Tout commence par une affaire judiciaire qui aurait pu rester dans l’ombre en raison de sa terrible et non moins révoltante banalité. Elle constitue pourtant le point de départ d’une mobilisation massive et décisive dans la lutte contre les violences sexuelles.
Nous sommes le 24 avril 2017, à Montmagny, dans le Val‑d’Oise. Une collégienne de 11 ans rentre chez elle en passant par le parc de son quartier. C’est le milieu de l’après-midi, les cours ont fini plus tôt que prévu. Elle croise un homme qu’elle a déjà vu dans le voisinage. Il lui a déjà parlé à deux reprises. À nouveau, il entame la conversation, puis lui propose de le suivre chez lui. Elle accepte. L’homme de 28 ans la viole, une première fois dans la cage d’escalier de l’immeuble, puis dans son appartement. En état de choc, l’enfant rentre chez elle et raconte ce qui lui est arrivé à ses parents, qui portent plainte.
Le parquet décide de poursuivre l’homme pour atteinte sexuelle sur mineur·e, une définition juridique vague qui désigne un contact physique « à connotation sexuelle » – hors viol ou agression sexuelle – impliquant une victime de moins de 15 ans et une personne majeure sans violence, contrainte, menace ou surprise. Puisqu’elle a suivi l’homme sans contrainte, l’enfant est considérée comme consentante. Qualifiée de délit dans le Code pénal français, l’atteinte sexuelle sur un enfant de moins de 15 ans est punie de sept ans de prison et de 100 000 euros d’amende, alors que le viol est un crime qui, lorsqu’il est commis sur un·e mineur·e de moins de 15 ans, peut valoir vingt ans de réclusion. Une minimisation intolérable pour les parents de la victime qui se tournent alors vers l’avocate Carine Durrieu Diebolt, spécialiste des dossiers de violences sexuelles. « Ils sont venus me voir dans l’optique qu’on se batte pour obtenir la qualification pour viol », se souvient-elle.
Saisie de l’affaire en juin 2017, elle doit préparer rapidement l’audience prévue en septembre : « Il me fallait une stratégie pour convaincre les magistrats de revenir sur la qualification pour viol, en n’ayant pas le procureur de la République de mon côté. La tâche était difficile. » Elle écrit une tribune pour exprimer sa colère, espérant susciter l’indignation face à l’aberration de la situation : « Et si la justice disait que votre enfant a consenti à des rapports sexuels avec un adulte ? » paraît sur le site Village juridique le 28 août. L’interpellation fait mouche, un journaliste de Mediapart s’intéresse à l’histoire. Le 25 septembre, veille de l’audience, il publie un article1Michael Hajdenberg, « Relation sexuelle à 11 ans : le parquet de Pontoise ne poursuit pas pour viol », Mediapart, 25 septembre 2017. qui déclenche une tempête médiatique. À son arrivée dans la salle des pas perdus du tribunal de Pontoise, Carine Durrieu Diebolt tombe des nues : « Je n’avais jamais vu une nuée pareille de journalistes. Je n’étais pas du tout préparée à ça. Avec l’aide de la greffière, j’ai réussi à faire entrer la famille par-derrière pour les protéger. » Si l’audience est finalement renvoyée à la demande de la défense, cette journée marque le début de ce que les médias appelleront l’« affaire Sarah », du prénom d’emprunt attribué par Mediapart à la victime pour la protéger, qui restera le seul connu du grand public. Après l’interview accordée au journal en ligne, la famille ne parlera plus à la presse.
Une mobilisation portée par les féministes
Quand l’affaire éclate, à l’automne 2017, nous sommes quelques semaines avant les révélations du New York Times sur Harvey Weinstein, point de départ d’un déferlement mondial de témoignages de violences sexistes et sexuelles, porté par le hashtag #MeToo.
Une telle colère n’explose cependant pas sans signes avant-coureurs. En France, il y a eu l’affaire Dominique Strauss Khan (lire « L’affaire DSK, emblématique du sexisme à la française », Rose Lamy, La Déferlante no 1, mars 2021), puis l’affaire Baupin2En 2016, Mediapart et France Inter ont révélé les témoignages de plusieurs élues d’Europe Écologie Les Verts accusant le député Denis Baupin de harcèlement et d’agressions sexuelles. Après une plainte pour diffamation contre les journalistes et contre les plaignantes, il a été condamné pour procédure abusive en 2019.. « Ces couches d’indignation successives ont permis d’arriver à un stade où le changement opère », estime Madeline Da Silva. Cette ancienne élue municipale des Lilas (Seine-Saint-Denis) engagée contre les violences sexistes et sexuelles fait partie des militantes féministes qui ont œuvré, aux côtés d’associations comme Osez le féminisme ou le Collectif féministe contre le viol, pour que l’histoire de Sarah devienne l’objet d’un débat dont s’empare l’opinion. « À l’époque, je portais beaucoup de pétitions et j’ai senti très rapidement que ce scandale pouvait provoquer une vague d’émotions qui nous permettrait – contrairement à ce qui se passe le plus souvent – de sortir du fait divers pour aborder la dimension systémique des violences sexuelles sur les enfants. » Madeline Da Silva voit juste. Sa pétition3« Viol d’enfant : changeons la loi car l’enfant n’est jamais consentant », change.org rassemble en quelques semaines plus de 300 000 signatures (elle en compte aujourd’hui près de 600 000). Au point que, profitant de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre 2017, Emmanuel Macron, fraîchement élu président de la République, improvise une annonce : « J’ai une conviction personnelle que je veux vous partager, nous devons aligner l’âge de consentement sur celui de la majorité sexuelle, à 15 ans, par souci de cohérence et de protection des mineurs. »
« On avait décidé de se servir de l’affaire, de communiquer autour, et ça a joué un rôle dans le premier projet de loi. »
Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol
Le 13 février 2018, le tribunal correctionnel de Pontoise choisit de renvoyer le dossier à l’instruction en vue d’une requalification pour viol. C’est une première victoire pour Sarah et sa famille, qui sont alors épaulées et accompagnées par des militantes du Collectif féministe contre le viol (CFCV). « C’était important d’être là, se remémore sa présidente, Emmanuelle Piet. Le CFCV et d’autres associations féministes se mobilisaient depuis longtemps pour obtenir un changement dans la loi. On avait décidé de se servir de l’affaire, de communiquer autour, et ça a joué un rôle dans le premier projet de loi. »
Changer la loi en deux temps
Le mois suivant, Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, et Nicole Belloubet, garde des Sceaux, présentent en conseil des ministres leur projet de loi pour renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Le texte établit une série de mesures, dont l’une prévoit qu’une personne de moins de 15 ans sera présumée – et non reconnue d’office comme – non consentante à un rapport sexuel avec une personne majeure. Pour autant, cette présomption d’absence de consentement ne fixe pas de seuil d’âge de non-consentement. Une « loterie », regrette encore Carine Durrieu Diebolt, puisque c’est le juge qui doit dès lors apprécier le degré de « discernement nécessaire pour ces actes » de l’enfant au moment des faits. Chaque affaire de viol sur mineur·e sera alors jugée au cas par cas, sa maturité discutée à chaque fois. Un projet de loi « alambiqué », selon Emmanuelle Piet. En résumé, rien qui ne réponde véritablement à la demande des associations féministes d’une loi claire qui établisse un âge du consentement sexuel, comme c’est alors déjà le cas dans plusieurs pays, en Espagne ou au Canada.
Crédit : Sénat
Pour Alexandra Louis, députée La République en marche (LREM) à l’époque, la loi Schiappa votée en 2018 a eu le mérite d’ouvrir la voie : « Elle pose les premiers jalons, mais, effectivement, le texte en l’état n’était pas satisfaisant. On a dû se contenter d’une version limitée pour ne pas se prendre un mur constitutionnel. » La parlementaire est alors missionnée pour mener le rapport d’évaluation de la loi, à l’issue duquel plusieurs propositions sont déposées pour aller plus loin. Fin 2020, un texte déposé par la sénatrice Union des démocrates et indépendants (UDI) Annick Billon affiche un objectif plus ambitieux : « Le but de cette loi était de dire que c’est le majeur seul qui porte la responsabilité d’une relation sexuelle avec un mineur, insiste Alexandra Louis. Il n’y a pas à chercher la maturité d’un enfant, ni dans sa façon de s’habiller, de parler, ni à se demander s’il a repoussé l’adulte ou s’il a dit non. Cela paraît évident, mais, en réalité, ce n’est pas si simple. Il y avait à l’époque, et il y a encore, beaucoup de stéréotypes sur ce sujet. » Rapporteure de la proposition à l’Assemblée nationale, elle prend en compte les préconisations des associations et s’appuie sur les travaux de recherche en criminologie, en victimologie, en neurosciences pour comprendre la maturité cérébrale des enfants et leur capacité à consentir.
Crédit : Assemblée nationale
Si le seuil de l’âge du consentement à 15 ans fait rapidement consensus, la clause dite « Roméo et Juliette » va susciter plus de débats chez les parlementaires : elle vise à protéger les relations entre mineur·es et jeunes adultes des sanctions et établit un seuil de cinq ans d’écart d’âge en deçà duquel la question du consentement ne peut se poser, à l’exception des cas d’inceste, d’emprise, de contrainte ou d’exploitation sexuelle. Elle sera conservée dans la loi. Le 15 avril 2021, l’Assemblée nationale adopte en deuxième lecture la proposition de loi Billon, qui sera promulguée quelques jours plus tard.
Une affaire teintée de racisme
Quand Carine Durrieu Diebolt s’est emparée du dossier en 2017, elle a découvert une enquête préliminaire menée en un temps record, mais surtout à charge contre la collégienne, avec des questions « invraisemblables » des policier·es : « On lui a posé des questions fermées, avec plusieurs questions en une, comme “Est-ce que tu étais d’accord pour le suivre dans l’escalier, pour parler avec lui et pour avoir un acte sexuel avec lui ?” À la fin des auditions, on lui a demandé si elle avait pris du plaisir. » L’avocate juge la posture des policier·es « hostile » et considère qu’ils abordent la plainte avec un « biais défavorable, très stéréotypé ». Par exemple en commençant l’interrogatoire par une question sur sa fréquentation des réseaux sociaux.
Tout au long de la procédure, Sarah est victime d’adultification, c’est-à-dire qu’elle est perçue comme plus âgée qu’elle ne l’est réellement (lire le glossaire). Un biais souvent observé à l’égard des enfants racisé·es. Chez les petites filles noires, comme Sarah, cette adultification se traduit notamment par une hypersexualisation, laquelle s’inscrit dans un contexte politique plus large, comme le rappelle la sexologue Anaïs Alachède : « De par l’esclavage et la colonisation, les corps noirs sont fétichisés, exotisés et cela perpétue l’idée selon laquelle les femmes noires auraient des capacités, des compétences supérieures aux autres dans le domaine de la sexualité. » Sarah subit cette hypersexualisation, d’abord de la part de l’homme qui l’a violée, puis de la police et de la justice.
« Il n’y a pas à chercher la maturité d’un enfant, ni dans sa façon de s’habiller, de parler, ni à se demander s’il a repoussé l’adulte ou s’il a dit non. Cela paraît évident, mais en réalité, ce n’est pas si simple. »
Alexandra Louis, députée La République en marche
La dimension raciste du traitement judiciaire de l’affaire Sarah a longtemps été passée sous silence, y compris au sein des réseaux féministes mobilisés à l’époque. Constat ironique, lorsque l’on songe que c’est justement pour dénoncer les violences sexuelles commises sur les enfants noires que la lanceuse d’alerte et travailleuse sociale Tarana Burke a lancé le mouvement MeToo en 2006 – bien avant qu’il ne soit repris et médiatisé en 2017. « Il est évident que la dimension intersectionnelle est fondamentale dans la question des violences sexuelles sur mineurs, reconnaît Madeline Da Silva. On aurait dû travailler beaucoup plus la question du lien entre le racisme et les violences sexuelles sur les enfants, c’est une certitude. »
Pour Carine Durrieu Diebolt, les policier·es comme les magistrat·es ont lu l’affaire avec un biais de race mais aussi de classe : « Je crois que si la victime avait été issue d’un milieu bourgeois et blanc, auquel le procureur aurait pu s’identifier, jamais il n’aurait considéré que c’était une atteinte sexuelle sur mineure. » Sokhna Fall, vice-présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, voit dans ces biais l’absence de reconnaissance du « caractère systémique actif du racisme dans toute la société française ». C’est aussi la difficulté persistante de la justice à envisager son propre racisme qui est en jeu, selon elle : « C’est ce qu’on appelle aussi la fragilité blanche, soit la difficulté ou même l’impossibilité pour les blanc·hes de reconnaître leurs biais racistes, de peur d’apparaître à leurs propres yeux comme de “mauvaises personnes” [lire le glossaire]. Il faut au contraire ouvrir les yeux sur la place du racisme dans plein d’affaires de violences sexuelles, tant du côté des victimes que du côté des auteurs. » Dans l’affaire Sarah, la victime tout comme le violeur sont noir·es.
L’affaire Sarah va aussi permettre d’aborder des notions de psychotraumatismes : « C’est un des premiers procès où on a vraiment parlé de sidération [lire le glossaire] et dissociation traumatique », estime Carine Durrieu Diebolt.
La sidération mise en lumière
Quand elle reçoit le dossier de l’enquête menée après la plainte de Sarah, l’avocate découvre le compte rendu de l’examen mené aux unités médico-judiciaires : « Il est indiqué que la victime mineure est particulièrement dissociée, qu’elle est dans un état de déréalisation. Elle subit des actes, notamment un premier examen gynécologique, en étant complètement anesthésiée émotionnellement. Cela signifie qu’elle a subi un choc traumatique, alors qu’on est quelques heures après les faits. » Un élément capital « ni retenu ni exploité par le procureur de la République », regrette-t-elle. L’interprétation qui est faite de l’attitude de Sarah va jouer en sa défaveur et nourrir le doute sur sa crédibilité.
Pourquoi face à un agresseur sexuel, une victime ne se débat-elle pas ? Et pourquoi ne manifeste-t-elle pas d’émotions ni de tristesse a posteriori ? « Auparavant, que les victimes soient enfants ou adultes, la non-réaction était toujours interprétée comme un signe de consentement, puisqu’elles n’avaient pas réagi », rappelle Sokhna Fall. Or, la sidération est un mécanisme physique et psychique qui empêche justement de réagir face à un événement traumatisant, en l’occurrence « un danger pour la survie physique d’une personne, ou bien un danger pour sa survie psychique, parce que ce qui lui arrive est tellement incohérent, impensable ». Sokhna Fall ajoute un élément capital qui éclaire l’affaire Sarah et tant d’autres : « Le mécanisme de sidération sera d’autant plus fort quand la victime n’aura pas été en capacité de se méfier de l’agresseur : parce qu’elle lui fait confiance, parce que c’est un proche, parce que c’est un adulte et qu’elle est un enfant, soit toutes les raisons qui font que la victime n’identifie pas dès le départ la personne comme un danger. »
La dimension raciste du traitement judiciaire a longtemps été passée sous silence, y compris au sein des réseaux féministes mobilisés à l’époque.
Le 4 novembre 2022, près de cinq ans après les faits, le procès se tient enfin devant la cour criminelle départementale du Val‑d’Oise. La loi Billon, votée un an plus tôt, n’étant pas rétroactive, les débats vont donc se concentrer sur une question : le prévenu pouvait-il avoir conscience de l’âge de la victime ? Carine Durrieu Diebolt se souvient d’une défense déterminée à « salir » Sarah, à montrer que, du haut de ses 11 ans, elle avait déjà une expérience sexuelle. Dylan Slama, l’avocat de la défense, dénonce de son côté la surmédiatisation d’un procès où « l’opinion publique est entrée dans l’enceinte judiciaire ». « La prise de parole d’un ministre, les mouvements militants, tout ça a influé sur une décision de justice », assure-t-il. Son client, intérimaire et père de famille, est condamné à huit ans de détention, et le tribunal reconnaît à Sarah le statut de victime : elle « n’avait pas la maturité et le discernement pour consentir à une relation sexuelle avec un adulte ». Le procès en appel se tient en mars 2024. Cette fois, la presse ne se déplace pas en masse pour suivre l’audience. La défense, assurée cette fois par Gustave Charvet, entend mettre au cœur du débat l’attitude de Sarah ou encore son apparence physique : « Je maintiens qu’on était sur une atteinte sexuelle sur mineur et que le choix initial du parquet était le bon », estime l’avocat. La peine est finalement réduite à six ans d’emprisonnement. Une décision « plus proche d’une peine pour atteinte sexuelle que d’une peine pour viol sur mineur » aux yeux de la défense.
Un jalon dans un long combat
Près de dix ans après le début de cette affaire, Carine Durrieu Diebolt salue le courage de sa cliente, âgée désormais de 20 ans : « Elle a traîné ce poids pendant toute son adolescence et sa vie de jeune fille. Pourtant, elle a fait l’effort de venir à toutes les auditions, à toutes les audiences, à toutes les expertises. Sa parole a été constante. Il faut que la justice traite ces dossiers de manière beaucoup plus rapide. C’est trop long, bien trop long, une procédure de sept ans pour une enfant de 11 ans. » Sept années durant lesquelles l’avocate aura travaillé à protéger l’anonymat de sa cliente face à une médiatisation violente. Ni le véritable nom ni le visage de Sarah n’ont jamais été révélés. Après avoir obtenu la reconnaissance de la justice, Sarah, qui ne souhaite plus évoquer publiquement cette histoire, a pu terminer ses études et travaille aujourd’hui dans les services à la personne.
Crédit : Portail vidéo de l’Assemblée nationale
Avec la loi de 2021, la France a‑t-elle rattrapé son retard sur la question du non-consentement des enfants ? Depuis, l’atteinte sexuelle est moins fréquemment utilisée par les parquets, au profit des caractérisations de viol et d’agressions sexuelles. « C’est une avancée structurelle, assure Madeline Da Silva, mais ça n’est pas du tout suffisant. La loi protège enfin le parcours juridique des mineurs, mais à aucun moment, elle ne va empêcher un pédocriminel d’avoir une relation sexuelle avec un mineur. L’affaire Lyhanna4En juin 2026, Jérôme Barella est mis en examen pour le viol et le meurtre de Lyhanna Rameau Bernard, 11 ans. L’affaire met en lumière le manque de prise en compte de la parole des enfants, alors que le suspect faisait l’objet de plusieurs plaintes et signalements pour des faits de violences sexuelles sur mineures. vient de montrer à quel point une loi ne suffit pas. Augmenter ou alourdir les peines de prison ne dissuade pas un pédocriminel de passer à l’acte. » La militante regrette que les effets d’annonce ne soient jamais suivis de moyens concrets : « Les féministes répètent depuis dix ans que pour lutter contre les violences sexuelles sur les mineurs, il faut un plan d’urgence, il faut prévenir, il faut repérer les enfants victimes dans les écoles, il faut traiter les situations quand elles arrivent dans les commissariats. »
Comme un écho à l’affaire Sarah, l’affaire Lyhanna a donné lieu à une réponse législative avec la proposition de loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Examinée en octobre à l’Assemblée nationale, elle est en passe d’être vidée de sa substance – alors même que le texte était déjà jugé très insuffisant par certaines féministes. À presque une décennie d’intervalle, traversée par MeToo, ces affaires montrent l’une et l’autre comment un fait – qualifié de « fait divers » – porté par les associations féministes peut impulser un changement législatif. Elles démontrent aussi, malheureusement, la persistance de la difficulté des adultes à entendre la parole des enfants victimes. Et à la croire.
L’affaire Sarah en 7 dates
Mars 2016
Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes émet un avis en faveur de l’instauration d’un seuil d’âge en dessous duquel les mineur·es sont présumé·es ne pas avoir consenti à un acte sexuel avec une personne majeure.
Avril 2017
Sarah est violée par un homme de son quartier, alors qu’elle rentre du collège. Ses parents portent plainte. L’homme de 28 ans est poursuivi pour atteinte sexuelle.
Septembre 2017
La veille de l’ouverture du procès, un article de Mediapart déclenche une vague d’indignation. Les associations féministes s’emparent de l’affaire.
Novembre 2017
Emmanuel Macron annonce sa volonté d’établir dans la loi le seuil d’âge de non-consentement à 15 ans.
Août 2018
La loi Schiappa est votée. Elle contient une disposition de présomption de non-consentement dans les relations entre majeur·es et mineur·es de moins de 15 ans.
Avril 2021
La loi visant à protéger les mineur·es des crimes et délits sexuels et de l’inceste est adoptée le 21 avril : aucun adulte ne peut se prévaloir du consentement sexuel d’un enfant de moins de 15 ans, ou de moins de 18 ans en cas d’inceste.
Novembre 2022
Le violeur de Sarah est condamné à huit ans de prison, une peine réduite à six ans lors du procès en appel, en mars 2024.
