Célèbre pour sa maternité pionnière de l’accouchement « sans douleur » depuis les années 1950, l’hôpital Pierre-Rouquès-Les Bluets (Paris, 12e) a inauguré, le 25 mars 2026, un accueil consacré à la primo-prescription de testostérone pour les personnes transmasculines*.
Au téléphone, Laszlo Blanquart, codirecteur d’Acceptess‑T, décrit une matinée pensée autour de la pair-aidance, l’entraide entre personnes concernées. L’idée : créer du lien autour d’un petit déjeuner, mais également dispenser des savoirs techniques et médicaux. « Pour certains, c’était la première fois qu’ils rencontraient d’autres personnes trans, explique l’activiste. Et c’est aussi le but de cette consultation : échanger et faire prendre conscience à chacun de la diversité des parcours trans. » Avec lui, le jour de l’inauguration, étaient aussi présentes une infirmière, une psychologue, une médecin et une conseillère conjugale.
Après un temps d’échange collectif où des personnes trans déjà hormonées peuvent partager leur vécu, la médecin reçoit chacun individuellement pour envisager une prescription de testostérone adaptée. S’il le souhaite, le patient repart avec une ordonnance et une première fiole d’hormones que l’infirmière lui apprend dans la foulée à s’injecter. Un geste qu’il pourra, par la suite, reproduire sans risques chez lui, seul ou avec l’aide d’un·e infirmièr·e. « Ce que l’on veut, c’est améliorer la prise en charge des personnes trans, souligne Marie Msika Razon, médecin généraliste et responsable du centre de santé sexuelle de l’hôpital Pierre-Rouquès-Les Bluets. C’est aussi une façon de leur permettre d’accéder à leurs droits. »
Refus de prise en charge
L’ouverture de l’hôpital de jour des Bluets intervient huit mois après la publication, en juillet 2025, de nouvelles recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) sur la prise en charge des personnes trans majeures. Pour la première fois, l’organisme public reconnaît le principe d’autodétermination. Cela signifie que, désormais, les critères d’accès aux soins se basent sur les besoins exprimés par la personne concernée. Celle-ci est censée avoir accès à des informations complètes et doit pouvoir prendre une décision libre et éclairée. « Ces recommandations nous permettent d’alléger le suivi et la prise en charge, reconnaît Marie Msika Razon. Mais on aurait ouvert cette consultation même sans ça. » Avant cette publication, il était seulement toléré que la première ordonnance d’hormones soit effectuée par des généralistes. Désormais, leur rôle est pleinement admis. Malgré cela, « il arrive encore que des personnes trans se voient refuser leurs hormones en pharmacie parce que la prescription a été faite par un·e généraliste », regrette Marie Msika Razon.
Or, d’après un testing réalisé en 2025 par l’association d’entraide communautaire Fransgenre, 85 % des endocrinologues refuseraient de prendre en charge des personnes trans. Par conséquent, les rares médecins – toutes spécialités confondues – qui font de la primo-prescription se retrouvent surchargé·es de travail, ce qui pousse les patients à se tourner vers les associations communautaires pour obtenir de l’aide ou des contacts. « Depuis le covid, on a des demandes que l’on voyait peu à Acceptess‑T, admet Laszlo Blanquart. Des personnes françaises viennent vers nous pour de la primo-prescription. » Une situation inédite pour l’association, habituée jusque-là à accompagner presque exclusivement des personnes trans travailleuses du sexe exilées et sans papiers.
85 % des endocrinologues refuseraient de prendre en charge des personnes trans
Afin d’apporter une réponse rapide à cette pénurie de soins, Acceptess‑T, en partenariat avec l’association OUTrans et l’Espace santé trans, a ainsi lancé en 2021 une formation à destination des généralistes, dont Marie Msika Razon, des Bluets, est une des premières à bénéficier. Comme elle, les médecins qui suivent cette formation sont souvent déjà sensibilisé⋅es aux questions de genre. Selon le testing de Fransgenre, aucun·e endocrinologue n’a, par exemple, fait part de son souhait d’être formé·e en 2025.
Actuellement accessible une fois par mois aux personnes transmasculines majeures, la consultation des Bluets pourrait prochainement s’ouvrir aux personnes transféminines. « On a été très cadré⋅es sur le projet [par l’hôpital], affirme Marie Msika Razon. On n’a pu ni mettre en place des groupes mixtes, ni proposer un atelier d’auto-injection d’œstrogènes parce qu’il n’existe pas d’autorisation de mise sur le marché pour ce produit [sous forme injectable]. » Maintenant que l’hôpital de jour est ouvert, les Bluets pourraient consacrer certaines matinées à des primo-prescriptions d’œstrogènes, mais seulement sous forme de gel ou de patch, « avec cette même approche de partage du savoir », insiste Marie Msika Razon. Reste un frein important à la démocratisation de ces consultations : « Pour le moment, elles ne peuvent être ouvertes qu’à des personnes qui ont un numéro de Sécurité sociale », laissant de côté toutes les personnes exilées sans papiers, explique la responsable du centre de santé sexuelle des Bluets. Elle espère que cela évoluera à terme.
* Ce terme désigne les hommes trans et les personnes non binaires se situant dans le spectre masculin.


