bi­li­ser les élèves aux enjeux rela­tion­nels et à la sexualité. Sur ce point, l’arrivée du programme scolaire Evars a changé la donne :
« On avait une hié­rar­chie très récal­ci­trante et peureuse sur le sujet, qui nous mettait beaucoup en garde, car elle craignait des réactions comme en Belgique [où certaines écoles ont été incen­diées à la suite de campagnes de dés­in­for­ma­tion] rapporte Valéri, professeur·e d’histoire-géographie dans l’Aisne et membre de l’association Queer Éducation. Cette année, on a pu rappeler à la direction que c’était la loi. » Cette dernière a obtempéré, mais sans assumer tota­le­ment : « Dans les emplois du temps, les séances d’Evars ne sont jamais indiquées comme telles. » Une stratégie courante des éta­blis­se­ments pour éviter la répro­ba­tion de certain·es parents.

Bien au-delà de rares réactions hostiles, le frein majeur au déploie­ment de l’Evars réside dans le fait que cet ensei­gne­ment ne dispose d’aucun créneau horaire réservé dans les emplois du temps. L’année dernière, Valeri et ses collègues avaient préparé des séances mais n’ont pu les présenter aux élèves, faute de temps : « Six heures sur une année, c’est énorme lorsqu’on doit prendre sur l’enseignement d’une autre matière. Celles et ceux qui se portent volon­taires pour enseigner l’Evars doivent prendre sur leurs heures de cours ou faire des heures sup­plé­men­taires qui ne sont pas rémunérées. »

Toujours selon l’étude du Collectif éducation contre les LGBTphobies, seul un tiers des éta­blis­se­ments primaires et secon­daires comp­taient des enseignant·es formé·es à l’Evars en mars 2026. Un chiffre sur­pre­nant au regard de l’ambition de l’Éducation nationale d’internaliser l’éducation à la vie affective et à la sexualité.


Seul un tiers des éta­blis­se­ments primaires et secon­daires comp­taient des enseignant·es formé·es à l’Evars en mars 2026


Dans le même temps, des asso­cia­tions expertes, autrefois très sol­li­ci­tées pour assurer ces séances, sont aujourd’hui écartées des écoles. Le Planning familial de l’Isère a, par exemple, connu une baisse brutale de son activité sur l’année scolaire 2025–2026 : moins 83 % d’interventions par rapport à l’année pré­cé­dente. En cause, une mention sur le site Éduscol, une pla­te­forme destinée aux professionnel·les de l’Éducation nationale, qui laissait entendre que les asso­cia­tions ne seraient plus auto­ri­sées à inter­ve­nir dans les écoles primaires. Malgré une mobi­li­sa­tion et un rétro­pé­da­lage du ministère, le mal est fait : « Aujourd’hui, des inspecteur·ices conti­nuent de dire à des directeur·ices d’école qu’on ne peut pas inter­ve­nir, alors que c’est faux », explique Léa Delahaye, une salariée du Planning familial.

« Pas tout à fait prêt⋅es »

Comble de l’ironie, tant que tout le personnel ensei­gnant n’a pas été formé, les asso­cia­tions sont priées de ne pas trop s’éloigner : « En sous-texte, la direction aca­dé­mique nous dit : “Si vous pouviez rester là encore quelques années, parce qu’on n’est pas tout à fait prêt⋅es, ce serait pas mal” », confirme Léa Delahaye, qui regrette que le principe de cocons­truc­tion des séances n’ait pas été préservé. Selon elle, « c’est la com­plé­men­ta­ri­té entre équipe éducative et asso­cia­tion exté­rieure qui fait qu’une séance est de qualité ».

Si le ministère est resté muet sur ce bilan et n’a pas annoncé de nouvelles mesures faci­li­tant l’application du programme Evars à la rentrée 2026, il a en revanche fait part de la mise en place d’un ques­tion­naire sur les violences sexuelles à des­ti­na­tion de l’ensemble des élèves de France. Une mesure qui pose à nouveau la question des moyens finan­ciers que la rue de Grenelle accepte d’allouer à la pré­ven­tion aussi bien qu’à la formation des enseignant·es à l’accueil des té

LE CORRE MAELLE

Journaliste et autrice, Maëlle Le Corre travaille sur les questions féministes, LGBTQIA+ et enfantistes pour Marie Claire, StreetPress ou encore Mediapart. Elle a codirigé l’ouvrage collectif Gouines (Points, 2024) et publie en cette rentrée un essai intitulé Qui a peur de l’éducation à la sexualité ? (Seuil). Voir tous ses articles

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