Assia Matoug avait 46 ans. Elle vivait à Montreuil, en Seine-Saint-Denis avec ses trois enfants et son mari Youssef. Le 13 février dernier, son corps démembré a été retrouvé dans le parc des Buttes-Chaumont, à Paris. Quelques jours plus tard, son époux est passé aux aveux : il l’aurait étranglée, découpée en morceaux dans la cuisine familiale, puis transportée en autobus, dans un caddie de supermarché, jusqu’à ce parc très fréquenté du Nord-Est parisien.
Ce meurtre est le 19e féminicide depuis le début de l’année. Dans les jours qui ont suivi, plusieurs femmes ont encore été tuées, le plus souvent par un conjoint ou un ex-conjoint. Comme dans la majorité des cas, elles avaient préalablement signalé les violences qu’elles subissaient aux autorités, parfois porté plainte. Cela n’a pas suffi à les protéger.

Selon une étude publiée par le ministère de l’Intérieur en août 2022, 64 % des victimes de féminicide avaient préalablement signalé aux forces de l’ordre les violences qu’elles subissaient. Photo prise en 2020, à Besançon. Crédit illustration : Creative commons.
L’Observatoire national des violences faites aux femmes estime que chaque année, en France, 213 000 femmes sont victimes de violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire ou d’un ancien partenaire. Dans le même temps, 94 000 d’entre elles sont victimes de viol ou de tentative de viol. 11 % ont fait l’objet d’injures, d’insultes ou de dénigrement.
La réponse politique marque un temps de retard
Face aux statistiques qui ne désenflent pas, la réponse politique marque un temps de retard. Le 8 mars dernier, la Première ministre Élisabeth Borne annonçait en grande pompe son « grand plan pour l’égalité entre les femmes et les hommes ». Il prévoit notamment la mise en place de pôles spécialisés dans les violences conjugales au sein des tribunaux, l’ouverture, à l’horizon 2025 d’une « maison des femmes » par département, sur le modèle de celle de Saint-Denis, ou encore la délivrance d’ordonnances de protection sous 24 heures pour les femmes jugées « réellement en danger ». Montant de la facture : « plusieurs centaines de millions d’euros », selon Matignon, mais toujours pas le milliard réclamé depuis 2017 par les associations. Par ailleurs, l’accent est mis, encore une fois, sur l’accueil des victimes et sur les sanctions promises aux agresseurs. Mais que fait, au juste, l’exécutif pour empêcher que les violences ne se produisent ? […] LIRE LA SUITE
UNE FEMME SUR SIX COMMENCE SA VIE SEXUELLE PAR UN RAPPORT NON CONSENTI.
Nous l’avons maintes fois documenté à La Déferlante, les insultes, les agressions, les meurtres – qu’ils aient pour motif le genre ou l’orientation sexuelle – trouvent une partie de leur origine dans des stéréotypes actifs dès le plus jeune âge. La violence commence dès l’école, lorsqu’on soulève les jupes des filles, lorsque le mot « pédé » sert d’insulte pour un garçon qui ne court pas assez vite après le ballon. Elle se poursuit à l’adolescence et lors des premières relations sexuelles, quand un silence est considéré comme un oui. Selon une enquête réalisée par le collectif Nous toutes en 2020, une femme sur six commence sa vie sexuelle par un rapport non consenti.
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En 2013–2014, le fiasco des ABCD de l’égalité dans les écoles élémentaires a sonné le glas de toute tentative de prévention des stéréotypes de genre auprès des élèves. Malgré tout, depuis 2001, la loi prévoit bien, pour tous les élèves des écoles, collèges et lycées, trois séances d’éducation sexuelle par an, incluant un chapitre sur les violences et le consentement. Mais ce texte est trop peu souvent appliqué, au point que le 2 mars dernier, trois associations – SOS homophobie, Sidaction et le Planning familial – assignaient l’État en justice. Selon leur communiqué, « seules 15 % des personnes âgées de 15 à 24 ans déclarent avoir bénéficié de plus de six séances dans toute leur scolarité et 17 % déclarent n’en avoir jamais reçu ». En face, les chiffres du ministère de l’Intérieur témoignent pourtant de l’urgence à agir : entre 2020 et 2021, les plaintes pour violences sexuelles hors du cadre intime ont augmenté de 24 %, et même de 77 % sur les cinq années qui précèdent.
Une soirée festive qui célèbre les sexualités consenties
C’est dans l’idée d’évoquer la sexualité dans ce qu’elle a de pluriel, d’inclusif de non violent qu’à La Déferlante, nous avons conçu notre dernier numéro. C’est dans cet esprit également que nous organisons, en partenariat avec l’association En avant toute(s), une soirée de discussion et de fête au Rosa Bonheur des Buttes-Chaumont, à Paris. Elle devait initialement avoir lieu le 16 février, soit trois jours après la découverte, dans ce même parc, du corps violenté d’Assia Matoug. Nous avons fait le choix de reporter cet événement au mercredi 22 mars.
En la mémoire de cette femme, mais aussi de toutes les victimes des violences sexistes et sexuelles, nous vous proposons, ce soir-là une séance d’échanges avec la fondatrice du compte Instagram féministe Merci Beaucul et Elvire Duvelle-Charles de La Clit révolution, sur ce que peut être une sexualité joyeuse et consentie. Nous poursuivrons la soirée en dansant. D’abord avec le Danceoké d’En avant toute(s) pour nous réapproprier nos corps autant que la piste de danse. Puis avec le trio de DJ Go Gouines du label Sœurs malsaines. L’entrée est libre et gratuite. Pour soutenir la soirée et contribuer à la lutte contre les stéréotypes et les violences de genre, vous pouvez également participer à notre tombola [voir l’encadré]. L’argent récolté sera reversé à parts égales à En avant toute(s) et à La Déferlante.
Alors à mercredi ?
→ En souvenir d’Assia Matoug et de toutes les autres victimes de féminicides, plusieurs organisations féministes montreuilloises organisent une marche silencieuse, le mardi 21 mars, à partir de 18 heures.
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