Pourquoi ce choix d’analyser l’entremêlement des expériences juives, décoloniales et queers ?
TAL MADESTA J’ai plongé dans ma judéité au moment où j’ai commencé ma transition de genre : ma judéité et ma transidentité ont été des lieux jumeaux d’insoumission. J’ai également été marqué par le fait que, parmi les Juif·ves les plus engagé·es pour la libération de la Palestine, beaucoup sont queers. J’ai donc voulu explorer les liens entre queerness, judéités et lutte contre les nationalismes coloniaux. C’est un sujet crucial dans le contexte du génocide à Gaza – et de la montée en force des fascismes partout dans le monde.
Qu’avez-vous découvert en écrivant cet ouvrage ?
TAL MADESTA Il y a une queerness fondamentale dans les judéités, une déviance ancienne aux normes de genre blanches. J’ai découvert plein de manières dont les communautés juives ont, au fil de leur histoire, accueilli les personnes trans. Ainsi, en 1896, à Izmir, dans l’actuelle Turquie, un rabbin ottoman a établi ce qu’il faut faire en cas de divorce entre un homme cis et un homme trans qui aurait transitionné après le mariage !
L’État d’Israël, par la colonisation, le génocide et l’apartheid au nom des Juif·ves, a créé un rapport militarisé au genre, où queerphobie et colonialisme se répondent. Cette double police – des corps et des frontières – est un fait historique ancien. Dans Mauvaises Graines, je raconte l’histoire de Jacob Israël de Haan, poète et journaliste gay néerlandais installé en Palestine mandataire en 1919, qui documente le racisme anti-Arabes des premiers sionistes, et finit assassiné en 1924 par l’ancêtre de l’armée israélienne.
« Je suis né juif et j’ai grandi trans »
Tal Madesta
Pourquoi le titre Mauvaises Graines ?
TAL MADESTA Il renvoie à l’histoire des Juif·ves, souvent envisagé·es comme des herbes indésirables par les États dans lesquels elles et ils vivent. De la même manière, les queers sont des mauvaises graines qui troublent l’ordre sexuel et familial. Enfin, les mouvements décoloniaux sont fortement criminalisés parce qu’ils perturbent le pouvoir politique. Mais ces mauvaises graines résistent et portent en elles une puissance de transformation immense.
Quel est le message principal porté par cet essai ?
TAL MADESTA Je suis désespéré par l’instrumentalisation de l’antisémitisme et la manière dont elle impacte les personnes juives françaises. Ce matraquage constant,
tout comme le soutien croissant de la diaspora à l’État israélien, nous isole et nous fait peu à peu oublier notre histoire. Par ce livre, j’aimerais montrer qu’une autre voie est possible, qui ne passerait pas par le nationalisme meurtrier, mais par la reconnexion à notre queerness juive qui n’a que faire des frontières et de l’assimilation à la blanchité.
