Dans la colo des enfants queer

par

Lindsay Morris
Pendant dix étés, de 2007 à 2016, dans un coin verdoyant du Wisconsin au nord-est des États-Unis, le Camp I Am a accueilli des enfants affranchi·es des normes de genre. Libres à elleux de naviguer entre les codes féminin et masculin. La photographe Lindsay Morris a suivi ces enfants durant toute une décennie, jusqu’au seuil de l’âge adulte.


La pre­mière fois que la pho­to­graphe Lindsay Morris a séjour­né au Camp I Am, c’était en 2008. Venue avec son fils Milo, elle a com­men­cé à docu­men­ter cette colo pas comme les autres, qui avait vu le jour l’année pré­cé­dente. C’est la mère de Danny, un jeune gar­çon ama­teur de paillettes et de prin­cesses, qui en avait eu l’idée. Le Camp I Am ras­sem­blait des enfants comme lui, trop à l’étroit dans la bina­ri­té fille-garçon. Parfois accompagné·es de leurs frères et sœurs, iels pou­vaient y explo­rer en toute flui­di­té la palette des expres­sions de genre, dans leur manière de s’habiller comme dans leurs jeux. Quant aux parents et proches, iles trou­vaient là une occa­sion de par­ta­ger leur expé­rience d’accompagnant·es, par­fois en com­pa­gnie d’expert·es des transidentités. 

Le Camp I Am a d’abord comp­té une majo­ri­té d’enfants assi­gnés gar­çons à la nais­sance. Puis au fil du temps, leurs pro­fils se sont diver­si­fiés, aus­si bien racia­le­ment que dans la mul­ti­tude des iden­ti­tés de genre expri­mées. Les organisateur·ices, tous·tes volon­taires, ont prit soin de main­te­nir l’initiative dans une rela­tive dis­cré­tion. En 2012, parents et enfants ont néan­moins accep­té que The New York Times Magazine publie quelques pho­tos de Lindsay Morris. Une pre­mière mise en lumière pour une expé­rience qui s’est répé­tée chaque été jusqu’en 2016, et qui, depuis, a été répli­quée aux États-Unis et dans d’autres pays.

Aujourd’hui plus visibles qu’en 2007, les mineur·es queer sont vic­times des attaques de l’extrême droite amé­ri­caine: en février 2022, le gou­ver­neur répu­bli­cain du Texas Greg Abbott a ain­si fait passer […]

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Retrouvez cet article dans la revue papier La Déferlante n°7, de septembre 2022. La Déferlante est une revue trimestrielle indépendante consacrée aux féminismes et au genre. Tous les trois mois, en librairie et sur abonnement, elle raconte les luttes et les débats qui secouent notre société.

La Déferlante 7 : Réinventer la famille