Le climat incestuel, théorisé par le psychiatre français Paul-Claude Racamier dans les années 1980, désigne tous les actes qui induisent une ambiguïté sexuelle dans les relations entre membres d’une même famille. Paul-Claude Racamier établit douze critères pour repérer le climat incestuel : blagues à caractère sexuel devant les enfants, gestes ou regards déplacés sous couvert d’« affection », confidences sexuelles des parents, possessivité anormale ou jalousie des parents envers les partenaires de leurs enfants, etc. Souvent difficile à saisir ou à prouver, le climat incestuel se caractérise par l’accumulation d’actes ambigus, accompagnés d’un silence ou d’un déni généralisé autour de cette ambiguïté. Ces comportements, pour beaucoup commis en public, induisent une complicité ou une silenciation de fait des témoins, et donc une normalisation de ces comportements au sein de la famille.
La notion de climat incestuel fait débat parmi les professionnel·les et expert·es qui travaillent sur l’inceste. Pour certain·es, le climat incestuel s’inscrit dans un continuum et permet le passage à l’acte incestueux. Il est également un signe que des actes d’inceste ont pu être commis dans la famille. Pour d’autres, la notion de climat incestuel a pour effet de minimiser des comportements dangereux : la psychologue Annie Ferrand préfère ainsi les termes de « harcèlement sexuel environnemental » ou « harcèlement sexuel par inceste » pour rendre compte plus précisément de cette réalité.
L’autrice Cécile Cée, de son côté, explique que les comportements qui caractérisent le climat incestuel constituent des passages à l’acte à part entière – et donc des traumatismes pour les victimes – et que cette notion perpétue la culture de l’inceste en classant certains comportements comme « moins graves » car plus ambigus.
Dans le cas de l’inceste commis par des mineur·es, ces derniers sont très souvent eux-mêmes victimes ou grandissent dans une famille où ce climat incestuel est installé, comme le montre Sarah Boucault dans De l’autre côté de l’inceste (La Déferlante Éditions, 2026). C’est le cas de la famille de chacun des enfants que la journaliste a rencontrés dans le cadre de son enquête.
Pour aller plus loin
- Charlotte Bienaimée, « Climat incestuel : grandir sous la menace », Un Podcast à soi, n° 61, Arte Radio, 2025, 1 heure.
- Sarah Boucault, De l’autre côté de l’inceste. À la rencontre des enfants agresseurs, La Déferlante Éditions, 2026, 256 pages.
- Cécile Cée, Ce que Cécile sait. Journal de sortie d’inceste, Marabout, 2024, 256 pages.