Hégémonie culturelle

Le concept d’hégémonie cultu­relle a été développé par Antonio Gramsci (1891–1937) dans des lettres écrites en prison et réunies dans le livre L’Hégémonie cultu­relle (traduit par Françoise Bouillot, Payot, 2024). Initialement, ce concept permet d’expliquer pourquoi les révo­lu­tions pro­lé­taires promises par Marx n’ont pas eu lieu : l’emprise de la culture bour­geoise sur les travailleur·euses est telle qu’elle empê­che­rait leur avènement. Gramsci considère donc que, pour qu’une lutte sociale soit vic­to­rieuse, il faut d’abord que les valeurs qui défi­nissent cette lutte se diffusent dans l’opinion publique. Des mou­ve­ments et partis d’extrême droite se sont depuis approprié cette idée pour construire leur stratégie politique : c’est d’abord en imposant et en nor­ma­li­sant leurs idées dans les discours et la culture, autrement dit en gagnant la bataille cultu­relle, qu’ils pourront ensuite s’emparer du pouvoir.

Pour Phœbe Hadjimarkos Clarke, coautrice de Les mauvais jours finiront, une cor­res­pon­dance avec l’écrivaine Alice Zeniter, à paraître le 2 octobre 2026 (La Déferlante Éditions), cette bataille cultu­relle a provoqué de nombreux backlashs anti­fé­mi­nistes ces dernières années, sur l’accès à l’avortement, le recul des droits des femmes et des personnes trans notamment. Cela force les mou­ve­ments pour les droits des minorités à réagir aux attaques plutôt qu’à lutter pour élargir leurs droits. « Comment faire pour détourner nos vies de l’horizon qu’ont prévu pour nous les forces réac­tion­naires ? Je veux dire : comment s’extraire de ce piège qu’elles nous tendent, celui de s’enfermer dans une boucle sans fin de réactions qui s’enchaînent, qui vident tout de son sens, et dont la première étincelle a peut-être été d’avoir braconné le concept d’hégémonie cultu­relle à Gramsci et d’en avoir fait un trope néo­fas­ciste ? », interroge-t-elle.


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