Autrice de romans lesbiens – surtout des polars – et journaliste bénévole pour la presse gay et lesbienne new-yorkaise dans les années 1980, Sarah Schulman a documenté l’épidémie de VIH-sida bien avant la création d’ACT UP New York, tout en étant serveuse pour payer son loyer. Aux premières loges de l’hécatombe, elle rejoint les rangs du mouvement dès ses débuts, en 1987.
Quelques années plus tard, elle cofonde le groupe d’action Lesbian Avengers (lire « Lesbian Avengers. Allumer la mèche » dans le numéro 17 de La Déferlante, février 2025) avant de se lancer dans l’écriture d’essais, d’autres romans et de pièces de théâtre, ainsi que dans l’enseignement de l’écriture créative à l’université. En 2010, elle rejoint le conseil scientifique de Jewish Voice for Peace (la plus grande organisation juive antisioniste au monde) puis coproduit, en 2012, un documentaire intitulé United in Anger, sur l’histoire d’ACT UP New York.
Avec son essai Let the record show. Une histoire politique d’ACT UP New York (1987–1993), qui vient de paraître en France aux éditions Libertalia, la militante rend accessible l’histoire dense, conflictuelle et stratégique d’un mouvement de désobéissance civile qui, bien que très minoritaire, a forcé de puissantes institutions à agir, en usant de méthodes d’action directe qui influencent encore de nombreuses luttes pour la justice et l’égalité. Sans nostalgie, la sexagénaire se veut passeuse de cette aventure façonnée par la colère, l’urgence ou la célébration des liens, et invite à s’en inspirer pour faire face aux défis politiques actuels.

L’essayiste et activiste étasunienne Sarah Schulman a milité activement pour cette association.
Crédit : Donna Binder
Y a‑t-il un moment précis de votre vie où vous vous souvenez d’avoir sciemment désobéi ?
En 1981, avec un groupe de militantes lesbiennes, la Women’s Liberation Zap Action Brigade, nous avons interrompu une audition parlementaire contre l’avortement qui avait lieu au Sénat [à Washington], ce qui nous a valu d’être poursuivies en justice pour « perturbation des travaux du Congrès ». Quelques années auparavant, j’avais déjà été arrêtée par la police avec ma mère lors d’une action contre la guerre du Vietnam. Mais, comme la majorité des gens, c’est sans vraiment le choisir que, toute ma vie, j’ai désobéi.
Quitter sa maison, son pays ou sa petite ville parce qu’on est homosexuel·e, maltraité·e, ou pour s’ouvrir des perspectives, ça passe pour de la désobéissance. Pourtant, c’est juste une manière de refuser que sa vie soit réduite ou détruite. C’est choisir de vivre. Parfois, on dit ou on fait quelque chose qui nous semble évident et nécessaire mais qui provoque de la colère chez les autres, voire des représailles. Aujourd’hui, je travaille avec mes étudiant·es sur des ouvrages palestiniens et je soutiens la lutte pour la libération de la Palestine. Je parle politique avec les étudiant·es, et, même si ce n’est pas mon objectif, cela met en colère certaines personnes de l’université.
Selon vous, la désobéissance, c’est un tempérament davantage qu’une stratégie politique ?
Je pense que la désobéissance, chez moi, est un héritage familial. Dans les années 1970, ma mère nous emmenait, ma sœur et moi, aux manifestations contre la guerre du Vietnam. Son père – mon grand-père – avait fui la Russie à 13 ans par ses propres moyens pour échapper à la violence familiale et à la ségrégation antisémite. Une fois établi aux États-Unis, il a été emprisonné pour avoir refusé de faire son service militaire pendant la Première Guerre mondiale.
Pour écrire mon livre sur l’histoire d’ACT UP, j’ai analysé les interviews de 188 militant·es en me demandant quels étaient leurs points communs. Ce n’était ni l’expérience militante ni la formation politique. Ces personnes partageaient, en revanche, un trait de personnalité : elles ne pouvaient s’empêcher de réagir face à l’injustice. Dans les années 1980, personne ne s’attendait à ce que des homosexuels malades du sida s’organisent politiquement et qu’ils osent, par exemple, intervenir dans une cathédrale1Le 10 décembre 1989, lors d’une manifestation organisée par ACT UP avec la Women’s Health and Action Mobilization (Wham), plusieurs dizaines de manifestant·es se sont allongé·es sur le sol de la cathédrale Saint Patrick de New York. pour exiger que l’Église catholique change de discours sur le préservatif, l’homosexualité, l’avortement et l’éducation sexuelle ! Cette poignée de gays et de lesbiennes qui ont fondé ACT UP ne se sont pas dit : « On va désobéir. » Ils et elles étaient surtout très en colère et se sont organisé·es pour exiger ce qui était juste et nécessaire : des traitements, le respect et l’écoute des malades, l’aide médicale universelle et des politiques d’éducation, de prévention et de réduction des risques. Ils et elles ont dénoncé l’abandon de l’État, des familles et du monde de la recherche en refusant de mourir discrètement.
Pourquoi, selon vous, cette minorité dans la minorité homosexuelle a‑t-elle choisi la stratégie de la désobéissance civile ?
À la fin des années 1980, la majorité des jeunes gays qui mouraient en masse n’avaient pas
d’expérience militante : c’était les années disco ! Et même si beaucoup de militant·es de la lutte contre le sida étaient très imprégnés·es de culture révolutionnaire – celle du mouvement de libération gay, des féministes lesbiennes radicales et des étudiant·es sud-américain·es qui avaient fui les dictatures –, ce sont eux, ces jeunes inexpérimentés, qui ont constitué le plus gros des troupes d’ACT UP. Ils étaient malades, désespérés, et luttaient d’abord pour leur vie.
Comme moi, ces jeunes gays étaient nés dans les années 1940 et 1950 et avaient observé la résistance des activistes noir·es que des flics blancs arrêtaient et tabassaient. À cette époque, personne n’imaginait qu’il existait des enfants homosexuel·les. Pourtant, nous savions déjà que quelque chose clochait, et beaucoup d’entre nous, seul·es dans leurs familles, se sont identifié·es à ces militant·es : nous sentions que, nous aussi, nous allions devoir lutter pour avoir le droit d’exister.
« La poignée de gays et de lesbiennes qui ont fondé ACT UP ne se sont pas dit : “On va désobéir.” Ils et elles étaient surtout très en colère et se sont organisé·es pour exiger ce qui était juste et nécessaire. »
Sarah Schulman
Au début de l’écriture de Let the record show, j’ai relu la célèbre Lettre de la prison de Birmingham que Martin Luther King a rédigée en avril 1963 et dans laquelle il expliquait sa théorie de la désobéissance civile non violente : il décrivait exactement ce qu’ACT UP a mis en place [vingt ans après, sans le savoir], ça m’a marquée.
D’où vient ce choix de l’action directe à ACT UP ?
Il vient de la colère et de l’urgence. On se battait pour faire bouger de grosses institutions, et l’omniprésence de la mort nous obligeait à faire vite. Il faut rappeler ce que signifiait mourir du sida : à moins de 25 ans, devenir brutalement aveugle ou dément, avoir ses organes vitaux qui lâchent les uns après les autres. Et c’était assister à cette déchéance, aussi, de ses proches. Ce n’était pas uniquement des gens qui mouraient mais tout un monde qui agonisait atrocement. Des jeunes homosexuels ont refusé de mourir en masse dans la honte : leur désobéissance naît de cette révolte2En 1995, aux États-Unis, la maladie a déjà tué plus de 300 000 personnes. Elle est la première cause de mortalité chez les moins de 44 ans..
À quelles conditions l’action directe permet-elle aux groupes particulièrement vulnérables d’agir ?
Créer du chaos ou crier sa colère sans revendication claire, c’est voué à l’échec et ça met en danger : c’est du gaspillage de temps et d’énergie. C’est un des principaux enseignements de l’expérience d’ACT UP. Le groupe comptait 700 militant·es au plus fort du mouvement mais, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, nous étions extrêmement organisé·es. On savait qui prenait quels médicaments et, donc, combien de temps tiendraient les personnes si elles étaient interpellées par les forces de l’ordre ; on faisait des trainings pour parler aux médias, on avait des avocat·es, on connaissait les risques judiciaires. Et, surtout, nos revendications étaient très précises. Par exemple : dès 1989, ACT UP New York obtient l’accès à des molécules expérimentales pour les malades du sida exclus des essais cliniques.
De nos jours, il y a une demande formulée sur les campus pour que les universités étasuniennes se désinvestissent des entreprises et des universités israéliennes. C’est politiquement difficile à atteindre mais techniquement faisable. Des institutions adoptent ce type de démarche depuis l’époque de l’apartheid en Afrique du Sud, et des universités l’ont fait encore plus récemment contre les énergies fossiles3En 2019, l’université de Californie a retiré ses fonds de dotation et de pension des entreprises liées à l’extraction d’énergies fossiles. L’université Harvard lui a emboîté le pas en 2021.. C’est donc, selon moi, une bonne revendication, une demande gagnable. À l’inverse, un mouvement comme Occupy Wall Street4À la mi-septembre 2011, un millier de personnes manifestent dans le quartier d’affaires de New York pour dénoncer les dérives du capitalisme financier. Le mouvement pacifiste se propagera dans une centaine de villes du pays. s’est effondré parce qu’il n’avait pas de revendication claire.
Pas besoin d’être en grand nombre pour commencer à agir efficacement. Même en étant deux, on peut organiser des actions qui font la différence et mobiliser plus largement. On peut aussi s’allier avec d’autres personnes sur un point précis alors qu’on n’est pas d’accord avec elles sur le reste. Ces alliances tactiques sont encore plus nécessaires aujourd’hui : tellement de groupes sociaux subissent des oppressions qu’il est impossible d’élaborer une analyse ou une stratégie unique. Il faut une méthode qui permette d’être flexible et de former des alliances efficaces. Notre force repose sur notre capacité à nouer des alliances ponctuelles plutôt que des coalitions politiques : il est vain de chercher à mettre tout le monde d’accord. Plus il y a de personnes qui s’efforcent d’agir depuis l’endroit où elles se trouvent, plus le mouvement gagne en puissance. La démocratie radicale consiste à accepter les différences tout en partageant une vision qui exige la justice pour toutes et tous. Par exemple, aux États-Unis, on peut faire alliance avec les prêtres catholiques contre la police de l’immigration [l’ICE] et contre Donald Trump, même si, probablement, on ne sera pas d’accord sur les droits des femmes et des personnes queers.
ACT UP était très hétérogène politiquement. On partageait une même vision stratégique, tout comme la conviction que le VIH-sida était davantage qu’une simple maladie, une crise politique. Dans un livre publié en 1989, une figure d’ACT UP, Larry Kramer, faisait référence à l’Irgoun, une milice sioniste terroriste d’extrême droite, comme inspiration pour l’action collective des gays contre le VIH-sida. Il ignorait, évidemment, que l’Irgoun était d’extrême droite, mais il considérait leur combat contre « les Arabes » comme une lutte de libération contre l’antisémitisme. Cela n’a pas empêché que, en janvier 1991, ACT UP organise une grande action contre la guerre du Golfe en occupant la gare centrale de New York et en interrompant un programme télé aux cris de : « Fight AIDS, not Arabs ! » (Combattez le sida, pas les Arabes !).
Alors que vous ne vous étiez jamais intéressée à la Palestine, vous avez, à partir de 2009, apporté publiquement votre soutien à la résistance du peuple palestinien. Qu’est-ce qui a fait évoluer votre position ? Est-ce une forme de désobéissance communautaire ?
Cela peut paraître complètement fou aujourd’hui mais j’ai longtemps été très ignorante de l’histoire palestinienne. Au sein d’ACT UP, il y avait nombre de juifs et de juives – le symbole du triangle rose n’est pas apparu par hasard5Le logo d’ACT UP reprend, en l’inversant, le marquage des homosexuel·les par les nazis dans les camps de la mort, avec le message « silence = mort ».. Comme moi, beaucoup de leadeur·euses du mouvement gay et lesbien étasunien étaient né·es dans des familles rescapées de la Shoah, qui, par homophobie, les avaient rejeté·es. Nous avions grandi dans des environnements qui valorisaient l’action collective et l’engagement contre l’injustice, mais où le sionisme était la norme : nous étions sionistes par défaut, sans même y réfléchir, pensant que c’était une composante de notre judéité.
« Pas besoin d’être en grand nombre pour commencer à agir efficacement. Même en étant deux, on peut organiser des actions qui font la différence et mobiliser plus largement. »
Sarah Schulman
En 2009, à la suite de la parution de mon essai sur l’homophobie familiale, Les Liens qui empêchent (lire notre encadré ci-dessous), j’ai été invitée par une organisation LGBTQ6C’est le sigle que Sarah Schulman utilise dans ses communications et dans ses ouvrages. La Déferlante lui préfère le sigle LGBTQIA+. israélienne à donner une conférence à l’université de Tel-Aviv. Je trouvais important de dialoguer dans cet espace que je considérais alors, simplement, comme un espace politique juif. Mais un collègue – lui-même juif, de Turquie – m’a appris l’existence du mouvement Boycott, désinvestissement, sanctions7Cette campagne internationale invite au boycott économique, culturel et académique d’Israël dans le but d’obtenir le respect du droit international. (BDS) lancé par la société civile palestinienne en 2005. J’ai donc écrit à [mes consœurs essayistes juives de gauche] Judith Butler et Naomi Klein, pour les sonder. Judith Butler m’a répondu très vite, en m’envoyant plein de textes à lire pour que je me fasse ma propre idée. J’ai ouvert les yeux sur une réalité que je n’avais pas appris à questionner et j’ai compris que cet appel était justifié : j’ai décliné l’invitation. À la place, j’ai contacté Al-Qaws, un groupe composé de militant·es queers palestinien·nes et, au lieu d’aller à Tel-Aviv tous frais payés, j’ai acheté un billet d’avion pour les rencontrer à Ramallah, et discuter d’actions communes. Omar Barghouti, cofondateur et coordinateur de la campagne BDS, était là aussi. À ce moment-là ont débuté des relations de travail qui durent, maintenant, depuis dix-sept ans. Grâce à ces personnes engagées depuis longtemps pour la justice en Palestine, j’ai pu changer de perspective. J’étais déjà exclue de la communauté juive : j’avais désobéi en étant lesbienne.
On l’a vu en janvier 2021 lors de l’assaut du Capitole par des émeutiers pro-Trump : l’extrême droite peut, elle aussi, s’emparer des méthodes de désobéissance et d’action directe en faisant valoir le caractère populaire de ce type de mobilisations. Comment la gauche peut-elle s’assurer d’éviter des alliances dangereuses ?
La désobéissance n’est qu’une méthode, elle ne se suffit pas à elle-même. L’extrême droite peut l’utiliser mais nos objectifs ne seront jamais les mêmes. Définir des revendications très précises, être clair·es sur le fait qu’on ne conditionne jamais l’extension des droits d’un groupe à la réduction de ceux d’un autre me paraît être une bonne façon de ne pas faire de mauvaises alliances. Par exemple, quand le Michigan Womyn’s Music Festival a décidé, en 1991, d’exclure les femmes trans, j’ai arrêté d’y aller. Pourtant c’était un grand rassemblement lesbien qui avait lieu chaque année.
Finalement, qu’est-ce qui, selon vous, transforme l’action de quelques individu·es en colère en un mouvement qui fait bouger des lignes et inspire au-delà de ses propres rangs ?
C’est une chose qu’on ne peut jamais prévoir ! Quand on lance un mouvement, il peut se passer des années sans que rien ne se produise, et puis, soudain, ça prend parce que c’est le moment. Souvent, ce ne sont ni les pratiques ni la méthode qui ont changé, seulement le contexte. Par exemple, aux États-Unis, les mobilisations étudiantes pour la Palestine ont pris énormément d’ampleur à partir de 2023 avec l’occupation des campus. Les organisations qui sont à l’origine de ces mobilisations existent parfois depuis plus de trente ans. Patiemment, elles ont construit des réseaux militants, produit des analyses et échafaudé des stratégies : tout était prêt.
Il faut d’ailleurs souligner à quel point la transmission et la construction d’infrastructures de lutte sont importantes. Jewish Voice for Peace s’inspire beaucoup d’ACT UP et reproduit des pratiques militantes que je décris dans le livre. Elle a même organisé une immense action à la gare centrale de New York ! Mon objectif en écrivant ce livre était, précisément, de donner de l’inspiration aux militant·es d’aujourd’hui. Sans ça, j’aurais écrit un roman.
Entretien réalisé à Paris le 18 avril 2026.
Sarah Schulman en 7 dates
1958
Naissance à New York dans une famille juive d’origine russe décimée par la Shoah.
1987
Sarah Schulman rejoint ACT UP New York, qui vient d’être créé.
1989
Après Delores, son troisième roman, reçoit le Gay and Lesbian Book Award de l’American Library Association.
23 janvier 1991
L’écrivaine est arrêtée alors qu’elle participe à une occupation de la gare centrale de New York pour protester contre la guerre du Golfe.
Août 1992
Cofonde les Lesbian Avengers qui participeront à Camp Trans, un camp féministe ouvert à toutes les femmes,
y compris les femmes trans.
Janvier 2012
Participe à la première délégation queer étasunienne en Palestine organisée par Al-Qaws, Aswat et Palestinian Queers for BDS.
Septembre 2026
Parution en France de Solidarité, entre fantasme et nécessité, aux éditions B42, dans lequel elle interroge les stratégies permettant de construire des alliances politiques solides.
Lire Sarah Schulman
Voici trois essais de Sarah Schulman traduits en français qui permettent d’appréhender sa pensée. Se décrivant comme romancière « avant tout », elle a publié onze romans et pièces de théâtre mettant en scène des protagonistes lesbiennes. Seuls Après Delores (trad. Thierry Marignac, Éd. Inculte, 2017) et Rat Bohemia (trad. Valérie Leclercq, H&O Éditions, 2002) ont été traduits en français.
La Gentrification des esprits
À travers ses souvenirs, Sarah Schulman analyse la disparition concomitante, dans les années 1980, de la culture queer radicale et des quartiers populaires du Lower East Side à Manhattan. Les ravages de l’épidémie de VIH-sida ont été, écrit-elle, une occasion de gentrifier ce quartier et d’invisibiliser les imaginaires qui le caractérisaient. C’est ainsi que l’histoire sociale et politique du VIH-sida a été effacée. Cet essai témoigne aussi du niveau de tolérance à la violence homophobe et raciste à New York dans les années 1980 et 1990.

→ La Gentrification des esprits. Témoin d’un imaginaire perdu. Paru aux États-Unis en 2012 chez University of California Press, puis en France en 2018 aux éditions B42, traduit par Émilie Notéris.
Le conflit n’est pas une agression
Son essai le plus lu en France, mais aussi le plus « mal lu » selon Sarah Schulman, qui y expose le danger à confondre « conflit » et « agression » et à normaliser l’inversion des responsabilités entre agresseurs et agressé·es. Elle fait référence aux crimes policiers racistes aux États-Unis, à la criminalisation des personnes vivant avec
le VIH ou encore la rhétorique du « droit d’Israël à se défendre » pour justifier la destruction de la Palestine et des Palestinien·nes. « Mes essais sont construits comme des romans, précise-t-elle, il faut les lire en entier pour comprendre mon propos. »

→ Le conflit n’est pas une agression. Rhétorique de la souffrance, responsabilité collective et devoir de réparation. Paru aux États-Unis en 2016 chez Arsenal Pulp Press, puis en France en 2021 aux éditions B42, traduit par Julia Burtin Zortea et Joséphine Gross.
Les liens qui empêchent
Partant de sa propre expérience familiale, Sarah Schulman explique dans cet ouvrage comment l’exclusion, la dévalorisation ou le rejet, exercés par la famille produisent de l’isolement, de la précarité affective ainsi qu’une vulnérabilité accrue face aux institutions. L’autrice sort l’homophobie familiale du cercle privé et en fait un sujet collectif et politique.

→ Les Liens qui empêchent. L’homophobie familiale et ses conséquences. Paru aux États-Unis en 2009 chez The New Press, puis en France en 2024 aux éditions B42, traduit par Élodie Leplat.







