Désobéissance civile

La déso­béis­sance civile est le fait de trans­gres­ser volon­tai­re­ment des lois pour des raisons morales et éthiques dans le but d’infléchir une décision politique ou de modifier le cadre légis­la­tif. Le terme est utilisé pour la première fois par l’éditeur de l’écrivain étasunien Henry David Thoreau pour titrer un recueil posthume de ses écrits, publié en 1866. Thoreau y explique son refus de payer ses impôts pour contester le système escla­va­giste aux États-Unis et la guerre contre le Mexique (1846–1848).

La déso­béis­sance civile a été mobilisée dans de nom­breuses luttes sociales : par la militante féministe française Hubertine Auclert au XIXe, par les suf­fra­gistes anglaises au début du XXe siècle en faveur du droit de vote des femmes, contre la colo­ni­sa­tion anglaise en Inde dans les années 1930 ou contre la ségré­ga­tion raciale aux États-Unis dès les années 1950… Depuis le milieu des années 2010, les militant·es des mou­ve­ments éco­lo­gistes se réclament de la déso­béis­sance civile en orga­ni­sant des blocages de sièges d’entreprises pétro­lières telles que le géant Total ou en ins­tal­lant des « zones à défendre » à l’emplacement de futurs projets polluants, comme à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique).

Mais tout le monde n’est pas égal face à ce type d’action. Il est plus risqué et coûteux de désobéir pour les personnes racisées et issues des anciennes colonies, rappelle Manel Ben Boubaker, ensei­gnante, féministe et militante anti­ra­ciste dans son récit « Quand désobéir à l’ordre colonial tue » (La Déferlante no 23, septembre 2026). La répres­sion des pouvoirs à l’égard de ces personnes est bien plus impor­tante et peut entraîner la mort. Pour exemple, le 17 octobre 1961 : environ 40 000 Algérien·nes ont manifesté à Paris malgré le couvre-feu que leur avait imposé le préfet Maurice Papon, dans le contexte de la guerre de libé­ra­tion algé­rienne. La mani­fes­ta­tion est vio­lem­ment réprimée, causant plusieurs centaines de blessés, et la police a jeté dans la Seine et les canaux de la région pari­sienne des centaines de personnes. Le nombre de morts demeure incertain, estimé entre 100 et 300. « C’est un massacre, le plus important d’Europe de l’Ouest depuis la Seconde Guerre mondiale, en plein Paris », affirme Manel Ben Boubaker. Autres exemples : la répres­sion des mou­ve­ments pro­pa­les­ti­niens, et celle qui s’est déployée face aux révoltes des jeunes des quartiers popu­laires après le meurtre de Nahel Merzouk par le policier Florian Menesplier, en 2023. « Le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, a fait passer la consigne : “La réponse pénale [doit être] rapide, ferme et sys­té­ma­tique.” Les pro­cé­dures sont brutales », poursuit Manel Ben Boubaker et « le ministère de la Justice a reven­di­qué près de 2 000 condam­na­tions, dont 1 787 peines d’emprisonnement ferme ou avec sursis » quelques mois plus tard.


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