Et ne sommes-nous pas des filles ?

Publié le 07/02/2022
Maya Mihindou

En novembre 2020, dans un podcast intitulé La Fille sur le canapé, l’autrice Axelle Jah Njiké a raconté le viol dont elle a été victime à l’âge de 11 ans. Pour La Déferlante, elle revient sur ce qui l’a décidée à prendre la parole. Ce faisant, elle s’interroge sur le silence assour­dis­sant qui entoure encore la question des violences sexuelles subies par les femmes noires, et dénonce le biais racial qui le fonde.

« Je m’appelle Axelle Jah Njiké et, lorsque j’avais 11 ans, j’ai été violée sous le toit sous lequel je gran­dis­sais. Mon agresseur d’une vingtaine d’années, était l’un des hommes de mon cercle familial » C’est ainsi que commence le podcast La Fille sur le canapé, diffusé un matin de novembre 2020. J’avais beau être à l’initiative de ce programme, l’avoir élaboré de A à Z, je ne m’attendais pas à fondre en larmes en m’entendant dire ces mots. Ce n’était pourtant pas la première fois que je les pro­non­çais. J’avais déjà eu l’occasion de relater publi­que­ment mon viol, que ça soit en tant que chro­ni­queuse, inter­ve­nante – ou par­ti­ci­pante – dans des évé­ne­ments consacrés au care et destinés aux personnes afro­des­cen­dantes. En août 2017, j’avais proposé à un pro­duc­teur renommé le texte donnant son titre au podcast. Il l’avait trouvé « fort mais déran­geant » selon ses termes, et m’avait répondu « craindre que, à l’écoute, [ses] audi­trices et auditeurs se disent “mais pourquoi j’écoute ça ?” ». Cet échange avait eu lieu exac­te­ment six semaines avant l’émergence du mouvement #MeToo. Je m’entends évoquer à nouveau, dans le cadre du podcast, l’agression subie ; je suis censée être « habituée » à en parler.

IL ME SEMBLAIT ENTENDRE LA PETITE FILLE QUE J’ÉTAIS
Pourtant quelque chose cède. Rompt. Peut-être est-ce dû à la charge émo­tion­nelle des semaines qui ont précédé, la tension accumulée dans le cadre de la pré­pa­ra­tion, le sentiment de poser enfin quelque chose qui pèse une tonne. […]

 

Axelle Jah Njiké

Autrice afropéenne, podcasteuse, chroniqueuse et militante féministe païenne, Axelle Jah Njiké est née au Cameroun et vit à Paris depuis sa plus tendre enfance. Elle conçoit et développe des contenus éditoriaux consacrés à la diversité de la parole des femmes dans l’espace public urbain, et l’intimité. Son premier ouvrage, Journal intime d'une féministe (noire) vient de paraître aux éditions Au Diable Vauvert. Voir tous ses articles