L’accélération de la bascule de la France ces derniers jours est effroyable. Hier, le président de la République a annoncé l’interdiction des manifestations déposées par « des gens qui n’ont aucune légitimité ». Face à la colère sociale, le pouvoir aux abois impose sa dérive liberticide et malmène davantage un état de droit déjà largement abîmé. La journée de mobilisation demain sera un crash test pour notre démocratie.
Les révoltes lycéennes qui, depuis plusieurs semaines s’expriment dans la rue et bénéficient d’une fort soutien populaire, démontrent à quel point il est fondamental d’écouter les adolescent⋅es. Les mobilisations ne font que s’amplifier, en dépit d’une répression policière d’une ampleur et d’une violence inédites : plusieurs lycéen⋅nes mutilé⋅es et près de 8 000 gardes à vue, auxquelles il faut ajouter près de 2 000 arrestations le week-end dernier.
Bascule sociale et politique, cette semaine semble bien marquer le crépuscule de dix ans de macronisme. Alors que dans plusieurs villes de France, les manifestations du 17 octobre ont été le théâtre de dégradations matérielles et de pillages, les autorités ont choisi de décréter des couvre-feux ciblant principalement les mineur⋅es.
En réponse à un cadrage médiatique et gouvernemental qui réduit déjà ce mouvement social historique à un soulèvement de « factieux » qui menaceraient la République, nous ne pouvons qu’appeler à écouter ce que réclament les plus jeunes de nos concitoyen⋅nes.
Une puissante agentivité
Changer de regard sur les enfants, changer de perspective : c’est tout le propos du dossier « Grandir » publié dans notre nouveau numéro. Vous y croiserez nombre de jeunes qui résistent, qui luttent, qui prennent la parole et font preuve d’une puissante agentivité. Ce sont des membres de l’association Les enfants s’organisent à Lyon, qui interpellent les pouvoirs publics pour obtenir des bancs dans la cour de récréation ; ce sont les mobilisations des adolescent⋅es sans titre de séjour qui, à l’intersection des revendications enfantistes et antiracistes, s’organisent pour faire reconnaître leurs droits. Ce sont aussi, Nour, Noham et Alicia, des élèves marseillais⋅es de primaire et de collège qui, à la faveur d’un groupe de parole entre enfants, réclament le droit de vote.
La Déferlante, jusqu’ici La revue des révolutions féministes, devient La revue féministe des révolutions
Ce numéro inaugure, on l’a dit, notre nouvelle formule. Face à la montée des périls fasciste, capitaliste ou climatique, nous avons souhaité élargir notre focale pour évoquer de manière plus explicite les luttes antiracistes, décoloniales, environnementales, handies ou encore enfantistes.
Signe concret de cette ambition, La Déferlante, jusqu’ici La revue des révolutions féministes, devient La revue féministe des révolutions. Dans une maquette plus inventive et plus aérée, vous lirez davantage d’enquêtes, de littérature, de poésie… Vous découvrirez aussi de nouvelles rubriques : Idées, Parti pris ou Pop culture et un décryptage des mobilisations de Sainte Soline qui, en 2023, ont marqué une rupture historique au sein des mouvements écologistes comme dans la violence de la répression. Un article qui résonne fort avec le désastre sécuritaire en cours.
Dans le contexte politique actuel, nous ne pouvons donc que vous inviter à soutenir la presse indépendante, pilier de la démocratie, et si vous le pouvez à vous abonner à La Déferlante. Et comme le proclame l’affiche de ce nouveau numéro, nous répétons haut et fort : « Il n’y a pas d’âge pour les grandes révoltes ».
Bonne lecture !

