Bonjour, Je tenais à vous remercier pour votre enquête. Je m’y suis reconnue. Ça m’a fait beaucoup de bien d’enfin entendre quelqu’un en parler librement. J’ai subi l’inceste durant de nombreuses années par mon frère âgé de deux ans de plus que moi. Cette différence d’âge minimise très souvent les faits. Heureusement que ma mère m’a beaucoup soutenue, bien que mon père, qui a lui-même vécu dans un climat incestuel, ne se rende pas encore compte à quel point l’inceste peut détruire. Merci de libérer la parole, faisons en sorte que la société l’écoute.
Astrid
AUTEURS D’INCESTE AU MASCULIN ?
Bonjour,
Merci pour cette enquête et bravo à Sarah Boucault de faire de son histoire un sujet d’enquête. Je me suis posé une question à la lecture de l’article. Si les victimes d’inceste sont masculines et féminines, il me semble que les auteurs d’inceste reproduisant ces actes sont majoritairement masculins. J’aurais bien aimé explorer cette question-ci, sait-on jamais, dans un prochain article. Merci pour votre boulot !
Salimo
Bonjour Salimo,
En effet, les chiffres de la sociologue Marie Romero établissent que les mineurs auteurs de violences sexuelles incestueuses sont à 92 % des garçons. L’enquête de Sarah Boucault démontre à quel point leur prise en charge est quasiment inexistante : 82 garçons suivis en France en cinq ans, une goutte d’eau au regard du nombre de situations. C’est un angle que nous espérons continuer à explorer.
La Déferlante
DES ANNÉES POUR COMPRENDRE
Bonjour,
Il est difficile d’expliquer ce que j’ai ressenti en lisant le titre de votre enquête «Inceste commis par des mineurs ». Mon cœur s’est serré, puis a explosé dans ma poitrine. Des larmes se sont mises à couler le long de mes joues sans que je puisse les retenir. Des larmes de choc, des larmes de joie, de l’incrédulité. J’ai moi-même été victime d’inceste, de la part de mon demi-frère, pendant quatre ans, entre mes 11 et mes 15 ans. Je n’ai jamais rien dit pendant toutes les années où ça a duré, gardant ce secret dégoûtant enfoui au plus profond de moi-même. Il m’a fallu des années pour comprendre ce qu’il m’était arrivé et réussir à y donner du sens. Des années où je me suis détruit la santé à boire abondamment, souvent seule chez moi. Des années où j’ai laissé des dizaines et des dizaines d’hommes jouir de mon corps pour me sentir valorisée. Des années où j’ai été incapable d’aimer. À 24 ans, j’ai déménagé à Londres. Là, j’ai découvert le féminisme. Et j’ai appris que mon histoire n’était en fait qu’un exemple parmi tant d’autres de violences sexistes et sexuelles. J’ai passé des heures sur Internet à chercher des articles, des témoignages, n’importe quoi qui m’indiquerait que je n’étais pas seule dans ce cas. Rien. Le néant. Étant incapable de trouver des récits auxquels m’identifier, j’ai pendant longtemps pensé qu’après tout je l’avais peut-être voulu, que ça devait sûrement être ma responsabilité si tout ça m’était arrivé. J’ai 31 ans aujourd’hui. Grâce au féminisme, et à la thérapie que je suis depuis deux ans et demi, je suis finalement redevenue moi-même. J’ai rencontré un homme merveilleux que j’ai épousé l’été dernier. J’ai retrouvé mon énergie créative, mon désir d’apprendre. Il y a encore des jours plus durs que d’autres, mais j’ai surmonté ma dépression. Je me sens bien et je suis fière d’être qui je suis. Je tiens à vous remercier du plus profond de mon cœur. Vous allez aider beaucoup de victimes avec cette enquête. Merci.
Louise
Merci La Déferlante pour cette enquête qui éveille les consciences. L’inceste nous entoure et le monde est amorphe. Après l’avoir lue, j’en ai parlé autour de moi et une amie proche a osé me dire qu’elle suspectait son frère d’avoir des comportements incestueux avec son enfant. Je lui ai conseillé de la lire à son tour et désormais elle va en parler à sa famille. Il faut parler, c’est primordial.
Mat
Bonjour,
C’est la première fois qu’on parle de mon histoire avec autant de clairvoyance. Quel sujet dans notre société vous avez mis en lumière ! J’ignorais les chiffres. Malgré une grande terreur, ils me réchauffent un peu le cœur. C’est agréable de ne pas se sentir OVNI. La justesse de vos mots a redéfini le cadre.
Mathilde
RESPONSABILITÉ RENDUE
par Sarah Boucault
Mon père a parlé à son frère et ses sœurs. Le jour où je l’apprends, je visite un cimetière. Mon père a parlé à son frère et ses sœurs. Mon corps avance en mode automatique sur le goudron des allées funèbres. Mon père a
dit à sa sœur que son fils m’avait agressée sexuellement dans l’enfance et à l’âge adulte. Je marche d’un pas énergique entre les concessions. Mon père a annoncé à sa sœur qu’il ne verra plus jamais son fils, mon agresseur. Mon souffle est rapide, bruyant et nerveux; ma gorge est sèche. Mon père a annoncé à son frère qu’il ne verra plus jamais son fils, l’agresseur de mon frère. Dommage, l’eau n’est pas potable aux robinets du cimetière. Mon père a informé sa famille qu’il soutiendra ses enfants. Tiens, le vert des arbres rivalise avec le gris des tombes. Au bout de 25 ans, mon père a changé de camp. Tiens, le soleil d’avril réchauffe ma peau. Mon père a renoncé à la réputation familiale. Tiens, mes épaules s’ouvrent et ma tête se redresse. Mon père a choisi ses enfants. Le soleil remplit le cimetière.
Les effets traumatiques des agressions incestueuses sont infimes comparés aux effets de l’abandon. En témoignant publiquement, j’ai rendu aux adultes de ma famille la responsabilité qui leur appartient depuis toujours et les ai contraints à prendre position. La révélation est d’or contre le silence des lâches, la démission des parents et l’indifférence de la société.
La mort du secret est une déflagration familiale. Mais mon père a changé de camp, et ma dignité revit.


