Comment mieux définir les féminicides ?

Publié le 28/04/2022
Débat Comment mieux définir les féminicides La Déferlante 6
Lucile Gautier

Surgi récemment dans le débat public français, le concept de fémi­ni­cide s’est cris­tal­li­sé autour de la question des violences conju­gales. La magis­trate Gwenola Joly-Coz, l’historien Frédéric Chauvaud et la militante de #NousToutes Maëlle Noir reviennent sur la façon dont cet outil s’est imposé en France, et sur les débats concer­nant son acception.

Vous couvrez trois domaines d’expertises dif­fé­rents mais com­plé­men­taires. Quelles sont vos défi­ni­tions res­pec­tives du féminicide ?
MAËLLE NOIR C’est un crime genré : le meurtre d’une femme en raison de son genre. L’autre élément clé, c’est le rôle du patriar­cat. Ce système de pouvoir et de domi­na­tion perpétue ce crime à travers la bana­li­sa­tion des violences sexistes et sexuelles. Le fémi­ni­cide s’inscrit dans un continuum de violences. Il est le haut de la pyramide de ces violences. Cette défi­ni­tion que nous utilisons à #NousToutes s’appuie sur le travail des premières théo­ri­sa­tions du concept par les cher­cheuses anglo-saxonnes Jill Radford et Diana Russell dans les années 1990.

GWENOLA JOLY-COZ Dans le voca­bu­laire juridique, il existe l’homicide, le parricide, l’infanticide, mais le fémi­ni­cide n’est pas nommé dans le Code pénal. Néanmoins, en tant que magis­trate, je dispose d’incriminations suf­fi­santes pour condamner un homme qui a tué une femme grâce à des outils du Code pénal qui s’appellent « les atteintes volon­taires à la vie d’autrui ». Le meurtre est puni de trente ans de réclusion cri­mi­nelle. Plusieurs cir­cons­tances aggra­vantes font encourir la per­pé­tui­té, notamment le meurtre par conjoint. Il existe depuis la loi du 27 janvier 2017 une cir­cons­tance aggra­vante pour tout crime ou délit accom­pa­gné de propos, écrits, images, portant atteinte à l’honneur ou à la consi­dé­ra­tion de la victime en raison de son sexe.

FRÉDÉRIC CHAUVAUD Avec ma collègue Lydie Bodiou, nous avons retrouvé la trace du mot fémi­ni­cide dès le XVIIe siècle, dans une pièce de Scarron. Il est utilisé de manière discrète par des jour­na­listes au XIXe et au XXe siècle, pas toujours avec le même sens. On le voit réap­pa­raître de manière impor­tante en 1976 à l’occasion du Tribunal inter­na­tio­nal des crimes contre les femmes de Bruxelles, un ras­sem­ble­ment créé pour rendre visibles les violences faites aux femmes. Le mot désigne dès lors une forme de violence contre les femmes. […]

Laurène Daycard

Journaliste indépendante, membre du collectif Les Journalopes. Elle travaille depuis plusieurs années sur les violences de genre et écrit un livre sur les féminicides à paraître aux éditions du Seuil d'ici quelques mois. Voir tous ses articles