Le terme afroféminisme apparaît, au tournant des années 2010 en France, sous les plumes de blogueuses noires et afrodescendantes. Le Collectif Mwasi, créé en 2014 par des femmes noires, africaines et afrodescendantes, l’endosse et le consacre en le définissant comme un mouvement politique et une pratique collective auto-organisée. Certaines militantes font remonter l’afroféminisme aux femmes marronnes de la Caraïbe – femmes esclavisées, échappées des plantations et vivant libres, en communautés – ou associent ses origines à la figure de Solitude, condamnée à mort en 1802 en Guadeloupe pour sa participation à la révolte armée des Noir·es contre le rétablissement de l’esclavage dans l’île par Napoléon alors qu’elle est enceinte. Elle est exécutée par les colons blancs, plusieurs mois après ses compagnons, le lendemain de son accouchement pour que son enfant puisse être vendu comme esclave.
Si l’afroféminisme s’inspire du mouvement du Black Feminism étasunien et dialogue avec les féminismes africains, il ne se réduit ni à l’un ni aux autres, pas plus qu’il n’est une simple critique du féminisme blanc. Émergeant depuis un espace où les Noir·es sont structurellement minorisé·es, il est d’abord façonné par les résistances des femmes et des minorités de genre noires au système esclavagiste et colonial, puis à leurs prolongements contemporains : politiques anti-migratoires, impérialisme, racisme d’État, etc. L’afroféminisme est la « riposte des petites-filles de l’Empire », résume la politiste martiniquaise Silyane Larcher. Racisme sexualisé, ou sexisme racialisé, la misogynoire que subissent les femmes noires est au cœur du combat mené par les afroféministes, pour qui l’intersectionnalité constitue un outil théorique central.
Dès les années 1970, la Coordination des femmes noires (CFN), créée en 1976 à Paris, formulait déjà la nécessité d’une lutte politique autonome des femmes noires, du fait de leur expérience spécifique de genre, de race et de classe, rejetant le maternalisme de leurs camarades blanches, comme l’illustre notre article « Héritage blanc, rupture noire » qui revient sur l’histoire de l’Hymne des femmes.
Pour en savoir plus
- Fania Noël, Et maintenant le pouvoir. Un horizon politique afroféministe, Cambourakis, 2022.
- Awa Thiam, La Parole aux négresses, Divergences, 2024 (première édition 1978).
- Tahnee, Afroféministe, La Déferlante, 2026, 3 min.
