Un million de révoltes féministes

Publié le 28/04/2022

En Inde, le combat pour les droits des femmes est inti­me­ment lié à la lutte du pays pour son indé­pen­dance, et les mou­ve­ments fémi­nistes s’inspirent encore des actions non violentes théo­ri­sées par Gandhi. Depuis une décennie, une nouvelle géné­ra­tion prend la relève, à la fois très connectée au monde et investie sur le terrain.

Depuis le début de l’année, la société indienne est secouée par un débat important sur la cri­mi­na­li­sa­tion du viol marital. La question a ressurgi à l’occasion d’un recours devant la Haute Cour de Delhi, le 12 janvier dernier, formulé par plusieurs asso­cia­tions, telles l’ONG RIT Foundation et All India Democratic Women’s Association. Elles réclament la révision de l’article 375 du Code pénal indien, écrit en 1860 sous la domi­na­tion coloniale bri­tan­nique, qui définit le « crime du viol » en exemptant de pour­suites les rapports sexuels forcés quand ils sont commis dans le cadre d’une union conjugale. Depuis, sur les réseaux sociaux, comme dans les rues de New Delhi, des mobi­li­sa­tions se sont mul­ti­pliées. Parmi les opposants à la révision de la loi : le gou­ver­ne­ment ultra­con­ser­va­teur et natio­na­liste hindou de Narendra Modi, au pouvoir depuis mai 2014, et qui, par la voix d’un porte-parole, a appelé à « ne pas suivre aveu­glé­ment l’Occident en cri­mi­na­li­sant le viol marital ». Connue pour certains jugements pro­gres­sistes (elle est la première instance fédérale à avoir dépé­na­li­sé l’homosexualité, en 2009), la Haute Cour de Delhi, sommée de statuer, pourrait rendre un avis favorable à la recon­nais­sance du viol marital – au moment où nous bouclons ces pages, la décision n’a pas encore été rendue publique. Cette poten­tielle avancée majeure pour les droits des femmes en Inde ne doit pas faire perdre de vue que le pouvoir en place fait tout pour maintenir les struc­tures patriar­cales. Si le gou­ver­ne­ment met en avant quelques figures féminines comme porte-voix, il défend en réalité une vision patriar­cale et eth­no­na­tio­na­liste hindoue de la société indienne. En ligne et hors ligne, l’intimidation des acti­vistes fémi­nistes – surtout si elles sont musul­manes – par le gou­ver­ne­ment lui-même ou par ses sympathisant·es a pris des dimen­sions inégalées. […]

 

Ingrid Therwath

Docteure en sciences politiques, spécialiste de l’Inde, elle a écrit de nombreux articles et co-écrit plusieurs ouvrages sur ce pays. Elle est également journaliste à Courrier international et membre de l’AJL (Association des journalistes lesbiennes, gays, bi·e·s, trans et intersexes), qu’elle a co-présidée de 2020 à 2022. Voir tous ses articles