Lundi 1er juin, à Avignon, débutait le procès de six jeunes femmes et hommes, accusé⋅es d’avoir organisé des guets-apens sur des applis de rencontre pour détrousser des personnes homosexuelles. Un jeune homme a été tué, un autre frappé et traité de « sale pédé ».
Dans son rapport 2026, l’association SOS homophobie rappelle qu’en France aucun lieu, aucun environnement social n’échappe aux manifestations d’homophobie. Parmi les contextes les plus à risque : les lieux publics, la haine en ligne, la famille et l’entourage proche.
Alors qu’aux mois de mai et juin, la fierté homosexuelle s’affiche au grand jour un peu partout en France, il nous a semblé utile de vous proposer, dans cette newsletter, une sélection de ressources qui visibilisent les vécus LGBTQIA+. Éclectique et subjective, elle rassemble nos coups de cœur de ces derniers mois (et parfois années !) et fait se côtoyer des œuvres de fiction, des productions journalistiques, du texte, du son et de l’image.
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Une bande dessinée
Y a toujours quelqu’un qui pleure
Marnie doit-elle pardonner à Rose de l’avoir trompée avec une autre ? N’a‑t-elle pas, dans des histoires passées, ressenti cette même nausée qui lui intimait de fuir ? Dans sa deuxième bande dessinée, l’artiste Chien Fou poursuit son exploration des tourments amoureux avec, comme fil rouge, toujours cette même question : quelle part de soi abdique-t-on dans une histoire d’amour ? Enchaînant, comme au cinéma, des plans larges et des plans serrés, usant de l’intensité des couleurs et de la force des symboles, l’artiste nous plonge dans la tempête intérieure d’une femme qui voudrait bien ne plus jamais souffrir par amour. Mais est-ce seulement possible ?
📖 Y a toujours quelqu’un qui pleure de Chien Fou, La Fourmi Éditions, 2026. 20 euros.
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Une bande dessinée
Bi⋅es
Si au commencement d’une identité minoritaire, il y a l’insulte et sa réappropriation, les bi⋅es sont bien en peine de s’accrocher à un étendard. Souvent moqué⋅es ou dénigré⋅es aussi bien par les hétéros que par les gays et les lesbiennes, elles et ils partagent pourtant un vécu commun : celui de la fluidité du désir, de l’entrelacement des expériences et de l’invisibilité. Ainsi, à la suite de Pédés et de Gouines, les deux précédents ouvrages collectifs publiés dans la collection Points féminismes, Bi⋅es rassemble les contributions de huit auteur⋅ices, dont la cinéaste Amandine Gay, l’autrice Pauline Harmange ou encore la militante antivalidiste Charlotte Puiseux. Collectée par la journaliste et autrice Camille Regache, la somme de ces récits personnels rend aux vies bies leur histoire, leurs images et leurs expériences concrètes.
📖 Bi⋅es, ouvrage collectif coordonné par Camille Regache, avec des textes d’Amandine Gay, Jeanne Godard-Davant, Mathis Grosos, Pauline Harmange, Morgane N. Lucas, Stéphanie Ouillon, Préca et Charlotte Puiseux, éditions Points, 2026. 7,90 euros.
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Une biographie
Moi, Giovanna
Peu connue du grand public, Giovanna Rincon est pourtant une des défenseuses les plus acharnées des droits des femmes trans travailleuses du sexe en France. Née en Colombie à la fin des années 1960 dans une famille pauvre, victime de transphobie dans son cercle proche comme dans l’espace public, elle apprend qu’elle est séropositive en 1990. Elle quitte alors son pays pour rejoindre Rome où elle devient travailleuse du sexe. Puis elle déménage à Paris, où elle intègre une communauté trans organisée et politisée autour du VIH et du sort des personnes sans papiers. En 2020, elle fonde l’association Acceptess‑T, devenue, ainsi qu’elle le dit dans son livre, une « référence européenne sur l’accompagnement global des personnes trans ». Dans cet ouvrage coécrit avec la psychanalyste et ancienne journaliste Stéphanie Malphettes, elle convoque les souvenirs de sa jeunesse puis de sa formation militante pour raconter une vie de combats.
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Un roman
Certaines fièvres échappent au mercure
Deux genoux qui se touchent dans un train de banlieue, un « petit arrêt cardiaque » dans la poitrine, des boucles dans lesquelles on demande la permission de passer la main. Mathilde Forget a décidément un talent particulier pour raconter les rencontres amoureuses, tordant le cou au male et à l’hetero gaze tel qu’il irrigue, depuis des siècles, l’ensemble de la littérature. Quand Édith rencontre C., elle est toujours l’enfant apeurée dont la mère s’est suicidée lorsqu’elle avait huit ans. « Je trouvais, en te rencontrant, la possibilité de rassasier mon besoin de consolation », écrit la narratrice à l’adresse de son amante, dont le regard et la présence peu à peu la réparent : « T’aimer, insiste-t-elle, c’est me raconter d’autres histoires que celles qui me permettaient de survivre aux évènements aussi définitifs que la mort des autres, car ces fictions-là commençaient à m’éloigner de la vie. »
📖 Certaines fièvres échappent au mercure de Mathilde Forget, L’Iconoclaste, 2026. 18,50 euros.
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On regarde
Love lies bleeding
Sorti en 2024 au cinéma, Love lies bleeding est un film qui mérite que l’on continue à parler de lui tant il bouscule toutes les représentations de genre. Au commencement, il y a la rencontre amoureuse entre Lou, employée d’une salle de musculation, et Jackie, une bodybuildeuse bisexuelle qui s’entraîne pour un futur tournoi. Mais sous l’effet des produits dopants que lui administre chaque jour, amoureusement, sa partenaire, le corps de Jackie mute, sa force décuple et sa colère déborde. C’est le début des ennuis pour les deux femmes dont l’aventure se poursuit sur le mode du thriller, au milieu de violentes bagarres et de scènes de crime. Admirablement filmé, Love lies bleeding manie les lumières chaudes et multiplie les images de muscles huilés, de corps dénudés et de justaucorps aux couleurs criardes pour rendre un hommage appuyé aux meilleures séries B des années 1990.
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On écoute
D’où vient l’homosexualité ?
En recevant Mathias Chaillot, journaliste et auteur de 4 % en théorie (éditions Goutte d’or, 2023), Tal Madesta prend le parti de dérouler aussi loin que possible les questionnements scientifiques autour de l’homosexualité. Pour mieux, évidemment, prouver leur faiblesse. Pourquoi devient-on homosexuel⋅les ? Quel rôle les gènes, les hormones ou le contexte culturel se partagent-ils dans la définition de nos désirs et de notre orientation sexuelle ? Pourquoi l’hétérosexualité est-elle, pour sa part, si peu questionnée sur le plan biologique ? Un épisode passionnant qui fournit des arguments concrets pour riposter aux discours homophobes.
🎧 D’où vient l’homosexualité ?, épisode 133 du podcast Les Couilles sur la table, Binge Audio, 2026. À écouter par ici
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Glossaire
Alors que l’actualité montre à quel point la guerre culturelle qui fait rage est aussi une bataille sémantique, il nous a paru important que La Déferlante propose à ses lecteur·ices des définitions de concepts clés pour appréhender l’époque dans une perspective féministe intersectionnelle. Queer, TERF, ou encore travailleur⋅euse du sexe : toutes les définitions sont en accès libre sur notre site internet, alimenté au fil des numéros pour faciliter la compréhension des concepts mobilisés dans chaque dossier.
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