Des dizaines de silhouettes noires, râteau à la main, s’avancent dans l’eau à marée descendante. Vêtues de combinaisons en néoprène et d’épais chaussons, ces mariscadoras (« ramasseuses de coquillages » en galicien et en castillan) grattent et ratissent les fonds sableux de la ria d’Arousa, à la recherche de palourdes et de coques. Leur récolte sera ensuite vendue aux mareyeurs de la région.
Sur la côte galicienne, cette pêche à pied artisanale est une tradition ancestrale autant qu’un pivot de l’économie. L’immense majorité de celles qui la pratiquent sont des femmes. Travailleuses indépendantes, elles ont pour la plupart plus de 40 ans et ont souvent préféré ce métier – qui met pourtant leur corps à rude épreuve –
à un travail posté dans les usines du coin. Durant la saison de pêche, qui s’étale généralement d’octobre à février, elles peuvent gagner jusqu’à 30 000 euros chacune.
Cependant, depuis une vingtaine d’années, la pollution et le dérèglement climatique mettent en péril leur activité. La température de l’eau – qui dépasse désormais les 20 °C en été – comme sa concentration en sel ne cessent d’augmenter. Des algues se développent, ce qui entrave la reproduction et la croissance des coquillages, dont le nombre a chuté de 80 % ces dernières années. Comme ont chuté les revenus que les mariscadoras pouvaient en tirer.
Depuis 2017, une poignée d’entre elles, organisées au sein du collectif Amar Carril (« Aimer Carril », du nom d’un village
portuaire réputé pour ses palourdes), tentent de sensibiliser la population locale et les touristes aux menaces qui pèsent sur leur profession. En les conviant à leurs sessions de pêche à pied, elles essaient de transmettre les gestes qui fondent cette tradition galicienne.
À travers ce reportage, la photographe polonaise Kinga Wrona poursuit son travail de documentation des effets concrets
de la crise climatique. Elle immortalise
la transition d’une communauté locale, entre tradition et adaptation nécessaire à la nouvelle donne environnementale. •
TEXTE ET LÉGENDES
Marion Pillas, corédactrice en chef de La Déferlante
PHOTOS
Kinga Wrona
de l’économie galicienne, est en sursis.

