Stonewall était une émeute

Dans la nuit du 27 au 28 juin 1969, à la suite d’une énième descente de police, le Stonewall Inn, bar gay du quartier de Greenwich Village, à New York, a été le théâtre d’importantes émeutes. L’écrivaine Hélène Giannecchini redonne vie à ces révoltes consi­dé­rées comme l’acte de naissance du mouvement LGBTQIA+.
Publié le 28/04/2026

Le 28 juin 1969, la foule ras­sem­blée devant le Stonewall Inn, dans le quartier de Greenwich Village, à New York, essaye d’empêcher la police d’arrêter les client·es du bar. Cette action de résis­tance lancera les émeutes de Stonewall, qui seront com­mé­mo­rées lors de la première Gay Pride un an plus tard. Photo by NY Daily News Archive via Getty Images

Retrouvez cet article dans la revue La Déferlante n°22 Chanter, parue en mai 2026. Consultez le sommaire

En 2022, je suis allée au Stonewall Inn, un bar de New York situé au 53 Christopher Street, à quelques mètres de Sheridan Square, dans le sud de Manhattan. J’avais poussé les portes de cet éta­blis­se­ment avec la sensation de pénétrer dans un morceau de mon histoire queer. Je savais qu’un événement décisif, maintes et maintes fois commenté, avait eu lieu ici, dans la nuit du 27 au 28 juin 1969 : les émeutes de Stonewall.

Le bar n’avait plus grand-chose à voir avec celui où des personnes homo­sexuelles et trans se retrou­vaient à la fin des années 1960. Il avait été refait à neuf et, ce jour de janvier, il était abso­lu­ment désert. Le lino crissait sous mes semelles, Taylor Swift passait à la radio et une guirlande arc-en-ciel projetait sa lumière syn­thé­tique sur des tables en plastique.

Ouvert en 1967, le Stonewall Inn était un bar de Greenwich Village extrê­me­ment populaire, fréquenté majo­ri­tai­re­ment par des hommes gays. Il faut imaginer une façade de briques très simple, une enseigne lumineuse de plusieurs mètres de haut et deux fenêtres hori­zon­tales occultées pour que les clients ne soient pas exposés aux regards des passant·es ni de la police.

À cette époque, les relations homo­sexuelles étaient illégales dans tous les États-Unis, sauf dans l’Illinois, et on pouvait être arrêté·e lorsqu’on portait plus de trois vêtements ne cor­res­pon­dant pas à son genre1Cette régle­men­ta­tion est une inter­pré­ta­tion des « Anti-Masquerade Laws » (lois anti-déguisement) du xixe siècle. Porter des vêtements ne cor­res­pon­dant pas à son genre relevait du dégui­se­ment, et était passible de plusieurs jours d’emprisonnement ou d’une amende.. La loi faisait des homosexuel·les des criminel·les ; la science les qua­li­fiait de déviant·es, et la religion en faisait des âmes perdues. Cette triple condam­na­tion exposait les personnes queers à une violence sys­té­mique. Beaucoup se cachaient, mentaient à leurs proches, et les bars étaient les rares endroits où il était possible d’être plei­ne­ment soi et de vivre son homosexualité.


Des habitués ont raconté2. Les témoi­gnages retrans­crits sont tirés de David Carter, Stonewall. The Riot that Sparked the Gay Revolution, St. Martin’s Press, 2004 et d’Edmund White, The Stonewall Reader, Penguin Classics, 2019, et des archives de la New York Public Library (trad. Hélène Giannecchini). qu’ils fré­quen­taient le Stonewall Inn parce qu’ils pouvaient y danser avec d’autres hommes. La seule pos­si­bi­li­té de ces slows interdits valait de braver tous les dangers, de s’exposer à la brutalité de la police et à l’iniquité de la mafia, qui, à cette époque, contrô­lait tous les lieux de ce type à Manhattan. Le militant gay Chris Babick se souvient de sa stupeur, quand en entrant dans le bar il a vu pour la première fois des couples de même sexe danser : « Ça m’a mis un coup au ventre. C’était… comme un choc électrique. »

Les client·es du Stonewall Inn n’étaient pas autorisé·es à prendre des pho­to­gra­phies dans le bar, pour ne pas causer de tort aux habitué·es qui ris­quaient beaucoup à être reconnu·es. Mais iels ont décrit l’endroit et c’est grâce à leurs souvenirs que l’on peut recons­ti­tuer l’atmosphère : le vigile derrière la porte en chêne blindée, les sommes exigées à l’entrée – 1 dollar en semaine et 3 le week-end –, le vestiaire à côté de l’une des fenêtres, le mauvais alcool que l’on servait. Le bar ne payait pas de mine, et un habitué s’en souvient : « On aurait dit que l’endroit avait été fait dans la pré­ci­pi­ta­tion, comme si un garage avait été trans­for­mé en cabaret en seulement huit heures et pour moins de cinquante dollars. »


Pourquoi exac­te­ment les choses basculent-elles ?


Le bar lui-même était divisé en deux espaces : le premier, avec ses murs peints en noir, est souvent décrit comme une caverne enfumée. Sur le jukebox à 10 cents le morceau, on écoute la musique à la mode, comme les Beach Boys. Le second, à l’arrière du bar, est plus étroit. Les murs sont couverts de lambris et l’éclairage est tamisé. On y passe des morceaux plus doux, comme ceux de la reine de la soul, Carla Thomas. Des client·es ont aussi noté la division raciale de l’endroit : la première pièce était majo­ri­tai­re­ment blanche, tandis que celle du fond était plutôt occupée par des personnes noires et d’origine por­to­ri­caine. D’autres ajoutent que c’est aussi là que les plus mar­gi­nales d’entre elles se retrou­vaient : les jeunes gens à la rue, les « Flame Queens », que l’on pourrait traduire par « folles3Selon la stratégie de retour­ne­ment du stigmate par les militant·es, le terme n’est pas utilisé comme une insulte : c’est une identité reven­di­quée, fièrement. Pour « travestis », nous reprenons les termes de l’époque. », quelques travestis et drag-queens, quand elles avaient été tolérées4Dans The Stonewall Reader (lire la note 2), la militante trans Sylvia Rivera affirme que le Stonewall Inn n’était pas un bar pour les drag-queens, voire qu’elles pouvaient y ren­con­trer une certaine hostilité. et, parfois aussi, des lesbiennes.

« Christopher Street nous appartient ! »

Il faut imaginer la chaleur d’un soir de juin à New York. La foule est dense dans le Stonewall Inn. Il est une heure du matin passée, la fête bat son plein. On danse serré·es dans les deux salles, on rit et on discute accoudé·es au comptoir quand la musique s’arrête net et que toutes les lumières se rallument. Les gens se regardent, surpris : est-ce que c’est déjà l’heure de la fermeture ? La nuit aurait filé à une allure si ver­ti­gi­neuse ? Très vite, la foule comprend : les flics sont là et les client·es se préparent à passer un mauvais moment. Certain·es paniquent : un com­mer­cial se dit que s’il est arrêté et que ça se sait, sa carrière et sa vie sont foutues ; un jeune travesti qui fêtait son anni­ver­saire a peur que son père, chez qui il vit encore, apprenne qu’il était là et le tue. Les plus habitué·es se contentent de lever les yeux au ciel. « Ça recom­mence », murmure l’un d’eux. Tous·tes espèrent secrè­te­ment ne pas être passé·es à tabac, ne pas être embarqué·es dans le fourgon sous n’importe quel prétexte. La police bloque la porte et demande à voir les papiers d’identité. Les travestis sont placés à part et se préparent à être menottés et arrêtés à cause de leurs tenues qui ne res­pectent pas les régle­men­ta­tions de l’époque. Tout le monde attend, une longue file se forme dans le bar et la colère commence à se faire sentir. Quelques personnes refusent de donner leurs papiers, d’autres inter­pellent la police. « Nous n’avons rien fait ! » osent même crier certain·es, « Pourquoi vous nous arrêtez, pour quelle raison ? » Des personnes tra­ves­ties sont emmenées dans les toilettes pour être bru­ta­le­ment fouillées et « examinées », selon les termes de la police, qui les oblige à se désha­biller. Plusieurs d’entre elles ne se laissent pas faire et repoussent les officiers, des coups tombent et la rage se précise. Les habitué·s sortent un·e par un·e, après s’être soumis·es à un fichage policier systématique.

Mais ce soir-là, contrai­re­ment aux autres fois, ils et elles ne se dis­persent pas dans la nuit, soulagé·es d’avoir échappé aux cellules sales de la prison du quartier, aux moqueries des policiers, à leurs crachats et à leurs coups. Non, ils et elles ne partent pas. Ils et elles restent devant le bar et attendent de voir si les leurs vont sortir indemnes. La nuit continue d’avancer et une foule de plus en plus compacte se forme devant l’établissement. Ce sont dix, puis trente, puis plus de cent cinquante personnes qui attendent en invec­ti­vant la police. Il faut imaginer une masse de jeunes gens en plein milieu de la nuit, leur vigueur et leur colère, la fureur qui les traverse face à l’injustice de la situation. Et puis, il y a ce moment de rupture qu’ils et elles sont cer­tai­ne­ment en train de vivre : quand le désespoir mêlé de peur et de rage devient une pos­si­bi­li­té d’action. Pourquoi exac­te­ment les choses basculent-elles ? Quand trouve-t-on la force de se soulever et d’agir après des années de violence subie ?

Les rires fusent, les insultes aussi, on harangue les officiers et, lentement, les choses dégé­nèrent. À chaque personne menottée qui sort du bar, les réactions sont plus vives. Le premier mouvement décisif a lieu quand une drag-queen pose un baiser pro­vo­ca­teur sur le front de l’officier qui la traîne vers le fourgon. Lui, en retour, lui assène un coup de matraque en plein visage. La foule se met à le huer et à crier qu’il faut retourner le véhicule. Des objets com­mencent à être jetés : des pièces de monnaie d’abord pour ces flics véreux à la botte de la mafia, puis des canettes et des bou­teilles. Plusieurs témoi­gnages décrivent ensuite le moment où une lesbienne masculine, une butch dyke, sort par­ti­cu­liè­re­ment énervée du Stonewall Inn. La police essaye de la faire entrer dans la voiture de patrouille, mais elle refuse, elle donne des coups, elle les insulte. Ils réus­sissent à la faire entrer par la portière arrière, mais elle ressort aussitôt et continue à se battre, puis elle se retourne vers celleux qui la regardent et leur lance, le souffle court : « Pourquoi vous ne faites rien ? Pourquoi ? »

Selon le jour­na­liste Lucian Truscott, présent sur place, « c’est à ce moment que la scène est devenue explosive ». Tout dégénère, les officiers paniquent et se bar­ri­cadent dans le bar, les pro­jec­tiles se mul­ti­plient, certains sont même enflammés, les vitres du Stonewall Inn explosent. Les affron­te­ments durent plusieurs minutes, il y a des blessé·es, la police panique. Des renforts finissent par arriver et, quand le jour se lève, « les débris de verres brillent comme des diamants sur la chaussée. C’était une émeute, pas de doute là-dessus […]. »

« Émeute » : du verbe « émouvoir »

Dans la quasi-totalité des témoi­gnages, comme dans celui que nous venons de citer, les participant·es et témoins de ces nuits utilisent le mot riot, que l’on traduit par « émeute » en français. Ainsi, dans The Stonewall Reader, la militante trans Marsha P. Johnson raconte que, quand elle arrive au Stonewall Inn, « l’émeute a déjà commencé ». Aujourd’hui, certain·es préfèrent parler de « sou­lè­ve­ment » (uprising) plutôt que d’« émeute », arguant que ce terme est celui utilisé par la police et qu’il a tendance à dépo­li­ti­ser l’événement en le réduisant à une pure expres­sion de violence. Parler de sou­lè­ve­ment permet de mettre l’accent sur la lutte plutôt que sur le désordre. Pour cet article, j’ai choisi de garder le terme his­to­rique en m’appuyant sur son éty­mo­lo­gie dans sa tra­duc­tion française : « émeute » vient du verbe « émouvoir ». Une émeute est une émotion col­lec­tive, pro­vo­quant un sou­lè­ve­ment dans le peuple.

Comme le pluriel nous l’indique, les émeutes de Stonewall ne sont pas l’événement d’une seule nuit. Le lendemain, le 29 juin 1969, le bruit circule qu’une émeute a eu lieu cause d’une énième descente de police au Stonewall Inn. Dans les cercles queers et militants, on jubile au récit des évé­ne­ments. Enfin, les personnes homo­sexuelles ne se laissent plus faire. La façade du bar a été taguée, on peut y lire : « Soutenez la puissance gay » ou « Légalisez les bars gays ». Le soir, de nouveaux attrou­pe­ments se forment devant le bar, que la police tente d’empêcher. On chante « We are the Stonewall Girls », on scande « Gay Power ! » Les patrons sortent de leur éta­blis­se­ment et s’adressent à la foule : « Venez voir ce qu’ils ont fait de l’endroit, ils ont tout détruit. » Les rues alentour se rem­plissent. Des centaines et des centaines d’homosexuel·les convergent vers le bar, ils et elles n’ont plus peur. Leurs voix montent dans la nuit et l’émotion gagne les passant·es. Certain·es se rap­pellent la touffeur du soir et la pleine lune qui brillait sur Manhattan. À un moment, iels décident de bloquer Christopher Street à l’angle de Greenwich Avenue. Les klaxons s’ajoutent aux cris. Leur reven­di­ca­tion est simple : aucune voiture, aucun bus ne pourra entrer dans la rue s’il ne trans­porte pas au moins un·e homosexuel·le. La police charge, les manifestant·es ne se démontent pas et, cette fois-là encore, les affron­te­ments durent jusqu’au milieu de la nuit. Les jours qui suivent sont marqués par d’autres ras­sem­ble­ments, par des actes de courage quo­ti­diens : de plus en plus de personnes queers refusent de se laisser intimider, elles renvoient les insultes qu’on leur lance, tiennent tête à celles et ceux qui veulent leur inculquer la honte. Le mercredi suivant les choses flambent une dernière fois avant de se calmer définitivement.

Dans la plupart des témoi­gnages, les personnes trans et les travestis sont cité·es comme celleux qui se sont battu·es avec le plus de convic­tion et de fureur. On se souvient des noms de Sylvia Rivera et Marsha P. Johnson, mais il y avait aussi tous·tes celleux que l’histoire n’a pas retenu·es et qui, pourtant, ont été d’un courage exemplaire.

Ces jours d’émeute en plein Manhattan marquent le début du mouvement pour les droits des personnes homo­sexuelles. Dans l’été, le Gay Liberation Front, une orga­ni­sa­tion politique pour les droits des personnes homo­sexuelles, se structure et reprend le mot d’ordre scandé par les manifestant·es devant le Stonewall Inn : « Gay Power ! » Il est temps de réclamer des droits. Un an plus tard, en juin 1970, iels orga­nisent la Christopher Street Liberation March pour célébrer le premier anni­ver­saire des émeutes. Iels partent de Sheridan Square, à quelques mètres du Stonewall Inn, et des­cendent jusqu’à Central Park. Il faut mesurer le courage néces­saire pour défiler à visage découvert, pour vaincre la peur d’être reconnu·e par un·e collègue ou un·e ami·e. Cette marche est l’ancêtre des Gay Pride désormais com­mu­né­ment appelées les Prides et, depuis, chaque année, des personnes défilent dans les rues en nous rappelant notre histoire. Sur leurs pancartes, on peut lire « Stonewall était une émeute ».

Rétrospectivement, les émeutes de Stonewall ont été construites comme un événement fondateur ; l’histoire aime les débuts, quitte à effacer ce qui précède. Pourtant, plusieurs actes de rébellion ont eu lieu avant cette nuit du 27 juin 1969. En 1966, à San Francisco, des femmes trans et des drag-queens habituées de la Compton’s Cafeteria5À ce sujet, voir
les travaux de Susan Stryker, en par­ti­cu­lier son film docu­men­taire Screaming Queens : The Riot at the Compton’s Cafeteria, 2005.
se soulèvent contre une descente de police de plus. En 1967, les habitués de la Black Cat Tavern à Los Angeles mani­festent à leur tour. Tous ces évé­ne­ments sont sans images. À une époque où les appareils pho­to­gra­phiques étaient chers et bien moins répandus, personne n’a capturé ce qui était en train de se passer.

Composer avec les silences

Les pho­to­gra­phies sont rares aussi pour les émeutes de Stonewall. Il y a bien celles d’un jour­na­liste du Village Voice, Howard Smith, qui avait aperçu le début des évé­ne­ments de la fenêtre de son bureau et qui a fini barricadé dans le bar avec la police tentant de le protéger. Le reporter Fred McDarrah était lui aussi présent. Il a réalisé des portraits des client·es du bar ; des personnes trans et gays devant la façade après la première nuit d’émeute. Sur les images, iels sourient et posent fièrement. Leur jeunesse me bou­le­verse. Le même pho­to­graphe a réalisé des vues à l’intérieur du lieu après les affron­te­ments, mais, du sou­lè­ve­ment lui-même, il ne reste presque rien. Il y a un cliché montrant des jeunes gens criant derrière un cordon de police, mais aucune image de cette butch se battant contre l’officier ni de la drag-queen menottée. Pour connaître ce moment de notre histoire, nous devons donc écouter6Un certain nombre de témoi­gnages sont ras­sem­blés dans le film de Kate Davis et David Heilbroner Stonewall Uprising, 2010 et lire celles et ceux qui y étaient, recueillir leurs paroles, parfois contra­dic­toires, puisque la mémoire est fragile, et composer avec leurs voix et leurs silences.
Il y a trois ans, j’ai découvert qu’une place du 4e arron­dis­se­ment de Paris avait été baptisée « place des Émeutes-de-Stonewall ». Je me souviens de ma surprise en décou­vrant la plaque. Pourquoi est-ce qu’un événement survenu il y a plus d’un demi-siècle à New York donne aujourd’hui son nom à une place pari­sienne ? C’est cer­tai­ne­ment parce que Stonewall est devenu un symbole autant qu’un objet de débat. Qui était vraiment impliqué ? Est-ce que Sylvia Rivera a vraiment lancé la première pierre contre la police ? Est-ce pertinent de chercher un grand début à l’émancipation queer et d’écrire l’histoire mino­ri­taire comme on écrit celle des dominants : avec un début et une avancée linéaire, des héro·ïnes et des dates univoques ?


L’histoire aime les débuts, quitte à effacer ce qui précède


Malgré toutes ces questions légitimes, nous aurions tort de croire que le souvenir des émeutes de Stonewall est si bien inscrit dans l’histoire col­lec­tive qu’il est indestructible.

Le 10 février 2026, des manifestant·es se rassemblent pour protester contre les attaques de l’administration Trump, qui a récemment fait retirer le drapeau LGBTQIA+ du Monument de Stonewall, dans le quartier de Greenwich Village, à New York. EDUARDO MUNOZ / REUTERS
Le 10 février 2026, des manifestant·es se ras­semblent pour protester contre les attaques de l’administration Trump, qui a récemment fait retirer le drapeau LGBTQIA+ du Monument de Stonewall, dans le quartier de Greenwich Village, à New York. EDUARDO MUNOZ / REUTERS

Des forces réac­tion­naires sont à l’œuvre pour réécrire le passé. En février 2025, l’administration Trump a fait enlever le « T » de « LGBT » sur le site officiel du Monument de Stonewall, effaçant ainsi les personnes trans qui ont joué un rôle décisif dans les évé­ne­ments. En février 2026, le drapeau arc-en-ciel qui flottait au-dessus du site a été à son tour enlevé par le gou­ver­ne­ment et remplacé par le drapeau étasunien. Contre ces forces réac­tion­naires, il nous revient de défendre ce moment de notre histoire col­lec­tive, de cultiver sa mémoire, de célébrer la force et le courage des personnes réunies ces soirs-là et de nous rappeler que c’est une émeute, un sou­lè­ve­ment, qui a contribué à nous donner nos droits les plus fon­da­men­taux. •Cette régle­men­ta­tion est une inter­pré­ta­tion des « Anti-Masquerade Laws » (lois anti-déguisement) du xixe siècle. Porter des vêtements ne cor­res­pon­dant pas
à son genre relevait du dégui­se­ment, et était passible de plusieurs jours d’emprisonnement ou d’une amende.

  • 1
    Cette régle­men­ta­tion est une inter­pré­ta­tion des « Anti-Masquerade Laws » (lois anti-déguisement) du xixe siècle. Porter des vêtements ne cor­res­pon­dant pas à son genre relevait du dégui­se­ment, et était passible de plusieurs jours d’emprisonnement ou d’une amende. ↩︎
  • 2
    . Les témoi­gnages retrans­crits sont tirés de David Carter, Stonewall. The Riot that Sparked the Gay Revolution, St. Martin’s Press, 2004 et d’Edmund White, The Stonewall Reader, Penguin Classics, 2019, et des archives de la New York Public Library (trad. Hélène Giannecchini). ↩︎
  • 3
    Selon la stratégie de retour­ne­ment du stigmate par les militant·es, le terme n’est pas utilisé comme une insulte : c’est une identité reven­di­quée, fièrement. Pour « travestis », nous reprenons les termes de l’époque. ↩︎
  • 4
    Dans The Stonewall Reader (lire la note 2), la militante trans Sylvia Rivera affirme que le Stonewall Inn n’était pas un bar pour les drag-queens, voire qu’elles pouvaient y ren­con­trer une certaine hostilité ↩︎
  • 5
    À ce sujet, voir
    les travaux de Susan Stryker, en par­ti­cu­lier son film docu­men­taire Screaming Queens : The Riot at the Compton’s Cafeteria, 2005. ↩︎
  • 6
    Un certain nombre de témoi­gnages sont ras­sem­blés dans le film de Kate Davis et David Heilbroner Stonewall Uprising, 2010 ↩︎
Hélène Giannecchini

Écrivaine, commissaire d’exposition et docteure en littérature, Hélène Giannecchini est spécialiste des rapports entre texte et image. Elle est l’autrice d’Un désir démesuré d’amitié (Seuil, 2024). Depuis 2023, elle travaille sur l’oeuvre de la photographe Donna Gottschalk. Elle a conçu le portfolio que nous lui consacrons et en a écrit les textes et les légendes. Voir tous ses articles

Chanter, un hymne à la résistance

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