Il aura fallu que Lyhanna, 11 ans, soit assassinée pour qu’un pays feigne soudain de découvrir ce qu’il savait depuis longtemps: chaque année, 160000 enfants sont victimes de violences sexuelles. Si seulement le printemps 2026 pouvait servir d’électrochoc, comme on l’a lu ici ou là. Si seulement, comme le demandentles climatologues, il pouvait aussi y avoir «un avant et un après» les canicules du printemps et de l’été 2026. Hélas, à l’heure où nous bouclons, nous craignons que, à la rentrée, la question des violences faites aux enfants et celle de la crise climatique soient déjà reléguées loin dans les
discours politiques.
Il est effrayant de voir à quel point la fabrique de l’ignorance fonctionne pour justifier l’inaction climatique. Alors que, depuis plus de trente-cinq ans, les scientifiques alertent sur la hausse des températures, sur la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre en sortant de notre dépendance aux énergies fossiles, le Rassemblement national peut se réjouir d’avoir imposé un cadrage médiatique malhonnête en annonçant un grand plan « climatisation ». Au lendemain de l’épisode de canicule du mois de juin, Santé publique France estimait déjà la surmortalité à environ mille décès supplémentaires en trois jours (du 24 au 26 juin) : combien de mort·es faudra-t-il encore pour que le gouvernement fasse les choix politiques qui s’imposent ?
Le caractère insoutenable de cet épisode ne se réduit pas au nombre de décès. Il est dans ces logements devenus des bouilloires thermiques. Dans les quartiers populaires où l’accès à l’eau est criminalisé1En juin dernier, dans un quartier populaire de Clermont-Ferrand, la police a saccagé à deux reprises une piscine installée par des jeunes. Lors de la canicule de mai, à Paris, des adolescent·es racisé·es ont été verbalisé·es pour baignade illicite dans le canal Saint-Martin, avant que la mairie n’autorise finalement cette pratique.. Dans les coupures d’électricité, dans les chambres d’hôpital sans climatisation, dans l’épuisement des travailleur·euses. Dans l’angoisse vertigineuse qui nous saisit lorsqu’on entend que cet été 2026 aura été le plus frais du reste de notre vie. Il est, enfin, dans ces couvertures de survie apportées par les parents pour sauver les enfants de la suffocation dans des classes à 37 degrés.

Oui, bien sûr que oui, vous auriez pu prédire tout cela, monsieur Macron. Parce que vous aviez connaissance des six rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) publiés depuis 1990. Parce que les militant·es féministes et enfantistes, aux côtés des travailleur·euses du secteur social, ne cessent de réclamer des moyens pour lutter contre les violences faites aux femmes. D’alerter sur la nécessité de faire de la protection des plus jeunes une priorité nationale. Pourtant, parmi les 17 mesures prioritaires détaillées dans le rapport de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences faites aux enfants (Ciivise) remis aux autorités en 2023, seules trois sont aujourd’hui pleinement mises en œuvre par le gouvernement de votre Premier ministre. Concernant le climat, vous avez, pour ne prendre qu’un exemple, supprimé l’impôt sur la fortune, assumant de réduire les recettes de l’État et de rogner sur le fonds vert, créé pour accompagner les collectivités dans la transition écologique.
À celles et ceux qui dénonçaient les drames provoqués par l’inconséquence de vos choix politiques, vous avez d’abord choisi de répondre par le mépris (« on ne répond pas à un drame par les cris ») ou par le paternalisme (« buvez de l’eau ! »). Nous payons le coût de votre inaction climatique et des arbitrages budgétaires de vos gouvernements. Oui, monsieur Macron, vous êtes comptable des politiques publiques que vous n’avez pas mises en œuvre depuis 2017, face à ces deux défis majeurs que sont la protection de l’enfance et le réchauffement climatique.

Crédit : Robin Jehl
Malgré la sidération, nous ne pouvons rester passifs et passives. Nous sommes de plus en plus nombreux·ses à désirer un changement radical de société. À envisager l’articulation des luttes féministes, enfantistes, écologistes, sociales. Le 27 juin, en réponse à l’interdiction de la Pride par la Préfecture de Paris pour cause de canicule, le collectif queer Les inverti·e·s, adossé au collectif Extinction Rebellion et à Noustoutes93, a investi la Samaritaine, propriété du groupe LVMH. Une action coup de poing pour pointer les vrais responsables du changement climatique : le capitalisme meurtrier et l’État qui le protège. Et rappeler que, décidément, l’urgence est à la mobilisation.




