Le concept de justice reproductive propose d’élargir la diversité des droits auxquels ont accès les femmes, notamment racisées et issues des classes populaires et LGBTQIA+, en matière de reproduction et des choix qu’elles peuvent faire ou non dans ce domaine. Théorisée en 1994 à Chicago par les militantes du collectif Women of African Descent for Reproductive Justice (Femmes d’ascendance africaine pour la justice reproductive), cette notion établit le manque de prise en compte, en matière de droits reproductifs, de facteurs tels que la race ou la classe qui influencent les choix des femmes pour décider d’avoir ou non des enfants. Plusieurs éléments limitent la possibilité pour certaines femmes de prendre des décisions éclairées en matière de santé reproductive.
La justice reproductive repose sur trois piliers identifiés par l’anthropologue et militante féministe Mounia El Kotni, qui contribue à la circulation de ce concept en France : « le droit de ne pas avoir d’enfants […] le droit d’avoir des enfants [et] le droit à élever ses enfants dans un environnement non toxique », explique-t-elle dans un entretien à La Déferlante (no 13, mars 2024). Cela implique d’assurer l’accès à l’avortement, à la contraception ou à une éducation sexuelle de qualité, la possibilité de choisir comment mener sa grossesse et son accouchement, de ne pas être stérilisée de force, de vivre dans un environnement non pollué ou de lutter contre les différentes formes de violences, comme les violences policières.
Le concept de justice reproductive permet de faire des ponts entre différents mouvements sociaux et d’obtenir réparation pour les dommages subis par certaines communautés. Ainsi, explique encore Mounia El Kotni, il a par exemple permis à Katsi Cook, une sage-femme mohawk canadienne, de mener la lutte contre les pollutions environnementales qui empoisonnaient sa communauté : « En 1981, elle a mené une enquête sur la composition du lait maternel des femmes de la réserve Akwesasne, qui vivaient près d’une décharge toxique jouxtant le fleuve Saint-Laurent. Sans surprise, des polluants organiques persistants et des métaux lourds ont été retrouvés dans le lait et dans les cordons ombilicaux. Cette démarche a mis en lumière les préoccupations cruciales liées à la santé reproductive des femmes autochtones, et a jeté les bases d’une lutte conjointe pour la justice environnementale et reproductive. »
Pour aller plus loin
- « Devenir mère… c’est mon choix ? », Kreatur, no 22, arte.tv, 17 minutes.
- Mounia El Kotni et Louise Virole, « Justice reproductive », Dictionnaire du genre en traduction, CNRS, 2022.
- Sous la coordination de Johanna-Soraya Benamrouche et Eva-Luna Tholance, Venir au monde. Autonomie, dignité et luttes pour une justice reproductive, Éditions trouble, 2025, 336 pages.