👉🏻 Pour nous permettre d’identifier plus finement les questions féministes et antiracistes qui traversent la question du travail, elle a sélectionné pour nous des articles de presse, des livres et des documentaires qui mettent en lumière la contribution des classes populaires, des personnes racisées et des femmes au fonctionnement de l’économie, mais aussi leurs combats pour la reconnaissance de leur travail. Bonne lecture !
🗞️Revue de presse
Livreurs à vélo : l’exploitation des hommes immigrés
À peine 3 euros de l’heure : c’est le salaire que gagnent les livreurs à vélo travaillant pour les plateformes de livraison de repas. Le chiffre est issu d’une enquête inédite, menée conjointement par l’Institut de recherche pour le développement et l’Institut national d’études démographiques, qui précise que « 99 % des livreurs de repas à vélo sont des hommes, 99 % sont nés à l’étranger, les deux tiers sont sans titre de séjour ». Quatre associations ont porté plainte contre les plateformes pour traite d’êtres humains.
🚲 Un article à lire dans Le Monde.
Le travail tue aussi les femmes
La journaliste Nolwenn Weiler signe cette semaine une série d’articles sur les femmes mortes au travail. Elle révèle qu’elles sont majoritaires parmi les personnes tuées au cours d’accidents « de trajet », causés par le travail de nuit et les horaires morcelés qu’elles sont plus nombreuses que les hommes à subir. Mais elles sont également victimes d’accidents cardiovasculaires et d’infarctus provoqués par le cumul de cadences infernales et d’une surcharge de responsabilités du travail domestique qui leur incombe.
🚗 À retrouver sur le site de Basta!
Travailler plus, gagner moins
Les femmes travaillent bien plus que les hommes, mais ne touchent à l’échelle mondiale que 28 % de la rémunération globale des salarié⋅es. Un chiffre qui s’explique principalement par la proportion importante de travail gratuit qu’elles effectuent, comparativement aux hommes. Selon le rapport du World Inequality Lab, paru en décembre 2025, l’absence de rémunération de leurs tâches serait un frein au développement social et économique à l’échelle mondiale.
💸 Un article à retrouver dans L’Humanité.
Pour un salaire ménager
Depuis les années 1970, des féministes demandent que soit reconnue la valeur économique du travail domestique. Parmi elles, Selma James, née dans les années 1930 aux États-Unis, fut une des principales instigatrices de la campagne pour un « salaire du travail ménager ».
🧹 Son portrait est à retrouver dans le numéro 21 de La Déferlante (mars 2026).
📻On écoute
Sardines FM
Des bribes d’assemblées générales, des interviews de grévistes, des chants de lutte : le documentaire Sardines FM nous replonge dans le Douarnenez de 1924, alors qu’éclate la grève des sardinières. Mêlant fausses archives sonores et rigoureuses explications des spécialistes de ce mouvement social, ce podcast « historico-loufoque » rend hommage à la lutte menée par les ouvrières bretonnes des conserveries de poissons. La lutte sonne vivante et actuelle et fait le lien avec le combat contemporain des Douarnenistes contre le grignotement de la ville par les résidences secondaires et les locations de courte durée.

🎧 Sardines FM, une création d’Olivier Minot, à écouter sur le site d’Arte radio.
📚 On lit
Le cœur du capital
Dans cet essai, l’historienne Fanny Gallot et l’économiste Hugo Harari-Kermadec s’attèlent à démontrer que letravail reproductif très majoritairement effectué par des femmes constitue « la colonne vertébrale sans laquelle ni la production, ni la société, ni la vie elle-même ne pourraient se maintenir ». Il propose un calcul du poids économique du travail reproductif dans son ensemble, en comptabilisant, entre autres, la valeur du travail domestique ou encore le surcoût que représenterait un alignement des rémunérations des femmes sur celles des hommes.
Les deux universitaires reviennent également sur la longue histoire des théorisations et des luttes de femmes autour du travail reproductif, qu’il s’agisse de revaloriser leur travail de care, de repenser la grève, ou encore de lutter contre la vie chère.

📖 Fanny Gallot et Hugo Harari-Kermadec, Le cœur du capital. Ces travailleuses de l’ombre qui font tourner le monde, Université Paris Cité éditions, 2026. 15 euros
Rendre soin
Dans une langue précise, drôle et éminemment politique, Julie Lombe décortique les multiples facettes, gestes et enjeux de son travail de massothérapeute. Minutie du soin, empathie à l’égard des corps, attention portée au consentement, gestion millimétrée du temps et sourire à maintenir en toutes circonstances, en dépit des douleurs physiques et des agressions racistes ou sexuelles. Et interroge : « Parfois, je me demande ce qui se passera quand / Toustes les soignant·es iront trop mal pour soigner. / Quand la main-d’œuvre des Suds restera derrière des frontières fermées. […] Qui sera là pour prendre soin de celleux qui prennent soin ? »
📘 Julie Lombe, Rendre soin, Éditions Blast, 2026. 18 euros.
La Belle de mai
Dans La Belle de mai. Fabrique de révolutions, Mathilde Ramadier et Élodie Durand reviennent sur l’une des premières grèves d’ouvrières en France, à Marseille, durant l’hiver 1887. Dans une manufacture de tabac célèbre internationalement, les ouvrières sont à la merci des contremaîtres : conditions de travail délétères, brimades et agressions sexuelles. L’une d’entre elles, que l’on nomme Sespo, propose de lancer une grève. Cette bande dessinée nous raconte l’organisation du mouvement, l’occupation des ateliers et l’élan de solidarité qui se crée autour des ouvrières.

📕 Mathilde Ramadier et Élodie Durand, La Belle de mai. Fabrique de révolutions, Futuropolis, 2024. 22 euros.
🍿On regarde
Islande, un jour sans femmes
Dans ce documentaire qui n’est malheureusement visible qu’en festivals et sur des plateformes de streaming étrangères pour le moment, la réalisatrice Pamela Hogan revient sur la grève des Islandaises qui, le 24 octobre 1975, sont parvenues à bloquer, pendant 24 heures, toute l’activité économique de leur pays. À travers des images d’archives, des dessins et des témoignages d’anciennes grévistes, elle raconte la mobilisation de femmes de tous milieux, les débats lors des réunions syndicales, la stupéfaction des maris et des patrons, et surtout la joie collective. Dans le sillage de cette grève féministe, le droit à l’avortement leur était ouvert, tout comme certaines professions jusque là réservées aux hommes. Cinq ans plus tard, l’Islande élisait Vigdís Finnbogadóttir, la première femme présidente désignée démocratiquement dans le monde.
📺 Un jour sans femmes, réalisé par Pamela Hogan, Other Noises production, 2024. Le film est disponible en streaming uniquement depuis la Suisse et l’Espagne. Il est diffusé dans de nombreux festivals à travers le monde.
💡Glossaire
Alors que l’actualité montre à quel point la guerre culturelle qui fait rage est aussi une bataille sémantique, il nous a paru important que La Déferlante propose à ses lecteur·ices des définitions de concepts clés pour appréhender l’époque dans une perspective féministe intersectionnelle. Travail reproductif, grève féministe, temps partiel ou plafond de verre : toutes les définitions sont en accès libre sur notre site internet, qui est alimenté au fil des numéros pour faciliter la compréhension des concepts mobilisés dans chaque dossier.
☝🏼 Consulter notre glossaire.




