Le 22 octobre dernier, Giorgia Meloni, candidate du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, est devenue la première femme à accéder à la tête du gouvernement italien. Loin de constituer une victoire pour les droits des femmes et des personnes LGBT+, sa victoire alourdit encore la menace qui pèse sur les droits reproductifs de l’autre côté des Alpes.
« Je n’ai pas l’intention d’abolir la loi 194 ! Dans quelle langue dois-je le dire ? » Au cours de sa campagne électorale, Giorgia Meloni s’est défendue, avec force et à plusieurs reprises, de vouloir modifier ou supprimer la loi qui, depuis 1978, consacre le droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). « C’est une manière de calmer le jeu, avance Marte Manca, membre de l’association féministe Non una di meno (Pas une de moins). Elle veut rassurer l’Europe et se donner une apparence démocratique. » La journaliste féministe Loredana Lipperini le rappelle : Meloni a triomphé face à une gauche « en perte d’identité ». Elle sait que, en s’attaquant directement à cette loi, elle « conduirait l’opposition, et une bonne part de la société, à faire front. Je ne crois pas qu’elle leur donnera ce coup de main », conclut-elle.
À en croire le nouveau président du Conseil des ministres – Giorgia Meloni a, dès le départ, formulé sa fonction au masculin dans toutes ses communications officielles –, le but est d’appliquer la loi « dans sa totalité », c’est-à-dire, selon ses propres termes, de garantir également aux femmes « le droit de ne pas avorter ». Un discours qui ne trompe pas les milliers de personnes qui, au lendemain de son élection, fin septembre, sont […]

Giorgia Meloni, la candidate du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, a pris la présidence du Conseil italien le 22 octobre dernier.
descendues dans les rues de plusieurs villes d’Italie pour soutenir le droit à l’IVG.
Relancer la natalité
Avec 1,17 enfant en moyenne par femme en 2020 (contre 1,84 en France), le taux de fécondité, en Italie, est le plus bas jamais enregistré – il devrait être de 2,05 pour que la population se renouvelle. Or, pour l’extrême droite, cette dénatalité a, en plus de l’aspect économique, un versant identitaire : Fratelli d’Italia veut encourager les Italien·nes « d’origine » à faire des enfants (notamment au moyen d’aides financières) et accuse la gauche de répondre à la crise en « remplaçant les Italiens par des immigrés ». La relance des naissances est d’ailleurs la mission explicite de la nouvelle ministre de la Famille, de la Natalité et de l’Égalité des chances, Eugenia Roccella. Connue pour ses positions pro-vie, elle a pourtant, elle aussi, fermement nié vouloir s’en prendre au droit à l’IVG.
« UN PROJET DE LOI PROPOSE D’INSTITUER UNE JOURNÉE DE LA VIE À NAITRE QUI OUVRIRAIT LA VOIE À DES MANIFESTATIONS PRO-VIE DANS LES ÉCOLES. »
« En réalité, cela fait déjà un bout de temps que la loi 194 est largement inopérante », réagit Marte Manca, qui milite dans la région des Marches, au centre de l’Italie sur la côte est. Un territoire modèle selon Giorgia Meloni. Dirigé depuis 2020 par Fratelli d’Italia, le gouvernement local refuse d’y appliquer les directives nationales sur le délai pour avorter, passant de sept à neuf semaines, et sur la délivrance de la pilule abortive sans obligation d’hospitalisation. Il a en revanche autorisé explicitement les associations pro-vie à s’installer dans les centres médicaux publics, où elles peuvent dissuader les patient·es d’avorter.
La clause de conscience des gynécologues en question
Pour Marte Manca, si l’accès à l’IVG est aussi difficile, c’est surtout en raison de la clause de conscience prévue par la loi italienne, qui permet aux gynécologues de refuser de pratiquer des avortements. Au niveau national, selon des chiffres datant de 2020, 64,6 % des médecins l’appliquent alors que, dans plusieurs régions du sud, ce taux est supérieur à 80 %. « C’est un pays qui abrite en son sein toute une aile catholique », rappelle le militant. « Au niveau local, nous avons des pointes à 100 % d’objection, avec des hôpitaux où l’avortement n’est pas du tout pratiqué. » Il craint désormais que « le modèle des Marches s’étende au niveau national ».
Les élus de la coalition de droite n’ont d’ailleurs pas perdu leur temps. Dès leur premier jour au Parlement, le 13 octobre, ils ont déposé une série de projets de loi sans équivoque. L’un d’entre eux voudrait modifier l’article 1 du Code civil afin de reconnaître la capacité juridique des individus non plus à partir de leur naissance, mais dès le moment de la conception. Ce qui reviendrait à considérer les fœtus comme des personnes à part entière, et l’IVG comme un homicide volontaire. Un autre texte propose d’instituer une Journée de la vie à naître, qui ouvrirait la voie à des manifestations et activités pro-vie, dans les écoles notamment. Pour l’heure, ces projets n’ont pas encore été débattus. La journaliste Loredana Lipperini le rappelle : des textes semblables ont déjà été proposés au cours des précédentes législatures, « mais c’est la première fois qu’ils le sont avec suffisamment de voix pour passer ».
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