J’ai désobéi à tout.
À Dieu
À ma mère
À l’amour
À la musique parfois
D’abord je refuse la cuillère
La mère se heurte
La marge de décision dont l’enfance dispose fait la taille
de son œsophage
Plus tard je refuse la Loi, ses adultes et leur accablante laideur
Aujourd’hui il me faudrait obéir à mon image
À mon époque
Je dois choisir mon camp affirmer mon identité politiser ma colère manifester ma sexualité aboyer mon indignation célébrer ma bâtardise choisir ma fin de vie
M’épuise votre liberté
Je voudrais déposer les armes comme on dépose un enfant endormi dans son lit
Comme petite chienne à l’œil humide attend dans son panier un signe du ciel
une consigne
Mais je suis maître-chien
Tantôt le maître
Tantôt le chien
Je tire sur la laisse.
Je tends le cou.
Je donne les ordres.
Je suis assise et grimaçante
Je bave couchée, le cœur grevé de formes impératives.
Éperdument rebelle
je caillasse à perte le seul ennemi encore dressé devant moi
mes plaies archivent chaque pierre
Pourtant je rêve de jugement suspendu, d’acquiescement et de servitude
L’érotisme connaîtrait ce secret, le corps le sait avant la pensée
Nous ne rêvons pas seulement d’être libres
Nous rêvons de cesser d’être ce petit royaume assiégé
De sortir des remparts
De perdre le nom du roi
Et pour quelques secondes
Plus personne ne commande
Plus personne n’obéit
Il n’y a plus que cette étrange lumière
qui passe
comme saisie par l’intérieur





