Italie : « Cela fait un bout de temps que la loi sur l’IVG est inopérante »

Publié le 11/11/2022
Giorgia Meloni, la candidate du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia, a pris la présidence du Conseil italien le 22 octobre dernier.
Le 22 octobre dernier, Giorgia Meloni, candidate du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, est devenue la première femme à accéder à la tête du gouvernement italien. Loin de constituer une victoire pour les droits des femmes et des personnes LGBT+, sa victoire alourdit encore la menace qui pèse sur les droits reproductifs de l’autre côté des Alpes.

« Je n’ai pas l’intention d’abolir la loi 194 ! Dans quelle langue dois-je le dire ? » Au cours de sa campagne élec­to­rale, Giorgia Meloni s’est défendue, avec force et à plusieurs reprises, de vouloir modifier ou supprimer la loi qui, depuis 1978, consacre le droit à l’interruption volon­taire de grossesse (IVG). « C’est une manière de calmer le jeu, avance Marte Manca, membre de l’association féministe Non una di meno (Pas une de moins). Elle veut rassurer l’Europe et se donner une apparence démo­cra­tique. » La jour­na­liste féministe Loredana Lipperini le rappelle : Meloni a triomphé face à une gauche « en perte d’identité ». Elle sait que, en s’attaquant direc­te­ment à cette loi, elle « condui­rait l’opposition, et une bonne part de la société, à faire front. Je ne crois pas qu’elle leur donnera ce coup de main », conclut-elle.

À en croire le nouveau président du Conseil des ministres – Giorgia Meloni a, dès le départ, formulé sa fonction au masculin dans toutes ses com­mu­ni­ca­tions offi­cielles –, le but est d’appliquer la loi « dans sa totalité », c’est-à-dire, selon ses propres termes, de garantir également aux femmes « le droit de ne pas avorter ». Un discours qui ne trompe pas les milliers de personnes qui, au lendemain de son élection, fin septembre, sont […]

Giorgia Meloni, la candidate du parti d'extrême droite Fratelli d'Italia, a pris la présidence du Conseil italien le 22 octobre dernier.

Giorgia Meloni, la candidate du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia, a pris la pré­si­dence du Conseil italien le 22 octobre dernier.

 

des­cen­dues dans les rues de plusieurs villes d’Italie pour soutenir le droit à l’IVG.

Relancer la natalité

Avec 1,17 enfant en moyenne par femme en 2020 (contre 1,84 en France), le taux de fécondité, en Italie, est le plus bas jamais enre­gis­tré – il devrait être de 2,05 pour que la popu­la­tion se renou­velle. Or, pour l’extrême droite, cette déna­ta­li­té a, en plus de l’aspect éco­no­mique, un versant iden­ti­taire : Fratelli d’Italia veut encou­ra­ger les Italien·nes « d’origine » à faire des enfants (notamment au moyen d’aides finan­cières) et accuse la gauche de répondre à la crise en « rem­pla­çant les Italiens par des immigrés ». La relance des nais­sances est d’ailleurs la mission explicite de la nouvelle ministre de la Famille, de la Natalité et de l’Égalité des chancesEugenia Roccella. Connue pour ses positions pro-vie, elle a pourtant, elle aussi, fermement nié vouloir s’en prendre au droit à l’IVG.

« UN PROJET DE LOI PROPOSE D’INSTITUER UNE JOURNÉE DE LA VIE À NAITRE QUI OUVRIRAIT LA VOIE À DES MANIFESTATIONS PRO-VIE DANS LES ÉCOLES. »

« En réalité, cela fait déjà un bout de temps que la loi 194 est largement inopé­rante », réagit Marte Manca, qui milite dans la région des Marches, au centre de l’Italie sur la côte est. Un ter­ri­toire modèle selon Giorgia Meloni. Dirigé depuis 2020 par Fratelli d’Italia, le gou­ver­ne­ment local refuse d’y appliquer les direc­tives natio­nales sur le délai pour avorter, passant de sept à neuf semaines, et sur la déli­vrance de la pilule abortive sans obli­ga­tion d’hospitalisation. Il a en revanche autorisé expli­ci­te­ment les asso­cia­tions pro-vie à s’installer dans les centres médicaux publics, où elles peuvent dissuader les patient·es d’avorter.

La clause de conscience des gyné­co­logues en question

Pour Marte Manca, si l’accès à l’IVG est aussi difficile, c’est surtout en raison de la clause de conscience prévue par la loi italienne, qui permet aux gyné­co­logues de refuser de pratiquer des avor­te­ments. Au niveau national, selon des chiffres datant de 2020, 64,6 % des médecins l’appliquent alors que, dans plusieurs régions du sud, ce taux est supérieur à 80 %. « C’est un pays qui abrite en son sein toute une aile catho­lique », rappelle le militant. « Au niveau local, nous avons des pointes à 100 % d’objection, avec des hôpitaux où l’avortement n’est pas du tout pratiqué. » Il craint désormais que « le modèle des Marches s’étende au niveau national ».

Les élus de la coalition de droite n’ont d’ailleurs pas perdu leur temps. Dès leur premier jour au Parlement, le 13 octobre, ils ont déposé une série de projets de loi sans équivoque. L’un d’entre eux voudrait modifier l’article 1 du Code civil afin de recon­naître la capacité juridique des individus non plus à partir de leur naissance, mais dès le moment de la concep­tion. Ce qui revien­drait à consi­dé­rer les fœtus comme des personnes à part entière, et l’IVG comme un homicide volon­taire. Un autre texte propose d’instituer une Journée de la vie à naître, qui ouvrirait la voie à des mani­fes­ta­tions et activités pro-vie, dans les écoles notamment. Pour l’heure, ces projets n’ont pas encore été débattus. La jour­na­liste Loredana Lipperini le rappelle : des textes sem­blables ont déjà été proposés au cours des pré­cé­dentes légis­la­tures, « mais c’est la première fois qu’ils le sont avec suf­fi­sam­ment de voix pour passer ».

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