✊🏽Si on arrête, le monde s’arrête !

En ce 1er mai qui célèbre, partout dans le monde, les droits des travailleur⋅euses, La Déferlante a confié les clefs de sa news­let­ter à la jour­na­liste et essayiste Mathilde Blézat, autrice de Si on s’arrête, le monde s’arrête, paru le 3 avril 2026 à La Déferlante Éditions et dis­po­nible sur notre site. Dans cet essai, elle rend justice à celles et ceux qui tra­vaillent dans l’ombre, effec­tuant quo­ti­dien­ne­ment des tâches domes­tiques, de soin et d’éducation qui nous per­mettent de faire col­lec­ti­ve­ment société.
Publié le 30/04/2026

Gaëlle Matata pour La Déferlante

👉🏻 Pour nous permettre d’identifier plus finement les questions fémi­nistes et anti­ra­cistes qui tra­versent la question du travail, elle a sélec­tion­né pour nous des articles de presse, des livres et des docu­men­taires qui mettent en lumière la contri­bu­tion des classes popu­laires, des personnes racisées et des femmes au fonc­tion­ne­ment de l’économie, mais aussi leurs combats pour la recon­nais­sance de leur travail. Bonne lecture !

🗞️Revue de presse

Livreurs à vélo : l’exploitation des hommes immigrés

À peine 3 euros de l’heure : c’est le salaire que gagnent les livreurs à vélo tra­vaillant pour les pla­te­formes de livraison de repas. Le chiffre est issu d’une enquête inédite, menée conjoin­te­ment par l’Institut de recherche pour le déve­lop­pe­ment et l’Institut national d’études démo­gra­phiques, qui précise que « 99 % des livreurs de repas à vélo sont des hommes, 99 % sont nés à l’étranger, les deux tiers sont sans titre de séjour ». Quatre asso­cia­tions ont porté plainte contre les pla­te­formes pour traite d’êtres humains.

🚲 Un article à lire dans Le Monde.

Le travail tue aussi les femmes

La jour­na­liste Nolwenn Weiler signe cette semaine une série d’articles sur les femmes mortes au travail. Elle révèle qu’elles sont majo­ri­taires parmi les personnes tuées au cours d’accidents « de trajet », causés par le travail de nuit et les horaires morcelés qu’elles sont plus nom­breuses que les hommes à subir. Mais elles sont également victimes d’accidents car­dio­vas­cu­laires et d’infarctus provoqués par le cumul de cadences infer­nales et d’une surcharge de res­pon­sa­bi­li­tés du travail domes­tique qui leur incombe.

🚗 À retrouver sur le site de Basta!

Travailler plus, gagner moins

Les femmes tra­vaillent bien plus que les hommes, mais ne touchent à l’échelle mondiale que 28 % de la rému­né­ra­tion globale des salarié⋅es. Un chiffre qui s’explique prin­ci­pa­le­ment par la pro­por­tion impor­tante de travail gratuit qu’elles effec­tuent, com­pa­ra­ti­ve­ment aux hommes. Selon le rapport du World Inequality Lab, paru en décembre 2025, l’absence de rému­né­ra­tion de leurs tâches serait un frein au déve­lop­pe­ment social et éco­no­mique à l’échelle mondiale.

💸 Un article à retrouver dans L’Humanité.

Pour un salaire ménager

Depuis les années 1970, des fémi­nistes demandent que soit reconnue la valeur éco­no­mique du travail domes­tique. Parmi elles, Selma James, née dans les années 1930 aux États-Unis, fut une des prin­ci­pales ins­ti­ga­trices de la campagne pour un « salaire du travail ménager ».

🧹 Son portrait est à retrouver dans le numéro 21 de La Déferlante (mars 2026).

📻On écoute

Sardines FM

Des bribes d’assemblées générales, des inter­views de grévistes, des chants de lutte : le docu­men­taire Sardines FM nous replonge dans le Douarnenez de 1924, alors qu’éclate la grève des sar­di­nières. Mêlant fausses archives sonores et rigou­reuses expli­ca­tions des spé­cia­listes de ce mouvement social, ce podcast « historico-loufoque » rend hommage à la lutte menée par les ouvrières bretonnes des conser­ve­ries de poissons. La lutte sonne vivante et actuelle et fait le lien avec le combat contem­po­rain des Douarnenistes contre le gri­gno­te­ment de la ville par les rési­dences secon­daires et les locations de courte durée.

En fond, une image d'archive de la grève des sardinières de Douarnenez. Par dessus, un drapeau communiste, lui-même recouvert d'une sardine, à qui un micro Arte en dessin est tendu. En bas, au premier plan, une série de dessins de poings levés blanc, violet et beige.
Crédit : Arte Radio

🎧 Sardines FM, une création d’Olivier Minot, à écouter sur le site d’Arte radio.

📚 On lit

Le cœur du capital

Dans cet essai, l’historienne Fanny Gallot et l’économiste Hugo Harari-Kermadec s’attèlent à démontrer que letravail repro­duc­tif très majo­ri­tai­re­ment effectué par des femmes constitue « la colonne ver­té­brale sans laquelle ni la pro­duc­tion, ni la société, ni la vie elle-même ne pour­raient se maintenir ». Il propose un calcul du poids éco­no­mique du travail repro­duc­tif dans son ensemble, en comp­ta­bi­li­sant, entre autres, la valeur du travail domes­tique ou encore le surcoût que repré­sen­te­rait un ali­gne­ment des rému­né­ra­tions des femmes sur celles des hommes.

Les deux uni­ver­si­taires reviennent également sur la longue histoire des théo­ri­sa­tions et des luttes de femmes autour du travail repro­duc­tif, qu’il s’agisse de reva­lo­ri­ser leur travail de care, de repenser la grève, ou encore de lutter contre la vie chère.

La couverture d'un livre qui représente une femme racisées croulant sous les papiers. A sa gauche le titre et les informations bibliographiques sont contenues dans un cadre violet.
Crédit : Université Paris Cité

📖 Fanny Gallot et Hugo Harari-Kermadec, Le cœur du capital. Ces tra­vailleuses de l’ombre qui font tourner le monde, Université Paris Cité éditions, 2026. 15 euros

Rendre soin

Dans une langue précise, drôle et émi­nem­ment politique, Julie Lombe décor­tique les multiples facettes, gestes et enjeux de son travail de mas­so­thé­ra­peute. Minutie du soin, empathie à l’égard des corps, attention portée au consen­te­ment, gestion mil­li­mé­trée du temps et sourire à maintenir en toutes cir­cons­tances, en dépit des douleurs physiques et des agres­sions racistes ou sexuelles. Et interroge : « Parfois, je me demande ce qui se passera quand / Toustes les soignant·es iront trop mal pour soigner. / Quand la main-d’œuvre des Suds restera derrière des fron­tières fermées. […] Qui sera là pour prendre soin de celleux qui prennent soin ? »

📘 Julie Lombe, Rendre soin, Éditions Blast, 2026. 18 euros.

La Belle de mai

Dans La Belle de mai. Fabrique de révo­lu­tions, Mathilde Ramadier et Élodie Durand reviennent sur l’une des premières grèves d’ouvrières en France, à Marseille, durant l’hiver 1887. Dans une manu­fac­ture de tabac célèbre inter­na­tio­na­le­ment, les ouvrières sont à la merci des contre­maîtres : condi­tions de travail délétères, brimades et agres­sions sexuelles. L’une d’entre elles, que l’on nomme Sespo, propose de lancer une grève. Cette bande dessinée nous raconte l’organisation du mouvement, l’occupation des ateliers et l’élan de soli­da­ri­té qui se crée autour des ouvrières.

Sur la couverture d'une bande-dessinée, des ouvrières sont réunies en groupe. Elles sont dessinées en noir et blanc.
Crédit : Futuropolis

📕 Mathilde Ramadier et Élodie Durand, La Belle de mai. Fabrique de révo­lu­tions, Futuropolis, 2024. 22 euros.

🍿On regarde

Islande, un jour sans femmes

Dans ce docu­men­taire qui n’est mal­heu­reu­se­ment visible qu’en festivals et sur des pla­te­formes de streaming étran­gères pour le moment, la réa­li­sa­trice Pamela Hogan revient sur la grève des Islandaises qui, le 24 octobre 1975, sont parvenues à bloquer, pendant 24 heures, toute l’activité éco­no­mique de leur pays. À travers des images d’archives, des dessins et des témoi­gnages d’anciennes grévistes, elle raconte la mobi­li­sa­tion de femmes de tous milieux, les débats lors des réunions syn­di­cales, la stu­pé­fac­tion des maris et des patrons, et surtout la joie col­lec­tive. Dans le sillage de cette grève féministe, le droit à l’avortement leur était ouvert, tout comme certaines pro­fes­sions jusque là réservées aux hommes. Cinq ans plus tard, l’Islande élisait Vigdís Finnbogadóttir, la première femme pré­si­dente désignée démo­cra­ti­que­ment dans le monde.

📺 Un jour sans femmes, réalisé par Pamela Hogan, Other Noises pro­duc­tion, 2024. Le film est dis­po­nible en streaming uni­que­ment depuis la Suisse et l’Espagne. Il est diffusé dans de nombreux festivals à travers le monde.

💡Glossaire

Alors que l’actualité montre à quel point la guerre cultu­relle qui fait rage est aussi une bataille séman­tique, il nous a paru important que La Déferlante propose à ses lecteur·ices des défi­ni­tions de concepts clés pour appré­hen­der l’époque dans une pers­pec­tive féministe inter­sec­tion­nelle. Travail repro­duc­tif, grève féministe, temps partiel ou plafond de verre : toutes les défi­ni­tions sont en accès libre sur notre site internet, qui est alimenté au fil des numéros pour faciliter la com­pré­hen­sion des concepts mobilisés dans chaque dossier.

☝🏼 Consulter notre glossaire.

Les mots importants

Travail domestique

On entend par travail domes­tique l’ensemble des tâches...

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Travail reproductif

Concept forgé dans les années 1970, notamment par la...

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Grève féministe

Reprise d’une pratique utilisée ini­tia­le­ment par...

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Temps partiel

En 1980, le ministre du Travail et de la Participation du...

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Plafond de verre

Le concept de plafond de verre est apparu à la fin des...

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Mathilde Blézat

Mathilde Blézat est journaliste et autrice spécialisée dans les sujets d’éducation, de l’autodéfense féministe et du handicap. Elle a participé à l’écriture du manuel Notre corps, nous mêmes (Hors d’atteinte, 2020) et publié Pour l’autodéfense féministe (Éditions de la dernière lettre, 2022). Voir tous ses articles