À Paris, un hôpital forme des hommes trans aux injections de testostérone

À la fin de mars 2026, un accueil de jour spé­cia­li­sé dans la pres­crip­tion de tes­to­sté­rone et la formation à l’auto-injection a été ouvert à l’hôpital Pierre-Rouquès-Les Bluets (Paris, 12e). Cette inau­gu­ra­tion s’inscrit dans une série d’initiatives médicales et asso­cia­tives visant à pallier la pénurie de soin pour les personnes trans. 
Publié le 23/04/2026

En réponse à la pénurie de soignant·es, certaines personnes trans se forment entre elles à l’administration d’hormones. Ici à Rennes, le 3 décembre 2023, des hommes trans partagent des bonnes pratiques sur la prise de tes­to­sté­rone. Crédit : Louise Quignon

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Célèbre pour sa maternité pionnière de l’accouchement « sans douleur » depuis les années 1950, l’hôpital Pierre-Rouquès-Les Bluets (Paris, 12e) a inauguré, le 25 mars 2026, un accueil consacré à la primo-prescription de tes­to­sté­rone pour les personnes transmasculines*. 

En d’autres termes : une consul­ta­tion per­met­tant une toute première pres­crip­tion hormonale. Un projet cocons­truit avec l’association trans­fé­mi­niste Acceptess‑T qui vient s’ajouter à des ini­tia­tives déjà exis­tantes portées par des orga­nismes comme le Planning familial et le centre de santé sexuelle asso­cia­tif Le Checkpoint (Paris, 2e).

Au téléphone, Laszlo Blanquart, codi­rec­teur d’Acceptess‑T, décrit une matinée pensée autour de la pair-aidance, l’entraide entre personnes concer­nées. L’idée : créer du lien autour d’un petit déjeuner, mais également dispenser des savoirs tech­niques et médicaux. « Pour certains, c’était la première fois qu’ils ren­con­traient d’autres personnes trans, explique l’activiste. Et c’est aussi le but de cette consul­ta­tion : échanger et faire prendre conscience à chacun de la diversité des parcours trans. » Avec lui, le jour de l’inauguration, étaient aussi présentes une infir­mière, une psy­cho­logue, une médecin et une conseillère conjugale.

Après un temps d’échange collectif où des personnes trans déjà hormonées peuvent partager leur vécu, la médecin reçoit chacun indi­vi­duel­le­ment pour envisager une pres­crip­tion de tes­to­sté­rone adaptée. S’il le souhaite, le patient repart avec une ordon­nance et une première fiole d’hormones que l’infirmière lui apprend dans la foulée à s’injecter. Un geste qu’il pourra, par la suite, repro­duire sans risques chez lui, seul ou avec l’aide d’un·e infirmièr·e. « Ce que l’on veut, c’est améliorer la prise en charge des personnes trans, souligne Marie Msika Razon, médecin géné­ra­liste et res­pon­sable du centre de santé sexuelle de l’hôpital Pierre-Rouquès-Les Bluets. C’est aussi une façon de leur permettre d’accéder à leurs droits. »

Refus de prise en charge

L’ouverture de l’hôpital de jour des Bluets inter­vient huit mois après la publi­ca­tion, en juillet 2025, de nouvelles recom­man­da­tions de la Haute Autorité de santé (HAS) sur la prise en charge des personnes trans majeures. Pour la première fois, l’organisme public reconnaît le principe d’autodétermination. Cela signifie que, désormais, les critères d’accès aux soins se basent sur les besoins exprimés par la personne concernée. Celle-ci est censée avoir accès à des infor­ma­tions complètes et doit pouvoir prendre une décision libre et éclairée. « Ces recom­man­da­tions nous per­mettent d’alléger le suivi et la prise en charge, reconnaît Marie Msika Razon. Mais on aurait ouvert cette consul­ta­tion même sans ça. » Avant cette publi­ca­tion, il était seulement toléré que la première ordon­nance d’hormones soit effectuée par des géné­ra­listes. Désormais, leur rôle est plei­ne­ment admis. Malgré cela, « il arrive encore que des personnes trans se voient refuser leurs hormones en pharmacie parce que la pres­crip­tion a été faite par un·e géné­ra­liste », regrette Marie Msika Razon.

Or, d’après un testing réalisé en 2025 par l’association d’entraide com­mu­nau­taire Fransgenre, 85 % des endo­cri­no­logues refu­se­raient de prendre en charge des personnes trans. Par consé­quent, les rares médecins – toutes spé­cia­li­tés confon­dues – qui font de la primo-prescription se retrouvent surchargé·es de travail, ce qui pousse les patients à se tourner vers les asso­cia­tions com­mu­nau­taires pour obtenir de l’aide ou des contacts. « Depuis le covid, on a des demandes que l’on voyait peu à Acceptess‑T, admet Laszlo Blanquart. Des personnes fran­çaises viennent vers nous pour de la primo-prescription. » Une situation inédite pour l’association, habituée jusque-là à accom­pa­gner presque exclu­si­ve­ment des personnes trans tra­vailleuses du sexe exilées et sans papiers.


85 % des endo­cri­no­logues refu­se­raient de prendre en charge des personnes trans 


Afin d’apporter une réponse rapide à cette pénurie de soins, Acceptess‑T, en par­te­na­riat avec l’association OUTrans et l’Espace santé trans, a ainsi lancé en 2021 une formation à des­ti­na­tion des géné­ra­listes, dont Marie Msika Razon, des Bluets, est une des premières à béné­fi­cier. Comme elle, les médecins qui suivent cette formation sont souvent déjà sensibilisé⋅es aux questions de genre. Selon le testing de Fransgenre, aucun·e endo­cri­no­logue n’a, par exemple, fait part de son souhait d’être formé·e en 2025.

Actuellement acces­sible une fois par mois aux personnes trans­mas­cu­lines majeures, la consul­ta­tion des Bluets pourrait pro­chai­ne­ment s’ouvrir aux personnes trans­fé­mi­nines. « On a été très cadré⋅es sur le projet [par l’hôpital], affirme Marie Msika Razon. On n’a pu ni mettre en place des groupes mixtes, ni proposer un atelier d’auto-injection d’œstrogènes parce qu’il n’existe pas d’autorisation de mise sur le marché pour ce produit [sous forme injec­table]. » Maintenant que l’hôpital de jour est ouvert, les Bluets pour­raient consacrer certaines matinées à des primo-prescriptions d’œstrogènes, mais seulement sous forme de gel ou de patch, « avec cette même approche de partage du savoir », insiste Marie Msika Razon. Reste un frein important à la démo­cra­ti­sa­tion de ces consul­ta­tions : « Pour le moment, elles ne peuvent être ouvertes qu’à des personnes qui ont un numéro de Sécurité sociale », laissant de côté toutes les personnes exilées sans papiers, explique la res­pon­sable du centre de santé sexuelle des Bluets. Elle espère que cela évoluera à terme.

* Ce terme désigne les hommes trans et les personnes non binaires se situant dans le spectre masculin.

Élie Hervé

Élie Hervé est journaliste spécialiste des questions de genres et de discriminations depuis 2019 et travaille avec de nombreux médias. Iel est aussi l’auteurice de « Transphobia. Enquête sur la désinformation et les discriminations transphobes » (Solar, 2025). Voir tous ses articles

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