Colorisme

Le colorisme est un concept socio­lo­gique qui désigne la hié­rar­chie implicite entre les personnes racisées en fonction de la pig­men­ta­tion de leur peau. Plus la peau est claire, plus le statut social de la personne serait élevé. Le terme est la tra­duc­tion de l’anglais « colorism », utilisé pour la première fois par l’autrice éta­su­nienne Alice Walker dans son livre In Search of Our Mothers’ Garden (Harcourt Brace Jovanovich, 1983, non traduit). 

Ce préjugé est hérité de l’époque de l’esclavage et de la colo­ni­sa­tion, pendant laquelle les personnes ayant la peau plus claire pouvaient béné­fi­cier de certains avantages : tra­vailler comme domes­tique plutôt qu’aux champs ou s’occuper des enfants des pro­prié­taires d’esclaves, être perçues comme plus intel­li­gentes ou plus belles… Dans Peau noire, masques blancs (Points, 2015 [Seuil, 1952]), le psy­chiatre et penseur de la déco­lo­ni­sa­tion Frantz Fanon écrit que le colorisme s’explique aussi par le fait que les personnes colo­ni­sées finissent « par intégrer les discours de stig­ma­ti­sa­tion, le sentiment d’être infé­rieurs » et cherchent donc à res­sem­bler aux colonisateur·ices. Aujourd’hui, le colorisme se manifeste par l’utilisation de cos­mé­tiques toxiques par certaines personnes pour s’éclaircir la peau, ou – en Inde notamment – lorsque les annonces matri­mo­niales précisent la teinte de peau recher­chée chez le ou la future partenaire.

L’article « La percée des chan­teuses noires » (La Déferlante no 22, mai 2026), qui revient sur l’émergence de nom­breuses chan­teuses noires dans l’industrie musicale française ces dernières années, montre que le colorisme joue un rôle important dans l’évolution de leurs carrières : « Parce que je suis métisse, je suis un “compromis accep­table”, dénonce Camille Yembe. Je sais très bien que si une femme plus foncée arrive, il est possible qu’on me pri­vi­lé­gie moi. » Ce préjugé a aussi pu favoriser des chan­teuses d’origines magh­ré­bines dans les années 1990 et 2000, en oppo­si­tion aux chan­teuses noires qui « étaient renvoyées à une imagerie amé­ri­caine jugée trop voyante, trop cor­po­relle, trop sexuelle. » Pour les jour­na­listes Christelle Murhula et Estelle Ndjandjo, cela s’explique par le fait l’industrie musicale française est « majo­ri­tai­re­ment dirigée par des hommes blancs qui [évaluent] le potentiel des artistes féminines à travers des préjugés liés à leurs origines et à leur apparence ».


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