Technoféminisme

Le tech­no­fé­mi­nisme est un courant de recherche qui étudie, d’une part, la façon dont les normes de genre intro­duisent des inéga­li­tés struc­tu­relles dans la concep­tion, le déve­lop­pe­ment et l’usage des nouvelles tech­no­lo­gies et qui, d’autre part, s’intéresse à la manière de lutter contre ces inéga­li­tés ainsi qu’au potentiel éman­ci­pa­teur de ces tech­no­lo­gies pour les groupes sociaux mar­gi­na­li­sés. Dans son ouvrage Technoféminisme (Grasset, 2023), la jour­na­liste Mathilde Saliou montre comment les normes mas­cu­lines struc­turent le monde numérique et conduisent à la mar­gi­na­li­sa­tion des femmes et des personnes racisées, voire encou­ragent leur dis­cri­mi­na­tion et les violences à leur égard en favo­ri­sant les discours mas­cu­li­nistes ou d’extrême droite. Elle décrit aussi la façon dont de nombreux col­lec­tifs militants tech­no­fé­mi­nistes déve­loppent des pratiques pour rendre les espaces numé­riques plus inclusifs ou en faire des espaces de résis­tance aux oppres­sions systémiques.

Parmi ces pratiques, on peut relever celle du hacking. Apparu avec les premiers ordi­na­teurs domes­tiques, le hacking consiste ori­gi­nel­le­ment à expé­ri­men­ter les nouvelles tech­no­lo­gies pour en com­prendre le fonc­tion­ne­ment, que ce soit des appareils physiques, des sites internet ou des logiciels. Par la suite, la défi­ni­tion du hacking s’est étendue à tous les systèmes : tech­no­lo­giques, numé­riques ou sociaux. Les com­mu­nau­tés de hackeur·euses déve­loppent très vite une éthique de leur pratique : celle-ci doit être tournée autour du jeu, du plaisir, de l’échange et du partage d’informations. Elle doit aussi être com­mu­nau­taire, locale, sociale et viser à résoudre les failles des systèmes. Le hacking peut également servir à porter des reven­di­ca­tions poli­tiques : on parle alors d’hacktivisme.

Le hacking féministe ajoute à ces principes une critique des oppres­sions sys­té­miques que sont le patriar­cat, le racisme ou le capi­ta­lisme. Comme le souligne la cher­cheuse Sophie Toupin, certaines hackeuses fémi­nistes tra­vaillent à déve­lop­per des infra­struc­tures fémi­nistes autonomes, à lutter contre les violences sexistes et sexuelles, et à déman­te­ler des réseaux mas­cu­li­nistes ou racistes en ligne. C’est ce à quoi s’est employée la hackeuse Martha Root en janvier 2026, lorsqu’elle a mis hors ligne le site de rencontre WhiteDate, réservé aux supré­ma­cistes blanc·hes. Cet épisode, relaté par la jour­na­liste Lucie Ronfaut dans son article « Sur la trace des hackeuses » (La Déferlante no 23, septembre 2026), est un exemple rela­ti­ve­ment rare de hacking féministe. La plupart des hackeuses étant « bien moins nom­breuses que leurs pairs masculins », précise la jour­na­liste. Aussi, des espaces tech­no­fé­mi­nistes encou­ragent l’apprentissage du hacking pour que « chacun·e reprenne le contrôle [des tech­no­lo­gies], en com­men­çant par les systèmes qu’elle ou il fréquente », explique dans l’article Ada LaNerd, membre du hackers­pace stras­bour­geois Hackstub et coparente du collectif Hacqueen.


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