#Gamergate : un laboratoire de l’antiféminisme trumpiste

À la fin de l’été 2014, aux États-Unis, une rumeur enflamme les forums de jeux vidéo et se trans­forme en une campagne mondiale de cybe­rhar­cè­le­ment. Appelée « Gamergate », elle est l’occasion pour l’extrême droite d’infiltrer les groupes mas­cu­li­nistes très actifs en ligne. Elle servira de tremplin à Donald Trump dans sa course à la Maison-Blanche, en 2016 puis en 2024.
Publié le 26/01/2026

Crédit de l’image : Clémence Gouy pour La Déferlante

Retrouvez cet article dans la revue La Déferlante n°21 Obtenir justice, parue en février 2026. Consultez le sommaire

États-Unis, 2014 : Taylor Swift squatte le haut des charts avec son cinquième album 1989. La popu­la­ri­té de Barack Obama s’essouffle, et, sur Internet, un réseau social explose : Twitter (renommé X en 2023). Il connecte poli­tiques, jour­na­listes et geeks en tous genres. 

En août 2014, depuis le Canada, Zoë Quinn, une déve­lop­peuse1Zoë Quinn fait
son coming out non binaire en 2017.
infor­ma­tique, publie sur la pla­te­forme Steam son jeu Depression Quest, une fiction inter­ac­tive traitant de santé mentale. Gratuit et réalisé sur un logiciel libre, son succès est modeste. Mais quelques jours après sa sortie, Eron Gjoni, l’ex-petit ami de Zoë Quinn, un Étasunien de 24 ans, publie un long billet de blog intitulé « The Zoë Post ». 

Il l’y accuse de l’avoir trompé avec un jour­na­liste spé­cia­li­sé en contre­par­tie d’une critique élogieuse de Depression Quest. Or, le jour­na­liste en question n’a jamais écrit sur ce jeu. Par ailleurs, l’histoire de la relation entre la gameuse et le jour­na­liste se révèle être une pure invention, mais qu’importe : la machine à harceler est lancée. Propagé sur des forums, tels que Reddit ou 4Chan2Forums en ligne com­mu­nau­taires. Les propos misogynes, racistes ou LGBTphobes qui y ont libre cours en ont fait la caisse de résonance de nom­breuses campagnes de cybe­rhar­cè­le­ment., le texte attire l’attention de you­tu­beurs spé­cia­li­sés qui partagent leurs vidéos sur Twitter accom­pa­gnées du hashtag #Gamergate.

Pour nombre de fans de jeux vidéo, de militants conser­va­teurs et de trolls d’Internet, Zoë Quinn devient l’incarnation des liens corrompus entre l’industrie vidéo­lu­dique et la presse spé­cia­li­sée. En deux mois, son nom est mentionné dans plus de 10 000 tweets3Taylor Wofford, «Is GamerGate About Media Ethics or Harassing Women? Harassment, the Data Shows », Newsweek, 25 octobre 2014., quasi exclu­si­ve­ment des messages d’insultes, des menaces de mort et de viol. « C’était une campagne peu cohérente, sans leaders clairs et qui, après avoir harcelé des créa­trices de jeux vidéo et des critiques, est allée chercher la jus­ti­fi­ca­tion de l’éthique jour­na­lis­tique pour la coller sur leurs actions », analyse a pos­te­rio­ri la cher­cheuse Marion Olharan Lagan, autrice de Patriartech. Les nouvelles tech­no­lo­gies au service du vieux monde (Hors d’atteinte, 2023).


« Vous et les autres “fémi­na­zies”, vous voulez nous couper les couilles pour qu’on se mette à jouer à vos jeux non violents, c’est ça ? »
Stephen Colbert, humoriste



Rapidement, la traque se mue en une chasse aux sorcières qui menace toutes celles, parmi ses consœurs, qui osent lui apporter leur soutien et repré­sentent une tendance à vouloir rendre le milieu plus inclusif. C’est le cas de Brianna Wu, cybe­rhar­ce­lée pour avoir ironisé sur les « gamer­ga­ters », qu’elle décrit comme voulant « combattre un futur apo­ca­lyp­tique où les femmes pro­gram­meuses de jeux vidéo seraient 8 % au lieu de 3 % ».

La jour­na­liste féministe Anita Sarkeesian, dont la chaîne YouTube dénonce les sté­réo­types sexistes dans le secteur, est également visée. Un jeu dont le but est de la défigurer est créé de toutes pièces par ses har­ce­leurs. En octobre 2014, elle est contrainte d’annuler une confé­rence à uni­ver­si­té de l’Utah après avoir reçu un mail pro­met­tant à l’occasion de sa venue, « la plus grande tuerie uni­ver­si­taire de l’histoire des États-Unis ». Alors que les victimes des menaces alertent la police depuis des semaines, ce n’est qu’à ce moment précis que le Gamergate sort de l’univers virtuel et que les médias grand public com­mencent à s’y inté­res­ser. Anita Sarkeesian est invitée sur la chaîne CBS, dans le « Colbert Report », une émission satirique de fin de soirée présentée par l’humoriste Stephen Colbert, qui l’interpelle ainsi : « Vous et les autres “fémi­nazies”, vous voulez nous couper les couilles pour qu’on se mette à jouer à vos jeux non violents, c’est bien ça ? » Une question au second degré apparent qui relance pourtant les raille­ries à l’égard de la jeune femme.

Prise de conscience

Le mouvement ne tarde pas à gagner la France – où le chiffre d’affaires du jeu vidéo est en pleine crois­sance. Et là encore, « quand le Gamergate surgit, il vient s’ajouter à un phénomène qui existe déjà », observe Mehdi Derfoufi, enseignant-chercheur en études de genre et études post­co­lo­niales à l’université Paris 8. L’affaire éclate en effet en parallèle d’une prise de conscience – certes relative – des violences sexistes et sexuelles que peuvent vivre les joueuses ou les pro­fes­sion­nelles du milieu du jeu vidéo. Des réflexions visant à améliorer la diversité dans le secteur et à varier les repré­sen­ta­tions dans les scénarios font leur entrée dans les milieux fémi­nistes vidéo­lu­diques, « prin­ci­pa­le­ment portées par des personnes trans et racisées », note Mehdi Derfoufi. Les gameuses s’expriment également sur les violences qu’elles subissent : c’est le cas de Mar_Lard, une déve­lop­peuse et militante féministe qui, depuis 2012, est régu­liè­re­ment harcelée sur Twitter pour sa dénon­cia­tion du sexisme dans la com­mu­nau­té gaming de l’Hexagone.

À l’été 2015, des soutiens fran­co­phones du Gamergate se ras­semblent à Paris, à l’initiative de l’écrivain étasunien et militant d’extrême droite Theodore Beale, dit Vox Day. Devant une cin­quan­taine de par­ti­ci­pants, il déclare : « Nous sommes les premiers depuis des décennies à nous opposer aux Social Justice Warriors4Cité dans l’article «À la rencontre du Gamergate, le mouvement liber­ta­rien qui veut défendre “ses” jeux vidéo» de William Audureau, Le Monde, 15 juillet 2015.. » Cette expres­sion, qu’on peut traduire par « guerrier·res de la justice sociale », désigne de façon péjo­ra­tive les mili­tantes fémi­nistes et les personnes engagées pour les droits LGBTQIA+. Elle devient, à cette occasion, un mème haineux qui circule dans les sphères anti­fé­mi­nistes et d’extrême droite.

« Plusieurs jour­na­listes ont affirmé [à l’époque] que le Gamergate, c’était la crise de la mas­cu­li­ni­té version jeu vidéo, rappelle la cher­cheuse Marion Coville, spé­cia­liste des questions de genre dans la culture numérique. Une affaire qui implique des personnes qui se sen­ti­raient les plus légitimes à en exclure d’autres. » Dans les années 1990 et 2000, la figure du gamer s’est construite dans la conti­nui­té de celle du geek : un per­son­nage volon­tiers cari­ca­tu­ré dans les médias et la culture populaire sous les traits d’un ado­les­cent frustré et retranché dans sa chambre. Le fait de se définir comme gamer ne renvoie donc pas seulement au fait de jouer, mais aussi à une identité liée à l’âge et au genre. Un phénomène d’appropriation qui vise à exclure les femmes de la com­mu­nau­té du jeu vidéo.

Marion Coville, qui s’est exprimée dans plusieurs médias à l’époque du Gamergate, est, elle aussi, rapi­de­ment entrée dans le viseur des gamer­ga­ters fran­co­phones : « On allait chercher des infos sur moi, on m’envoyait des mails pour me dire à quel point je faisais du mal au jeu vidéo. » Joueuse, féministe, mais également uni­ver­si­taire, elle repré­sente tout ce qu’ils détestent : « Dès le début, il a été question de sur­veiller les chercheur·euses fémi­nistes, décrit·es comme des “idéo­logues”. » La figure de l’intellectuel·le engagé·e s’incorpore à celle du ou de la Social Justice Warrior, et incarne aux yeux de la com­mu­nau­té des joueurs « l’intrusion du poli­ti­que­ment correct et d’une supposée idéologie d’extrême gauche dans les jeux vidéo ». À partir des années 2020, c’est par le terme « wokiste » que l’extrême droite désignera cette figure repoussoir.

Né sur des forums, le Gamergate fédère, au fil des semaines, des couches bien plus larges de la société éta­su­nienne. Dès l’automne 2014, le mouvement gagne les milieux conser­va­teurs et anti­fé­mi­nistes, en partie grâce au travail des équipes de Breitbart News, un site d’information d’extrême droite, alors présidé par Steve Bannon – qui deviendra quelques mois plus tard le conseiller stra­té­gique de la première campagne de Donald Trump pour la Maison-Blanche. Milo Yiannopoulos, un des jour­na­listes stars du média, multiplie les articles sur l’affaire, donnant la parole à des dizaines de membres de la galaxie du Gamergate, pour­fen­deurs du libé­ra­lisme politique et des idées démo­crates. Alors que les élections de mi-mandat approchent, Breitbart News entend convaincre les gamer­ga­ters et leurs alliés qu’un grand danger les menace : la fin de leur liberté d’expression et la mise en actes d’un agenda politique féministe et LGBTQIA+ dans le monde culturel (les films, les séries, les jeux vidéo…) mais aussi dans leur quotidien. En clair, qu’« on ne peut plus rien dire ».

À travers les articles de Milo Yiannopoulos, Steve Bannon chuchote à l’oreille d’une partie des jeunes hommes blancs éta­su­niens. Selon Adrienne Massari, pro­fes­seure de com­mu­ni­ca­tion à l’American Universitty (Washington), « il a capi­ta­li­sé sur le fait que ce groupe était a priori composé de personnes maî­tri­sant les codes de la culture internet, et qu’il pourrait en quelque sorte, les manipuler. » Il existe ainsi « une courroie de trans­mis­sion évidente entre les sup­por­ters du Gamergate et les soutiens de Trump, analyse la cher­cheuse Marion Olharan Lagan, notamment dans la manière dont ils utilisent les réseaux sociaux pour organiser des campagnes de har­cè­le­ment et pour inciter à la violence ». D’autant qu’à cette époque Donald Trump commence déjà à faire usage de Twitter comme d’un outil d’autopromotion et à imprimer sa marque dans un registre outran­cier à l’égard des journalistes.

En plus de Steve Bannon et de Milo Yiannopoulos, la séquence média­tique de 2014 fait émerger de nom­breuses per­son­na­li­tés capables de fédérer autour d’elles des sympathisant·es d’extrême droite, comme la you­tu­beuse conspi­ra­tio­niste et anti­sé­mite Candace Owens, ancienne chro­ni­queuse du média d’extrême droite The Daily Wire, devenue influen­ceuse pro-Trump (lire l’encadré ci-dessous). Plus pré­ci­sé­ment, dans un contexte où les réseaux sociaux comme Twitter et YouTube per­mettent une large diffusion des discours haineux, le Gamergate est devenu pour l’extrême droite supré­ma­ciste éta­su­nienne (ou alt-right) une manière de recruter autour des questions de mœurs et de liberté d’expression. Cela fait longtemps que les milieux réac­tion­naires diffusent leurs obses­sions poli­tiques dans la sphère numérique et que, inver­se­ment, leurs réfé­rences cultu­relles nour­rissent une partie des utilisateur·ices des réseaux. « Le langage utilisé sur les réseaux a géné­ra­le­ment tendance à devenir mains­tream pour ensuite infiltrer le discours politique, ce qui le rend plus légitime, rappelle Adrienne Massanari. Certains termes utilisés pendant le Gamergate, comme celui de « Social Justice Warrior », ont ainsi été adoptés par l’alt-right. » De mèmes en campagnes de déni­gre­ment, l’extrême droite avance ses pions.

Candace Owens, pour le complot et pour le pire

Rien ne pré­des­ti­nait Candace Owens à une carrière d’influenceuse et de com­men­ta­trice conser­va­trice. Pourtant, son parcours est emblé­ma­tique de la manière dont le Gamergate a accéléré l’extrême droi­ti­sa­tion de figures pro-Trump. En 2016, deux ans après le début de la campagne du Gamergate, la jeune femme noire, alors âgée de 27 ans, plutôt anti­ré­pu­bli­caine, se lance sur Internet en créant un site anti-harcèlement, SocialAutopsy.com.

Le concept est simple : exposer l’identité de cybe­rhar­ce­leurs qui sévissent sur le Net. L’initiative est alors largement critiquée par d’autres militant·es contre la haine en ligne, comme Zoë Quinn, première victime du Gamergate : en divul­guant des données per­son­nelles, le site risque d’alimenter de nouvelles campagnes de harcèlement…

L’initiative est vite aban­don­née mais elle marque un tournant dans la poli­ti­sa­tion de Candace Owens, persuadée que les démo­crates et les Social Justice Warriors bien pensants ne la com­prennent pas. L’année suivante, elle lance Red Pill Black, un média en ligne doublé d’une chaîne YouTube faisant la promotion des idées conser­va­trices auprès d’un public africain-étasunien. Rapidement, elle est repérée par les nouvelles têtes du conser­va­tisme pro-Trump, dont Charlie Kirk – l’influenceur trumpiste assassiné en septembre 2025 lors d’un meeting sur un campus uni­ver­si­taire en Utah – qui l’embauche dans son think tank Turning Point USA au sein duquel elle fustige le mouvement Black Lives Matter, l’avortement et l’immigration clandestine.

Pendant la crise du Covid-19, la jeune femme se radi­ca­lise encore davantage : elle relaie de nom­breuses théories du complot antivax, et participe régu­liè­re­ment au podcast conspi­ra­tion­niste InfoWars. Elle s’illustre également par des propos anti­sé­mites, un cli­ma­tos­cep­ti­cisme décom­plexé et de violentes attaques contre les droits des femmes et des personnes LGBTQIA+.

En 2021, elle crée son propre talk-show, « Candace », sur le média d’extrême droite The Daily Wire.

Depuis deux ans, elle est une com­men­ta­trice et influen­ceuse politique incon­tour­nable, notamment sur YouTube, où sa chaîne compte plus de 5,58 millions d’abonnés. Début 2025, elle produit et diffuse une série docu­men­taire intitulée Becoming Brigitte, qui relaie et nourrit la théorie com­plo­tiste et trans­phobe selon laquelle Brigitte Macron serait une femme trans. 

Les six épisodes lui rap­portent des millions de vues. En juillet 2025, le couple pré­si­den­tiel français a porté plainte contre elle pour dif­fa­ma­tion. Sa réponse ? « On se voit au tribunal », a‑t-elle lancé sur son podcast The Candace Owens Show. Soutenue par toute l’extrême droite amé­ri­caine, l’influenceuse conspi­ra­tion­niste se sent pousser des ailes.

Bataille culturelle

Pendant les quelques mois qu’a duré le Gamergate, la voix des personnes qui ont vécu insultes et menaces a été étouffée : Zoë Quinn, Brianna Wu, Anita Sarkeesian ont, pour la plupart, dû déménager, se cacher, annuler des projets. La plupart conti­nuent aujourd’hui à tra­vailler dans l’univers du jeu vidéo, mais font profil bas en ligne. « Cela a été un modèle du har­cè­le­ment à grande échelle et de la dési­gna­tion de certaines com­mu­nau­tés comme ennemies », soupire Marion Coville. Une sorte de manuel de cybe­rhar­cè­le­ment d’extrême droite qui garantit l’impunité des har­ce­leurs, et dont les préceptes sont appliqués sous l’administration Trump à travers la sur­veillance des travaux des uni­ver­si­taires pro­gres­sistes ou des raids numé­riques ciblant des militant·es fémi­nistes ou LGBTQIA+ (lire à ce sujet la chronique de Chrystel Ouloukoi, professeur·e à l’université de Seattle dans La Déferlante no 18, mai 2025). L’assassinat du polémiste d’extrême droite Charlie Kirk, en septembre 2025, par un jeune homme que le camp trumpiste désigne comme un partisan de la gauche radicale et de la « théorie du genre » n’a fait qu’accentuer la stig­ma­ti­sa­tion des militant·es et des uni­ver­si­taires traitant des questions de genre.


« Le Gamergate a été un modèle du har­cè­le­ment à grande échelle et de la dési­gna­tion de certaines com­mu­nau­tés comme ennemies. »
Marion Coville, chercheuse



En janvier 2025, Mark Zuckerberg, le PDG de Meta, annonçait assouplir les règles de modé­ra­tion de Facebook et d’Instagram, en par­ti­cu­lier pour les propos misogynes, racistes et LGBTphobes. Cette décision est survenue quelques jours après la cérémonie d’investiture de Donald Trump, à laquelle il assistait aux côtés des autres patrons de la tech : Jeff Bezos (Amazon) et Elon Musk (pro­prié­taire de X et gros contri­bu­teur financier de la campagne de Trump). Les géants du web ont ainsi prêté allé­geance à Donald Trump et à sa politique, dans la stricte conti­nui­té du Gamergate : tandis qu’en 2014 les forums de jeux vidéo étaient devenus un terrain de bataille cultu­relle, c’est désormais sur les réseaux sociaux qu’elle fait rage (lire à ce sujet l’enquête de Mathilde Saliou, La Déferlante no 19, août 2025).

En France aussi, le Gamergate a laissé des traces. Dans la presse spé­cia­li­sée tout d’abord, qui a dû exercer son auto­cri­tique. Mais aussi sur les forums de jeux vidéo, devenus au fil du temps, des viviers de recru­te­ment pour l’extrême droite. Sur le forum Blabla 18–25 du site jeuxvideo.com, le polémiste Éric Zemmour est devenu un mème et certains de ses soutiens n’hésitent pas à publier des extraits de ses discours au milieu des échanges. On se souvient également qu’au moment des élections euro­péennes de juin 2024, la popu­la­ri­té de Jordan Bardella (Rassemblement national) avait explosé auprès des jeunes après que des inter­nautes ont retrouvé son ancienne chaîne YouTube, sur laquelle il com­men­tait ses parties du jeu Call of Duty.

Parallèlement, les raids lancés contre les femmes depuis les espaces numé­riques perdurent : fin 2024, la jour­na­liste éta­su­nienne Alyssa Mercante subissait une violente campagne de cybe­rhar­cè­le­ment après avoir démonté les accu­sa­tions de lobbying LGBTQIA+ qui pesaient sur une petite société cana­dienne de conseil en écriture de scénarios de jeux vidéo sous le feu d’une virulente offensive complotiste.

Mais faut-il pour autant aban­don­ner les forums et les réseaux sociaux à l’extrême droite ? Comme le rappelle le chercheur Mehdi Derfoufi, la com­mu­nau­té vidéo­lu­dique est un lieu où les dis­cus­sions sur l’autodéfense sanitaire, l’antisexisme ou l’antiracisme ont toujours existé en riposte aux violences. « Pour moi, s’enthousiasme-t-il, c’est un vivier politique extra­or­di­naire qui n’est pas identifié à gauche par les struc­tures tra­di­tion­nelles. » Un monde où les ima­gi­naires peuvent encore se trans­for­mer en résis­tance politique. •

  • 1
    Zoë Quinn fait
    son coming out non binaire en 2017. ↩︎
  • 2
    Forums en ligne com­mu­nau­taires. Les propos misogynes, racistes ou LGBTphobes qui y ont libre cours en ont fait la caisse de résonance de nom­breuses campagnes de cybe­rhar­cè­le­ment. ↩︎
  • 3
    Taylor Wofford, «Is GamerGate About Media Ethics or Harassing Women? Harassment, the Data Shows », Newsweek, 25 octobre 2014. ↩︎
  • 4
    Cité dans l’article «À la rencontre du Gamergate, le mouvement liber­ta­rien qui veut défendre “ses” jeux vidéo» de William Audureau, Le Monde, 15 juillet 2015. ↩︎

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Pauline Ferrari

Journaliste freelance, spécialiste des questions de genre et des cultures web, elle signe dans ces pages  une enquête sur les influenceurs masculinistes. Elle est l’autrice de  Formés à la haine des femmes. Comment les masculinistes infiltrent les réseaux sociaux (JC Lattès, 2023). Voir tous ses articles

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