🌈Riposter à l’homophobie

Alors qu’aux mois de mai et juin, la fierté homo­sexuelle s’affiche au grand jour un peu partout en France, il nous a semblé utile de vous proposer, dans cette news­let­ter, une sélection de res­sources qui visi­bi­lisent les vécus LGBTQIA+. 
Publié le 04/06/2026

📖 Y a toujours quelqu’un qui pleure de Chien Fou, La Fourmi Éditions, 2026. 20 euros.
📖 Y a toujours quelqu’un qui pleure de Chien Fou, La Fourmi Éditions, 2026. 20 euros.

Découvrez le numéro 22 de La Déferlante, « Obtenir justice », paru en février 2026. Consultez le sommaire !

Lundi 1er juin, à Avignon, débutait le procès de six jeunes femmes et hommes, accusé⋅es d’avoir organisé des guets-apens sur des applis de rencontre pour détrous­ser des personnes homo­sexuelles. Un jeune homme a été tué, un autre frappé et traité de « sale pédé ».

Pourtant, le dossier d’instruction ne mentionne nulle part les cir­cons­tances homo­phobes de ces agres­sions présumées. Le lendemain à Metz, un jeune homme de 19 ans est décédé des suites d’une agression lors de laquelle des insultes auraient fusé, selon des témoins : « sale pédale », « sale pédé ». Là non plus, le caractère homophobe n’a pas été retenu par le parquet.
Dans son rapport 2026, l’association SOS homo­pho­bie rappelle qu’en France aucun lieu, aucun envi­ron­ne­ment social n’échappe aux mani­fes­ta­tions d’homophobie. Parmi les contextes les plus à risque : les lieux publics, la haine en ligne, la famille et l’entourage proche.

Alors qu’aux mois de mai et juin, la fierté homo­sexuelle s’affiche au grand jour un peu partout en France, il nous a semblé utile de vous proposer, dans cette news­let­ter, une sélection de res­sources qui visi­bi­lisent les vécus LGBTQIA+. Éclectique et sub­jec­tive, elle rassemble nos coups de cœur de ces derniers mois (et parfois années !) et fait se côtoyer des œuvres de fiction, des pro­duc­tions jour­na­lis­tiques, du texte, du son et de l’image.

💭
Une bande dessinée

Y a toujours quelqu’un qui pleure

Marnie doit-elle pardonner à Rose de l’avoir trompée avec une autre ? N’a‑t-elle pas, dans des histoires passées, ressenti cette même nausée qui lui intimait de fuir ? Dans sa deuxième bande dessinée, l’artiste Chien Fou poursuit son explo­ra­tion des tourments amoureux avec, comme fil rouge, toujours cette même question : quelle part de soi abdique-t-on dans une histoire d’amour ? Enchaînant, comme au cinéma, des plans larges et des plans serrés, usant de l’intensité des couleurs et de la force des symboles, l’artiste nous plonge dans la tempête inté­rieure d’une femme qui voudrait bien ne plus jamais souffrir par amour. Mais est-ce seulement possible ?

📖 Y a toujours quelqu’un qui pleure de Chien Fou, La Fourmi Éditions, 2026. 20 euros.

📚
Une bande dessinée

Bi⋅es

Si au com­men­ce­ment d’une identité mino­ri­taire, il y a l’insulte et sa réap­pro­pria­tion, les bi⋅es sont bien en peine de s’accrocher à un étendard. Souvent moqué⋅es ou dénigré⋅es aussi bien par les hétéros que par les gays et les les­biennes, elles et ils partagent pourtant un vécu commun : celui de la fluidité du désir, de l’entrelacement des expé­riences et de l’invisibilité. Ainsi, à la suite de Pédés et de Gouines, les deux pré­cé­dents ouvrages col­lec­tifs publiés dans la col­lec­tion Points fémi­nismes, Bi⋅es rassemble les contri­bu­tions de huit auteur⋅ices, dont la cinéaste Amandine Gay, l’autrice Pauline Harmange ou encore la militante anti­va­li­diste Charlotte Puiseux. Collectée par la jour­na­liste et autrice Camille Regache, la somme de ces récits per­son­nels rend aux vies bies leur histoire, leurs images et leurs expé­riences concrètes.

📖 Bi⋅es, ouvrage collectif coordonné par Camille Regache, avec des textes d’Amandine Gay, Jeanne Godard-Davant, Mathis Grosos, Pauline Harmange, Morgane N. Lucas, Stéphanie Ouillon, Préca et Charlotte Puiseux, éditions Points, 2026. 7,90 euros.

📚
Une biographie

Moi, Giovanna

Peu connue du grand public, Giovanna Rincon est pourtant une des défen­seuses les plus acharnées des droits des femmes trans tra­vailleuses du sexe en France. Née en Colombie à la fin des années 1960 dans une famille pauvre, victime de trans­pho­bie dans son cercle proche comme dans l’espace public, elle apprend qu’elle est séro­po­si­tive en 1990. Elle quitte alors son pays pour rejoindre Rome où elle devient tra­vailleuse du sexe. Puis elle déménage à Paris, où elle intègre une com­mu­nau­té trans organisée et politisée autour du VIH et du sort des personnes sans papiers. En 2020, elle fonde l’association Acceptess‑T, devenue, ainsi qu’elle le dit dans son livre, une « référence euro­péenne sur l’accompagnement global des personnes trans ». Dans cet ouvrage coécrit avec la psy­cha­na­lyste et ancienne jour­na­liste Stéphanie Malphettes, elle convoque les souvenirs de sa jeunesse puis de sa formation militante pour raconter une vie de combats.

📖 Moi, Giovanna, une enfance trans à Bogotá, de Giovanna Rincon et Stéphanie Malphettes, Grasset, 2026. 20,90 euros.
📖 Moi, Giovanna, une enfance trans à Bogotá, de Giovanna Rincon et Stéphanie Malphettes, Grasset, 2026. 20,90 euros.

📚
Un roman

Certaines fièvres échappent au mercure

Deux genoux qui se touchent dans un train de banlieue, un « petit arrêt cardiaque » dans la poitrine, des boucles dans les­quelles on demande la per­mis­sion de passer la main. Mathilde Forget a déci­dé­ment un talent par­ti­cu­lier pour raconter les ren­contres amou­reuses, tordant le cou au male et à l’hetero gaze tel qu’il irrigue, depuis des siècles, l’ensemble de la lit­té­ra­ture. Quand Édith rencontre C., elle est toujours l’enfant apeurée dont la mère s’est suicidée lorsqu’elle avait huit ans. « Je trouvais, en te ren­con­trant, la pos­si­bi­li­té de rassasier mon besoin de conso­la­tion », écrit la nar­ra­trice à l’adresse de son amante, dont le regard et la présence peu à peu la réparent : « T’aimer, insiste-t-elle, c’est me raconter d’autres histoires que celles qui me per­met­taient de survivre aux évè­ne­ments aussi défi­ni­tifs que la mort des autres, car ces fictions-là com­men­çaient à m’éloigner de la vie. »

📖 Certaines fièvres échappent au mercure de Mathilde Forget, L’Iconoclaste, 2026. 18,50 euros.

📺
On regarde

Love lies bleeding

Sorti en 2024 au cinéma, Love lies bleeding est un film qui mérite que l’on continue à parler de lui tant il bouscule toutes les repré­sen­ta­tions de genre. Au com­men­ce­ment, il y a la rencontre amoureuse entre Lou, employée d’une salle de mus­cu­la­tion, et Jackie, une body­buil­deuse bisexuelle qui s’entraîne pour un futur tournoi. Mais sous l’effet des produits dopants que lui admi­nistre chaque jour, amou­reu­se­ment, sa par­te­naire, le corps de Jackie mute, sa force décuple et sa colère déborde. C’est le début des ennuis pour les deux femmes dont l’aventure se poursuit sur le mode du thriller, au milieu de violentes bagarres et de scènes de crime. Admirablement filmé, Love lies bleeding manie les lumières chaudes et multiplie les images de muscles huilés, de corps dénudés et de jus­tau­corps aux couleurs criardes pour rendre un hommage appuyé aux meilleures séries B des années 1990.

🍿 Love lies bleeding, réalisé et coécrit par Rose Glass, 2024. Disponible en Blu-ray, DVD et en VOD.
🍿 Love lies bleeding, réalisé et coécrit par Rose Glass, 2024. Disponible en Blu-ray, DVD et en VOD. 

📻
On écoute

D’où vient l’homosexualité ?

En recevant Mathias Chaillot, jour­na­liste et auteur de 4 % en théorie (éditions Goutte d’or, 2023), Tal Madesta prend le parti de dérouler aussi loin que possible les ques­tion­ne­ments scien­ti­fiques autour de l’homosexualité. Pour mieux, évi­dem­ment, prouver leur faiblesse. Pourquoi devient-on homosexuel⋅les ? Quel rôle les gènes, les hormones ou le contexte culturel se partagent-ils dans la défi­ni­tion de nos désirs et de notre orien­ta­tion sexuelle ? Pourquoi l’hétérosexualité est-elle, pour sa part, si peu ques­tion­née sur le plan bio­lo­gique ? Un épisode pas­sion­nant qui fournit des arguments concrets pour riposter aux discours homophobes.

🎧 D’où vient l’homosexualité ?, épisode 133 du podcast Les Couilles sur la table, Binge Audio, 2026. À écouter par ici

💡
Glossaire

Alors que l’actualité montre à quel point la guerre cultu­relle qui fait rage est aussi une bataille séman­tique, il nous a paru important que La Déferlante propose à ses lecteur·ices des défi­ni­tions de concepts clés pour appré­hen­der l’époque dans une pers­pec­tive féministe inter­sec­tion­nelle. Queer, TERF, ou encore travailleur⋅euse du sexe : toutes les défi­ni­tions sont en accès libre sur notre site internet, alimenté au fil des numéros pour faciliter la com­pré­hen­sion des concepts mobilisés dans chaque dossier.

☝🏼 Consulter notre glossaire

La Déferlante

Voir tous ses articles

Chanter, un hymne à la résistance

Découvrez le numéro 22 de La Déferlante, « Obtenir justice », paru en février 2026. Consultez le sommaire !