« Il faut se rendre à l’évidence, Donald Trump est parvenu à faire ce que personne n’avait réussi auparavant », lance Samuel Bravo, un travailleur social franco-vénézuélien rencontré à Caracas. Comme beaucoup de militant·es issu·es de la société civile, il se félicite d’être débarrassé du président Nicolás Maduro.
Quatre semaines après le coup de force de Donald Trump qui a fait une centaine de morts, Delcy Rodríguez, l’ancienne vice-présidente, est à la tête d’un pays sous tutelle étasunienne. La transition du Venezuela vers l’économie de marché est déjà à l’œuvre : une loi sur les hydrocarbures a aussitôt été votée qui facilite l’installation d’entreprises privées étrangères – principalement étasuniennes – dans le pays.
Les droits humains au second plan
Poussé par l’administration Trump, le président de l’Assemblée nationale vénézuélienne a annoncé le 8 janvier 2026 la libération d’un grand nombre de prisonnier·es politiques. Des remises en liberté qui se font pourtant au compte-goutte. « Il n’y a quasiment pas d’avancées en matière de droits humains », déplore l’avocate Ana Leonor Acosta, coordinatrice générale de l’ONG locale Coalition pour les droits humains et la démocratie. Elle reste sur ses gardes : « Depuis les élections de 2024, nous vivons dans un climat de terreur. » En juillet de cette année-là, Nicolás Maduro s’est déclaré vainqueur d’un scrutin présidentiel sur lequel pèsent de lourds soupçons de fraude, provoquant des manifestations d’ampleur à travers tout le pays. Dans les semaines et les mois qui ont suivi, 2 000 personnes ont été jetées en prison, parmi lesquelles un grand nombre d’activistes du mouvement social.
« Il faut mettre fin à la répression. Ensuite, nous pourrons imposer un agenda féministe et LGBTQIA+ »
Andrea, militante féministe vénézuélienne
« Je connais beaucoup de gens, des ami·es, des collègues, qui ont dû s’exiler », explique Andrea, une militante féministe qui témoigne sous un prénom d’emprunt. Car particulièrement depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolás Maduro en 2013, lutter pour la légalisation de l’avortement, diffuser des films LGBTQIA+, dénoncer des discriminations peut mener derrière les barreaux. Elle cite l’exemple, médiatisé au-delà des frontières, de l’avocate Martha Lía Grajales, arrêtée en août 2025 après une manifestation de soutien au mouvement des mères de prisonnier·es politiques.
Au total, c’est près de 8 millions de Vénézuélien·nes (sur une population d’environ 30 millions) qui ont quitté leur pays « en quête de protection ou d’une vie meilleure », selon l’ONU. Et près de 18 000 civil·es qui, depuis 2016, ont été assassiné·es par la force publique. « Je fais profil bas, confie Andrea. Mon passeport a été révoqué et je ne peux pas sortir du pays ». L’annulation ou la révocation des passeports de citoyen·nes vénézuélien·nes sont des mesures répressives mises en place par les autorités après la réélection contestée de Nicolás Maduro en 2024 qui visent à restreindre la liberté de circulation des militant·es. Malgré la décapitation du régime, le 3 janvier dernier : « L’appareil répressif étatique est intact », rapporte l’avocate Ana Leonor Acosta.
Entre espoir et résignation
Malgré les menaces qui pèsent sur elles et eux, les activistes pour les droits humains et sociaux se positionnent en vigie d’une démocratie vénézuélienne en lambeaux. « Il faut, dans un premier temps, mettre fin à la répression, et permettre le retour de nos camarades de lutte exilé·es. Ensuite, nous pourrons imposer un agenda féministe et LGBTQIA+ », affirme Andrea. Mais la militante féministe reste prudente : « les réformes économiques, avec pour effet la baisse de l’inflation, pourraient améliorer très vite le quotidien des Vénézuélien·nes » et ainsi faire passer au second plan la nécessité des avancées sociales, la libération des prisonnier·es et le rétablissement de la liberté d’expression. D’autant que beaucoup en sont bien conscients·es : l’intérêt de Washington pour le pays est avant tout économique. « Le gouvernement de Donald Trump n’a que faire des droits humains, il n’y a qu’à regarder ce qui se passe à Minneapolis ! », souligne la sociologue Lissette González qui, depuis le Venezuela, imagine le pire : « La répression pourrait être soutenue par Washington, avec plus de savoir-faire encore, grâce au soutien financier et technologique des services de renseignements étasuniens. »
La solution pour les représentant·es du mouvement social vénézuélien ? Une grande « solidarité internationaliste par le bas », répond Yoletty Bracho, politiste et maîtresse de conférences à l’université d’Avignon. La capacité des Vénézuélien·nes « à contenir la vocation impérialiste et extractiviste des États-Unis est très faible », se désole Lisette González. Pour le moment, personne parmi les activistes resté·es au Venezuela, ne parvient à imaginer comment le pays pourra se défaire de l’encombrante tutelle des États-Unis.



