Pour une société désirable

Dans 35 000 communes de France hexa­go­nale et ultra­ma­rine auront lieu, les 15 et 22 mars prochains, les élections muni­ci­pales. Si certains médias s’intéressent surtout aux grandes villes et aux querelles entre les candidat·es habitué·es des plateaux télé, il est important, pour nous fémi­nistes, de rappeler que les enjeux de ce scrutin vont bien au-delà des guerres d’ego et de pouvoir.
Publié le 23/01/2026

Modifié le 26/01/2026

Randonnée organisée par la collective Qlac (Queer lesbienne alternative du Comminges) en août 2024 en Haute-Garonne. Proposées tous les deux mois, ces randonnées ont pour objectif de favoriser le lien social et rompre l’isolement des personnes queers sur le territoire.
Randonnée organisée par la col­lec­tive Qlac (Queer lesbienne alter­na­tive du Comminges) en août 2024 en Haute-Garonne. Proposées tous les deux mois, ces ran­don­nées ont pour objectif de favoriser le lien social et rompre l’isolement des personnes queers sur le ter­ri­toire. Crédit : Béa Uhart

Retrouvez cet article dans la revue La Déferlante n°21 Obtenir justice, parue en février 2026. Consultez le sommaire

D’abord, parce qu’après bientôt huit années de pré­si­dence d’Emmanuel Macron, de poli­tiques anti­so­ciales et de bana­li­sa­tion des idées d’extrême droite, nous sommes très nombreux et nom­breuses à être au bout du rouleau : inquiet·es des fins de mois à découvert, de l’accès aux soins de plus en plus difficile, de nos minus­cules retraites à venir, mais aussi de l’air qu’on respire et du monde que nous allons laisser aux enfants.

Et, comme toujours, les plus impactées sont les femmes1En 2023, elles repré­sen­taient 57,5 % des personnes prises en charge par le Secours catho­lique, contre 52,6 % en 1999, selon un rapport du Haut Conseil à l’égalité publié en 2025. – surtout quand elles sont racisées, han­di­ca­pées, issues des classes popu­laires ou parent isolé – mais aussi les personnes LGBTQIA+, les personnes exilées sans titre de séjour…

Pour toutes ces personnes, l’espoir réside d’abord dans les soli­da­ri­tés mises en place à l’échelon local, par des asso­cia­tions ou des équipes muni­ci­pales engagées pour la justice sociale, par des col­lec­tifs anti­ra­cistes et fémi­nistes ou par de simples citoyen·nes. Qu’il s’agisse, comme à Nancy, de réunir dans une même équipe de football des personnes trans et des personnes exilées ; comme à Nantes, de mettre à dis­po­si­tion des locaux pour les asso­cia­tions qui aident les femmes victimes de violence, sans dis­tinc­tion de classe ni d’origine, ou comme partout ailleurs de soutenir celles et ceux qui créent du lien social, esquis­sant ainsi les contours d’une société solidaire, donc désirable.

Dans un entretien2Lumir Lapray, « Comment fait-on pour que nos proches arrêtent de voter pour l’extrême droite ? C’est ça mon sujet », Vert, le média qui annonce la couleur, 24 septembre 2025. publié par le média Vert, l’ancienne candidate Nouvelle Union populaire éco­lo­gique et sociale (Nupes) aux légis­la­tives de 2022 dans l’Ain et activiste rurale Lumir Lapray encourage à tisser, autour de nous, des réseaux d’entraide, à être présent·es aux autres de manière humble, à rendre des services : « Il y a besoin d’emmener le fils de votre voisine au sport ? Emmenez-le. De vendre des gâteaux pour que les gamins puissent partir en voyage scolaire ? Faites un gâteau. Il y a des anciens qui n’ont pas de petits-enfants, passez leur dire “bonjour”. » Maintenir le dialogue entre les com­mu­nau­tés, c’est aussi, selon elle, le meilleur moyen de lutter contre les idées d’extrême droite qui, depuis deux décennies, gagnent du terrain un peu partout en France. « Ce n’est pas difficile de démontrer que le [Rassemblement national] est une arnaque ! La question est : que fait-on pour que cette infor­ma­tion arrive aux gens ? Pour moi, la réponse, c’est la campagne per­ma­nente », tranche-t-elle.

Auprès de nos voisin·es, au sein des asso­cia­tions ou dans les isoloirs, notre mobi­li­sa­tion en 2026 est d’autant plus cruciale que la com­po­si­tion des futures équipes muni­ci­pales pèsera fortement dans le résultat des élections séna­to­riales de septembre prochain – puisque le collège qui élit les sénateur·ices est composé de grand·es électeur·ices issu·es des conseils muni­ci­paux. Tandis qu’Emmanuel Macron ne dispose plus de majorité à l’Assemblée nationale, le Sénat pourrait alors redevenir le contre-pouvoir prévu par la Constitution. Et cesser de servir de mar­che­pied aux poli­tiques néo­li­bé­rales – comme il l’a fait ces derniers mois en impulsant la loi Duplomb et la réau­to­ri­sa­tion de certains pes­ti­cides ou en rejetant la taxe Zucman et le principe d’un impôt plancher de 2 % sur le patri­moine des ultra­riches – qui menacent nos droits les plus fondamentaux.

  • 1
    En 2023, elles repré­sen­taient 57,5 % des personnes prises en charge par le Secours catho­lique, contre 52,6 % en 1999, selon un rapport du Haut Conseil à l’égalité publié en 2025. ↩︎
  • 2
    Lumir Lapray, « Comment fait-on pour que nos proches arrêtent de voter pour l’extrême droite ? C’est ça mon sujet », Vert, le média qui annonce la couleur, 24 septembre 2025. ↩︎

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Marion Pillas

Après un détour par la production de documentaires, elle est revenue au journalisme avec La Déferlante. Elle en est cofondatrice et corédactrice en chef. Depuis Lille, elle supervise la newsletter, les partenariats et les événements. Voir tous ses articles

Obtenir justice, les victimes en quête de justice

Retrouvez cet article dans la revue La Déferlante n°21 Obtenir justice, parue en février 2026. Consultez le sommaire