Le gaslighting est une forme de manipulation mentale dans laquelle une personne ment et déforme la réalité jusqu’à faire douter sa victime de sa propre perception des choses et de sa mémoire. Le terme provient de la pièce de théâtre Gas Light, écrite par le dramaturge britannique Patrick Hamilton en 1938, dans laquelle un homme manipule son épouse pour lui faire croire qu’elle est devenue folle. Pour cela, il va jusqu’à changer discrètement des éléments de leur environnement, tels que l’intensité des lampes à gaz, tout en niant l’avoir fait.
Les techniques de gaslighting peuvent comprendre le déni persistant de faits avérés, la minimisation des émotions, l’accusation constante ou la dévalorisation, la contradiction… Cela amène la victime à douter d’elle-même jusqu’à provoquer de l’anxiété, de la dépression et parfois une dépendance complète de la victime vis-à-vis de son abuseur.
Le gaslighting peut se manifester dans une relation de couple ou de travail, dans le cadre familial ou médical, voire dans des discours politiques et médiatiques. Il est analysé par certaines chercheuses féministes comme étant constitutif de la misogynie. Une étude publiée en 1987 dans le British Journal of Psychiatrya également montré que le gaslighting est souvent l’un des éléments des violences conjugales et contre les enfants.
Pour l’autrice Rim Battal, le gaslighting est aussi l’un des principaux mécanismes qui amènent quelqu’un à obéir, y compris quand la morale appelle à la désobéissance. Dans sa carte blanche littéraire « Une allumette dans la poche » (La Déferlante no 23, septembre 2026), elle revient sur la célèbre expérience du psychologue Stanley Milgram : « Des participant·es croient administrer des décharges électriques à un inconnu [et malgré les souffrances visiblement endurées, les personnes continuent] parce qu’une figure d’autorité scientifique leur demande de continuer, explique-t-elle. Le pouvoir n’a même pas toujours besoin de hurler, de sanctionner, de contraindre. Il suffit parfois d’une blouse blanche, d’un cadre institutionnel, d’un dispositif, d’un peu de gaslighting, d’un “l’expérience exige que vous continuiez” », conclut Rim Battal.
Pour aller plus loin
- Hélène Frappat, Le Gaslighting ou l’art de faire taire les femmes, Éditions de l’Observatoire, 2023, 288 pages.
- « Qu’est-ce que le “gaslighting” ? – Le Bookclub », France Culture, 1er novembre 2023, 58 minutes.
