Refuser l’inacceptable

Face aux deux défis majeurs que sont la pro­tec­tion de l’enfance et le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, Emmanuel Macron brille par son inaction. 
Publié le 25/07/2026

Deux personnes brandissent une banderole devant elles sur laquelle il est écrit "Queer en chaleur / Patrons en sueur".
La Marche des fiertés pari­sienne aurait dû avoir lieu le samedi 27 juin 2026. Le préfet de Paris l’a interdite en raison de la canicule. À l’initiative des col­lec­tifs Extinction Rebellion, Noustoutes93 et Les inverti·e·s, des militant·es ont défilé dans la galerie com­mer­ciale la Samaritaine pour rappeler que « l’écologie est une lutte sociale ». Crédit : Robin Jehl

Retrouvez cet article dans la revue La Déferlante n°23 Désobéir, parue en septembre 2026. Consultez le sommaire.

Il aura fallu que Lyhanna, 11 ans, soit assas­si­née pour qu’un pays feigne soudain de découvrir ce qu’il savait depuis longtemps: chaque année, 160000 enfants sont victimes de violences sexuelles. Si seulement le printemps 2026 pouvait servir d’électrochoc, comme on l’a lu ici ou là. Si seulement, comme le deman­dentles cli­ma­to­logues, il pouvait aussi y avoir «un avant et un après» les canicules du printemps et de l’été 2026. Hélas, à l’heure où nous bouclons, nous craignons que, à la rentrée, la question des violences faites aux enfants et celle de la crise cli­ma­tique soient déjà reléguées loin dans les
discours poli­tiques.
Il est effrayant de voir à quel point la fabrique de l’ignorance fonc­tionne pour justifier l’inaction cli­ma­tique. Alors que, depuis plus de trente-cinq ans, les scien­ti­fiques alertent sur la hausse des tem­pé­ra­tures, sur la nécessité de réduire nos émissions de gaz à effet de serre en sortant de notre dépen­dance aux énergies fossiles, le Rassemblement national peut se réjouir d’avoir imposé un cadrage média­tique mal­hon­nête en annonçant un grand plan « cli­ma­ti­sa­tion ». Au lendemain de l’épisode de canicule du mois de juin, Santé publique France estimait déjà la sur­mor­ta­li­té à environ mille décès sup­plé­men­taires en trois jours (du 24 au 26 juin) : combien de mort·es faudra-t-il encore pour que le gou­ver­ne­ment fasse les choix poli­tiques qui s’imposent ?

Le caractère insou­te­nable de cet épisode ne se réduit pas au nombre de décès. Il est dans ces logements devenus des bouilloires ther­miques. Dans les quartiers popu­laires où l’accès à l’eau est cri­mi­na­li­sé1En juin dernier, dans un quartier populaire de Clermont-Ferrand, la police a saccagé à deux reprises une piscine installée par des jeunes. Lors de la canicule de mai, à Paris, des adolescent·es racisé·es ont été verbalisé·es pour baignade illicite dans le canal Saint-Martin, avant que la mairie n’autorise fina­le­ment cette pratique.. Dans les coupures d’électricité, dans les chambres d’hôpital sans cli­ma­ti­sa­tion, dans l’épuisement des travailleur·euses. Dans l’angoisse ver­ti­gi­neuse qui nous saisit lorsqu’on entend que cet été 2026 aura été le plus frais du reste de notre vie. Il est, enfin, dans ces cou­ver­tures de survie apportées par les parents pour sauver les enfants de la suf­fo­ca­tion dans des classes à 37 degrés.

Une couverture de survie est posée sur une rampe d'escalier.
Crédit : Hayan Abdallah

Oui, bien sûr que oui, vous auriez pu prédire tout cela, monsieur Macron. Parce que vous aviez connais­sance des six rapports du Groupe d’experts inter­gou­ver­ne­men­tal sur l’évolution du climat (Giec) publiés depuis 1990. Parce que les militant·es fémi­nistes et enfan­tistes, aux côtés des travailleur·euses du secteur social, ne cessent de réclamer des moyens pour lutter contre les violences faites aux femmes. D’alerter sur la nécessité de faire de la pro­tec­tion des plus jeunes une priorité nationale. Pourtant, parmi les 17 mesures prio­ri­taires détaillées dans le rapport de la Commission indé­pen­dante sur l’inceste et les violences faites aux enfants (Ciivise) remis aux autorités en 2023, seules trois sont aujourd’hui plei­ne­ment mises en œuvre par le gou­ver­ne­ment de votre Premier ministre. Concernant le climat, vous avez, pour ne prendre qu’un exemple, supprimé l’impôt sur la fortune, assumant de réduire les recettes de l’État et de rogner sur le fonds vert, créé pour accom­pa­gner les col­lec­ti­vi­tés dans la tran­si­tion écologique.

À celles et ceux qui dénon­çaient les drames provoqués par l’inconséquence de vos choix poli­tiques, vous avez d’abord choisi de répondre par le mépris (« on ne répond pas à un drame par les cris ») ou par le pater­na­lisme (« buvez de l’eau ! »). Nous payons le coût de votre inaction cli­ma­tique et des arbi­trages bud­gé­taires de vos gou­ver­ne­ments. Oui, monsieur Macron, vous êtes comptable des poli­tiques publiques que vous n’avez pas mises en œuvre depuis 2017, face à ces deux défis majeurs que sont la pro­tec­tion de l’enfance et le réchauf­fe­ment climatique.

Des militant·es lèvent les mais en l'air dans la galerie commerciale la Samaritaine.
À l’initiative des col­lec­tifs Extinction Rebellion, Noustoutes93 et Les inverti·e·s, des militant·es ont défilé dans la galerie com­mer­ciale la Samaritaine pour rappeler que « l’écologie est une lutte sociale ».
Crédit : Robin Jehl

Malgré la sidé­ra­tion, nous ne pouvons rester passifs et passives. Nous sommes de plus en plus nombreux·ses à désirer un chan­ge­ment radical de société. À envisager l’articulation des luttes fémi­nistes, enfan­tistes, éco­lo­gistes, sociales. Le 27 juin, en réponse à l’interdiction de la Pride par la Préfecture de Paris pour cause de canicule, le collectif queer Les inverti·e·s, adossé au collectif Extinction Rebellion et à Noustoutes93, a investi la Samaritaine, propriété du groupe LVMH. Une action coup de poing pour pointer les vrais res­pon­sables du chan­ge­ment cli­ma­tique : le capi­ta­lisme meurtrier et l’État qui le protège. Et rappeler que, déci­dé­ment, l’urgence est à la mobilisation.

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    En juin dernier, dans un quartier populaire de Clermont-Ferrand, la police a saccagé à deux reprises une piscine installée par des jeunes. Lors de la canicule de mai, à Paris, des adolescent·es racisé·es ont été verbalisé·es pour baignade illicite dans le canal Saint-Martin, avant que la mairie n’autorise fina­le­ment cette pratique. ↩︎
Lucie Geffroy

Elle a travaillé comme journaliste à Courrier international puis au Monde. Cofondatrice de La Déferlante, elle en est également corédactrice en chef et cheffe d'édition. Depuis Marseille, elle coordonne, entre autres, les pages BD de la revue et supervise la maison d’édition avec Emmanuelle Josse. Voir tous ses articles

Désobéir, une légitime défense

Retrouvez cet article dans la revue La Déferlante n°23 Désobéir, parue en septembre 2026. Consultez le sommaire.