🤿🪶La rentrée littéraire de La Déferlante

L’idée a germé au milieu des vacances, entre une tentative de lecture sur chaise longue (inter­rom­pue quatre fois par un « Maman ! Elle a encore dit que j’étais moche ! ») et un début de rando aban­don­née pour cause de canicule bretonne : pourquoi, à La Déferlante, ne ferions-nous pas notre propre rentrée littéraire ?
Publié le 04/09/2026

C’est ainsi que, en plein cœur de l’été puis dès son retour au travail, notre équipe a com­pul­si­ve­ment tourné, corné, annoté des pages, dans l’espoir de vous proposer une sélection digne des meilleures chro­niques lit­té­raires du Masque et la Plume. En un poil plus woke, vous verrez…

Promis – même si ce n’est pas l’envie qui nous manque – on ne fera pas ici la promo de Les mauvais jours finiront, le pas­sion­nant recueil de six mois de cor­res­pon­dance entre Alice Zeniter et Phœbe Hadjimarkos Clarke, à paraître dans quelques semaines à La Déferlante Éditions 😆.


Mais on vous parlera d’ouvrages (romans, essai, bande dessinée) qu’on a lus cet été et qui valent, selon nous, que vous vous dérobiez quelques heures aux impé­ra­tifs de la rentrée. Quitte à répondre à celles et ceux qui vous dérangent : « Débrouillez-vous, je ne suis là pour personne ! »

Très bonne(s) lecture(s),
Signé 🖊️ : toute l’équipe de La Déferlante

🕳️ Le Livre des souterrains

Avec un art consommé du pastiche et grâce à une pro­di­gieuse construc­tion roma­nesque, Phœbe Hadjimarkos Clarke livre un récit féministe d’une grande force, qui fait du corps féminin un ter­ri­toire de fiction, de désir et de puissance. Tout en sai­sis­sant avec acuité les grands maux de notre monde contem­po­rain (sur­chauffe de la planète, tech­no­fas­cisme et racisme anti­mi­grants), son Livre des sou­ter­rains nous fait perdre nos repères et traverser bien des fron­tières. Affreusement jubilatoire.

→ Le Livre des sou­ter­rains, Phœbe Hadjimarkos Clarke, Éditions du sous-sol, 2026. 21,50 euros.

🕵️‍♀️ Toute une vie à chercher

Rothko Taylor a longtemps été tenu⋅e éloigné⋅e de la petite station balnéaire qui l’a vu⋅e grandir. À sa sortie de prison, iel a 36 ans et n’est plus l’adolescent⋅e qui marchait à côté de sa vie. Dans ce deuxième roman, le poète et rappeur bri­tan­nique Kae Tempest raconte l’âpreté d’une ado­les­cence trans dans l’Angleterre du début des années 2000, les liens familiaux contra­riés, la décou­verte de soi dans les yeux d’une aimée et, peu à peu, la douceur d’un retour à la vie. Truffé de citations musicales, hanté par le flow mon­dia­le­ment célèbre de son auteur, ce récit écrit à la serpe nous jette sans ména­ge­ment dans les montagnes russes émo­tion­nelles de son antihéros. Un voyage dont on sort éton­nam­ment apaisé⋅e.

→ Toute une vie à chercher, Kae Tempest, trad. Madeleine Nasalik, Éditions de l’Olivier, 2026. 23 euros.

⛪ Possédés

Dans ce premier roman, Laetitia Faure raconte sa propre histoire : celle d’une femme qui cherche déses­pé­ré­ment à soigner les blessures de son enfance.

Elle entremêle les souvenirs de sa vie de petite fille, dans une villa cossue de Cannes où tout n’est qu’apparences, et ses consul­ta­tions de thé­ra­peutes en tous genres (du magné­ti­seur en visio au kiné­sio­logue). Avec beaucoup d’autodérision et de subtilité, l’autrice raconte ses errements dans le déve­lop­pe­ment personnel, mais aussi le poids de la religion et des silences familiaux. On plonge avec elle dans les années 1980 pour découvrir la violence d’une éducation soumise à la loi de Dieu et du père, qui décident de tout – y compris des vacances obli­ga­toires dans les lieux saints et les retraites spi­ri­tuelles. Possédés raconte l’histoire d’une évasion, que l’on suit avec intérêt.

→ Possédés, Laetitia Faure, Seuil, 2026. 21,50 euros.

🗽 En attendant Marky Moon

Mark est mort. Mais ce qui rend Renata incon­so­lable, c’est que son meilleur ami ne vienne pas lui rendre visite sous forme de fantôme. Car des fantômes, Renata en croise partout, tout le temps. Et encore plus depuis que la com­mu­nau­té queer de New York, dans laquelle elle évolue, est décimée par une épidémie qui n’a pas encore de nom.

Natalie Adler, dont c’est le premier roman, nous entraîne dans le New York du début des années 1980. Le sida et la gen­tri­fi­ca­tion galopante sont en train d’abîmer de manière irré­ver­sible des modes de vie alter­na­tifs, héritages des décennies pré­cé­dentes. Le chagrin et la dérision se mêlent dans ce magni­fique portrait de com­mu­nau­tés qui tentent de déjouer la catas­trophe avec un certain panache.

→ En attendant Marky Moon, Natalie Adler, trad. Caroline Bouet, Phébus. 23,50 euros.

🧕🏼 Petit Manuel de lutte contre l’islamophobie

Pourquoi le racisme anti­mu­sul­man est-il souvent nié, au point de dis­qua­li­fier le concept d’islamophobie ? Comment réagir et com­prendre les effets de cette dis­cri­mi­na­tion spé­ci­fique ? Quels liens entretient-il avec le com­plo­tisme ? Le Petit Manuel de lutte contre l’is­la­mo­pho­bie d’Hanane Karimi est une boîte à outils très utile pour com­prendre et lutter. En posant un cadre his­to­rique clair, la socio­logue démontre comment l’is­la­mo­pho­bie d’État peut basculer dans des pratiques auto­ri­taires. Un livre à garder dans sa poche pour les jours où on a besoin de prendre du recul et d’agir.

→ Petit Manuel de lutte contre l’islamophobie, Hanane Karimi, Éditions du commun, 18 euros. À paraître le 18 septembre.

🩺 Une grossesse sur quatre

Dès les premières pages, l’enquête de Camille Drouet Chades, illustrée par Manon Mugnier, nous met face à un problème de société majeur : l’invisibilisation médicale et politique des arrêts spontanés de grossesse (autrement appelés « fausses couches »). La jour­na­liste a elle-même expé­ri­men­té l’indifférence de certain⋅es de ses proches et du monde médical lors de plusieurs de ces épisodes. Avec, comme pour des centaines de milliers de femmes chaque année, des consé­quences graves sur sa santé physique et mentale. Poussant au-delà du récit intime, l’enquête dévoile l’indifférence politique à l’égard de la santé des femmes, mais également l’indigence d’un système de santé, forcé, par manque de moyens, de négliger certain⋅es patientes. Une bande dessinée à mettre entre toutes les mains !

→ Une grossesse sur quatre. Enquête sur le tabou de la « fausse » couche, Camille Drouet Chades et Manon Mugnier, La Revue dessinée/Casterman. À paraître le 9 septembre. 25 euros.

Erratum

À propos de l’article « Non-représentation d’enfants, le combat des mères pro­tec­trices », publié dans le n° 23 de la revue La Déferlante, à paraître ce vendredi 4 septembre 2026.

Des erreurs concer­nant plusieurs éléments factuels et judi­ciaires nous conduisent à publier le présent erratum. Dans la version papier de l’article, des infor­ma­tions relatives à la situation d’une mère – qui témoigne sous le nom de Cynthia – et de son fils ont été rap­por­tées de manière inexacte ou incomplète.

Nous précisons que, contrai­re­ment à ce qu’expose l’article, le père du fils de Cynthia n’a fait l’objet d’aucune condam­na­tion pénale pour violences conju­gales. La procédure cor­res­pon­dante s’est conclue par un non-lieu. L’article affirme par ailleurs que, concer­nant les faits dénoncés par le fils de Cynthia, « la plainte avait été immé­dia­te­ment classée sans suite ». C’est une erreur, puisqu’une infor­ma­tion judi­ciaire, portant notamment sur des faits qualifiés de viol sur mineur, est actuel­le­ment en cours. L’article attribue à « un expert » la recom­man­da­tion de ne pas remettre le fils de Cynthia à son père. Cette for­mu­la­tion est inexacte : la non-remise de l’enfant faisait suite à des ins­truc­tions écrites des services de police demandant à Cynthia de ne pas remettre l’enfant à son père. La chro­no­lo­gie des faits rapportée dans l’article est également incom­plète et sus­cep­tible d’en fausser la com­pré­hen­sion : la décision du juge aux affaires fami­liales du 29 août 2023 de placer l’enfant au domicile du père aurait dû faire appa­raître qu’une infor­ma­tion judi­ciaire concer­nant les faits de violence dénoncés à propos du fils de Cynthia était alors en cours. Enfin, l’article évoque une « contre-expertise » psy­chia­trique concer­nant Cynthia sans préciser que deux exper­tises psy­chia­triques indé­pen­dantes ulté­rieures ont conclu à l’absence de toute patho­lo­gie, dont l’une avait été ordonnée judiciairement.

La version de cet article dis­po­nible en ligne sur notre site a été corrigée le
27 août 2026, à partir des pré­ci­sions apportées par Cynthia. Nous la remer­cions et lui pré­sen­tons nos excuses sincères pour les erreurs présentes dans la version initiale de l’article.

La Déferlante

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