Quatre trophées sur cinq nominations. Lors des Victoires de la musique 2026, Theodora, 22 ans, est repartie grande gagnante de la cérémonie.
Une consécration pour cette chanteuse franco-congolaise à l’ascension fulgurante, mais qui a toujours souligné les difficultés rencontrées du fait d’être une femme noire dans l’industrie musicale française. Elle qui, lors de la cérémonie des Flammes un an plus tôt, consacrée aux cultures populaires, dédiait son prix de révélation féminine à « toutes les filles noires un peu bizarres ».
2026 marque aussi une autre bascule. Les places pour le concert d’Aya Nakamura, trois soirs d’affilée, les 29, 30 et 31 mai au Stade de France se sont vendues en un temps record. Elle devient la première femme française à réussir cet exploit. Un accomplissement qui confirme ce que les chiffres du streaming montrent depuis plusieurs années : les chanteuses noires ne sont plus en marge de l’industrie musicale, elles en sont désormais l’un des cœurs battants.
Dans le sillage d’Aya Nakamura, qui a longtemps fait figure d’unique élue, elles sont désormais plusieurs à se démarquer sur la scène francophone. « Aya Nakamura a marqué un tournant important, constate Rhoda Tchokokam, critique musicale et autrice de Sensibles. Une histoire de R&B français (Audimat Éditions, 2023). Elle montre qu’on peut se construire une base de fans sans radio ni presse traditionnelle, qu’on peut imposer un son qui n’est pas lissé, et qu’on peut émerger hors des circuits classiques des labels. » Une bascule dont les artistes elles-mêmes sont conscientes : « Aya a rebattu les cartes, estime la chanteuse belge Camille Yembe. Elle a imposé sa présence par la force de son succès, pas par la bonne volonté de l’industrie. » Même discours pour la Congolaise Faty Sy Savanet – alias Tshegue, chanteuse du groupe Tshegue, qui porte son surnom –, pour qui la figure d’Aya Nakamura a été « libératrice » : « Elle ne s’excuse pas, ne passe pas son temps à justifier sa légitimité par une longue histoire de souffrance. Elle s’assume, elle prend sa place. C’est un héritage immense pour les petites filles noires. »
Les chanteuses noires ne sont plus en marge de l’industrie musicale, elles en sont désormais l’un des cœurs battants.
Le pouvoir du public
Le plafond de verre a commencé à se fissurer au début des années 2010 grâce aux réseaux sociaux, qui ont permis aux artistes de diffuser massivement leur propre musique. Là où, hier encore, il fallait passer par les grandes maisons de disques pour enregistrer, être diffusée et simplement exister, il est désormais possible de rencontrer son public avant même de signer un contrat. « Aujourd’hui, tu peux poster un son sur TikTok, construire un public, arriver face au label avec déjà une base solide, explique l’artiste franco-suisse Yoa, qui cite le phénomène Theodora, venu court-circuiter les filtres traditionnels de l’industrie. Les gens ont d’abord accroché à sa musique, puis elle a su rebondir intelligemment sur ce buzz pour construire une carrière. La musique a parlé avant les cases. »
Ce basculement ne change pas seulement les trajectoires, il introduit un nouveau rapport de force. Conseillère productrice et manageuse de nombre d’artistes minorisé·es, Oriana Convelbo observe l’émergence d’un modèle où le public précède désormais l’institution. Selon elle, cette relation directe entre artistes et auditeur·ices redistribue le pouvoir de narration : « Les réseaux sociaux ont donné une capacité d’expression immédiate et une relation direct to fan : une tribune où l’artiste peut parler à son public sans filtre. Ça permet aussi aux artistes de trouver “les gens qui leur ressemblent” et de s’affranchir de ce qu’on attend d’elles ou de ce que l’industrie leur dicte. »

Crédit : Michel Monteils / saif images
Ce bouleversement paraît presque évident pour celles qui réussissent aujourd’hui. Il l’est beaucoup moins quand on se souvient d’où elles partent. Si leur présence semble désormais aller de soi, elle rompt avec des années de manque criant de figures d’identification proches. « Quand j’étais petite, je n’avais quasiment aucune chanteuse noire francophone comme modèle, ou alors sur des scènes très émergentes. Pour m’identifier, je devais regarder du côté des États-Unis », se souvient Camille Yembe. Rihanna, Beyoncé, Lauryn Hill… Les noms de musiciennes noires anglo-saxonnes fusent, mais du côté francophone, très peu peuvent être citées. Même constat pour Yoa : « J’ai eu beaucoup de mal à trouver des modèles français. Ado, j’ai découvert Yseult par la “Nouvelle Star1Yseult se fait connaître du grand public en 2013 lors de la saison 10 du télécrochet « Nouvelle Star ». Elle a perdu en finale face à Mathieu Saïkaly.”. C’est la seule qui m’a profondément marquée. » La Belge Mentissa, chanteuse pop révélée par le télécrochet « The Voice » France en 2021, cite également l’interprète de Corps comme référence : « C’est la première fois que j’ai vu une femme noire qui me ressemblait faire de la musique. Je me suis dit : “OK. C’est possible. Il peut y avoir une femme noire qui chante en français autrement.” » Et dans ce « faire autrement », que revendique Mentissa, se joue précisément ce refus des cases toutes faites. Car derrière l’idée de tracer sa propre voie se niche une lutte plus concrète : celle de ne plus être ramenée à une identité musicale prédéfinie.
Refuser une assignation racialisée
Les musiciennes afrodescendantes subissent une assignation quasi automatique à des genres perçus comme noirs – rap, R&B ou encore afropop –, indépendamment de la musique réellement produite. À l’image de Theodora, Aya Nakamura ou Lous and the Yakuza, régulièrement définies comme rappeuses alors que leurs influences oscillent entre la pop, la folk et les musiques afrocaribéennes. Camille Yembe, qui se caractérise comme chanteuse folk, a également été qualifiée de musicienne « urbaine ». « Pour mon premier concert, des programmateurs avaient mis “afropop” comme genre, se souvient l’interprète de Plastique. Des festivals me mettaient dans la case “urbain”, pour équilibrer des quotas implicites. Pourtant, dans ma musique, il y a du rock et des mélodies très pop. » Faty Sy Savanet, qui se définit comme « punk », a quant à elle été classifiée « afropunk » : « Il faut toujours ajouter un préfixe “afro” pour nous, s’agace la musicienne. Certains membres de l’industrie ne savaient tout simplement pas où me mettre : une femme noire, qui fait du punk, en lingala, avec une identité très marquée, ça court pas les rues. »
La même logique d’assignation rattrape aussi des artistes aux esthétiques plus grand public. Mentissa se souvient de ses premiers pas dans l’industrie : « Quand j’ai commencé à travailler avec des producteurs, ils m’ont dit : “T’as une bête de voix, mais en ce moment, c’est Aya qui marche. Donc il faut faire comme Aya.” » Tandis que Mélissa Laveaux, rockeuse invétérée, a été classée dans la catégorie « musiques du monde », un terme générique qui désigne les genres qui ne font pas partie des principaux courants occidentaux contemporains. Selon la productrice Oriana Convelbo, « cette assignation est structurelle : elle vient de la racialisation, qui enferme les artistes dans une projection esthétique et commerciale. »

Crédit : Michel Monteils / saif images
Pourtant, toutes ont des esthétiques qui leur sont propres. Une diversité qui fait mentir la caricature de ce que la société projette sur une femme noire. « Aujourd’hui, ces artistes défendent leur droit à l’individualité, observe Fatoumata Koulibaly, journaliste indépendante pour Shimmya, média spécialisé dans la scène musicale R&B. Cette nouvelle génération refuse d’être enfermée dans une représentation unique et revendique des esthétiques multiples plus douces, plus androgynes, plus expérimentales, plus rock ou plus minimaliste. »
Une autre donnée entre en compte – et les chanteuses racisées le savent – pour élargir le spectre des formes et des genres dans cette industrie musicale : la carnation de leur peau. En cause, le colorisme, une discrimination au sein d’un même groupe racisé qui avantage les peaux plus claires au détriment des peaux plus foncées. En favorisant les artistes à la carnation de peau plus claire, l’industrie a infériorisé celles à la peau foncée. « Parce que je suis métisse, je suis un “compromis acceptable”, dénonce Camille Yembe. Je sais très bien que si une femme plus foncée arrive, il est possible qu’on me privilégie moi. » En tant que métisse, Yoa estime elle aussi être favorisée : « Le colorisme, j’en bénéficie clairement. J’ai déjà entendu des phrases très directes de la part de labels comme : “Les métisses sont à la mode en ce moment.” »
Hérité des années 1990–2000, ce système discriminatoire a profondément structuré le R&B francophone. À cette époque, les femmes artistes à la peau claire, pour la plupart d’origine maghrébine, étaient plus facilement jugées « présentables » par les producteurs ou directeurs de labels, car moins immédiatement associées à une image hypersexualisée. Tandis que les chanteuses noires étaient jugées trop voyantes, trop corporelles, trop sexuelles. Ces choix ne relevaient pas seulement d’une esthétique ou d’un positionnement marketing, mais d’un regard situé : une industrie majoritairement dirigée par des hommes blancs qui évaluaient le potentiel des artistes féminines à travers des préjugés liés à leurs origines et à leur apparence.
À l’époque, producteurs et maisons de disques privilégient un modèle plus blanc, perçu comme plus rassurant pour le marché français. Dans les classements, s’imposent alors des chansons aux récits lissés et standardisés. Certaines artistes sont façonnées en figures de « grandes sœurs », érigées en modèles pour les plus jeunes. Elles s’appellent Amel Bent, Wallen ou Kenza Farah. Leur image se veut consensuelle et homogène – maquillage neutre, baggy, survêtements – tandis que les textes abordent l’amour, la résilience ou délivrent des mises en garde aux générations suivantes. Une approche qui révèle comment des biais raciaux et genrés orientent la fabrication des carrières, en assignant les musiciennes à des rôles prédéfinis.
« Il manque un référentiel et des portes d’entrée pour les jeunes professionnelles et les artistes. »
Oriana Convelbo, productrice
« Il y avait bien sûr une logique mercantile, mais aussi quelque chose de profondément politique, se souvient Oriana Convelbo. Et ça valait pour d’autres minorités : on était dans un système de boys’ club, un petit cercle qui voulait garder la main sur les carrières et le pouvoir de décision. » La productrice, elle-même noire, originaire du Burkina Faso, a observé cette volonté d’effacement des musiciennes afrodescendantes. Mais aussi des femmes noires tenant des postes à responsabilité dans l’industrie : « Nous étions peu, et cela a eu une conséquence directe : s’il n’y a pas de femmes noires aux endroits où se décident les carrières, il manque un référentiel et des portes d’entrée pour les jeunes professionnelles et les artistes. »
Une reconnaissance refusée
Pourtant, des chanteuses noires étaient bien présentes dans les années 1990–2000. « On ne peut pas parler d’invisibilisation, mais oui, certains mécanismes ont freiné ces artistes », insiste la critique Rhoda Tchokokam, qui cite K‑Reen, Princess Erika, China Moses ou encore les sœurs Laura et Chris Mayne du groupe Native, entre beaucoup d’autres, qui ont occupé l’espace musical français. Mais elles aussi sont cantonnées à des catégories considérées comme périphériques à l’époque, comme le raggamuffin, la soul variété ou encore le zouk.
Cette tension entre présence réelle et reconnaissance refusée trouve un écho tragique dans le parcours de Teri Moïse, qui s’est donné la mort en mai 2013. Derrière cette artiste révélée par le tube Les Poèmes de Michelle (1996) se dessine le parcours d’une pionnière qui a affronté son label et contribué à faire évoluer le droit des contrats d’artistes. En remportant son procès aux prud’hommes contre la major Virgin afin d’échapper à l’obligation contractuelle d’effectuer un nouvel album, elle a ouvert une brèche juridique dont toute une génération a ensuite bénéficié. Mais ce combat contre l’industrie musicale a infléchi son parcours, qui s’est achevé dans une forme d’isolement. Par ailleurs, Patrick Houlez, qui a été son compagnon pendant dix-neuf ans, rapportait juste après la mort de la chanteuse qu’elle avait énormément souffert du « racisme ambiant » de son secteur.
Dix ans après, en mai 2023, Mélissa Laveaux lui a consacré un femmage à Paris. « J’ai organisé cette journée parce que j’étais au fond du trou. J’avais signé un contrat toxique et j’apprenais que Teri Moïse, cette immense artiste, s’était suicidée dans l’indifférence générale », raconte-t-elle. L’événement avait pour but de conjurer la difficulté à faire communauté et à exister dans un milieu hostile aux femmes noires. Car c’est bien le même sentiment qu’ont éprouvé à leur arrivée en France Teri Moïse, Étasunienne d’origine haïtienne venue à Paris au début des années 1990, et Mélissa Laveaux, qui a quitté le Canada pour la France en 2017 : la solitude.

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Malgré les embûches, lorsque certaines parviennent à s’imposer, leur progression ne les met pas à l’abri d’une hostilité frontale. Cette visibilité accrue tient aussi à une forme de persévérance, en dépit d’une misogynoire toujours à l’œuvre, dans l’industrie comme dans la société. En mars 2024, des membres du groupuscule identitaire d’extrême droite Les Natifs déploient sur les quais de Seine à Paris une banderole ouvertement raciste, détournant le titre Djadja (2018) d’Aya Nakamura : « Y’a pas moyen Aya. Ici c’est Paris, pas le marché de Bamako. » À l’origine de cette action, les rumeurs de la participation de la chanteuse d’Aulnay-sous-Bois à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024. Derrière la polémique, un message implicite : rappeler à une femme noire qu’elle ne sera jamais tout à fait à sa place. Un an plus tard, les auteurs de la banderole ont été condamnés pour provocation à la haine et injures publiques aggravées à la suite d’une plainte déposée par l’artiste. Le jugement final n’a pas encore été rendu car ils ont fait appel, mais cette affaire résume la tension entre une reconnaissance qui progresse, et, en retour, une crispation violente qui refuse de la voir advenir.
Une charge raciale persistante
« Toutes les femmes noires portent une charge raciale, qu’on le veuille ou non », analyse Mentissa. Elle se souvient avoir vécu sa première confrontation directe au racisme lors de sa participation à « The Voice Kids » Belgique en 2014, qu’elle a gagné à 14 ans. « Jusque-là, j’étais “bien intégrée”, je parlais [aussi] flamand, je ne me vivais pas à travers ma couleur de peau, raconte-t-elle. J’ai lu alors pour la première fois des commentaires sur Internet comme : “Pourquoi elle ne participe pas à ‘The Voice Africa’ ?” Je me suis dit : “Le problème, ce n’est pas ma voix. C’est ma couleur.” » Lorsqu’elle concourt en 2021 à la version française de l’émission, l’accueil se révèle plus chaleureux. Elle perd en finale mais refuse de « réduire [son] aventure à une défaite ou à une question raciale ». Dans son prochain album, intitulé Enfants difficiles qui sortira en juin, la chanteuse de 26 ans aborde néanmoins de manière frontale son identité de femme noire dans l’espace francophone, et cette obligation de devoir faire « deux fois plus » que les autres femmes, car noire.
Mais toutes n’osent pas embrasser cette parole, par peur d’un backlash. « Ce qui est pervers, c’est que si tu parles trop de ça, tu deviens vite “la folle”. Le public ne t’écoute plus et les médias adorent te déformer, regrette Adés The Planet. Pour qu’un message passe, il faut déjà que les gens écoutent ta musique, que tu aies une position forte et qu’on te laisse l’espace. » Autrement dit, la prise de parole reste conditionnée à une forme de réussite exceptionnelle. Et c’est précisément là que le piège se referme. « Pendant très longtemps, il y avait cette logique : il ne peut y avoir qu’une seule élue, analyse la journaliste Fatoumata Koulibaly. Parce qu’elles sont certes plus visibles, mais encore peu nombreuses, leurs trajectoires continuent de faire figure d’exception. » Quitte à transformer ces figures en étendards, et à faire peser sur les épaules de ces femmes le poids de la représentation. À l’image d’Aya Nakamura, qui s’est retrouvée malgré elle investie du rôle de représentante de toutes les femmes noires, ou de Theodora, de qui on attend un engagement, au risque qu’au moindre écart elle subisse des critiques d’une extrême violence2En novembre 2025, le média antifasciste Lundi matin publie l’article « Théodora : traîtresse pop au service du capital ou nouvelle icône révolutionnaire afroqueer », qui reproche à la chanteuse à succès de ne pas « menacer le système ». Vivement critiqué, ce texte a soulevé la question de l’injonction faite aux artistes noires d’être militantes ou exemplaires..

Crédit : Capture TV France 2 via Bestimage
Une pression qui s’exerce sur nombre d’artistes émergentes. « Je ne représente pas toutes les femmes noires. Je représente juste mon histoire. Et j’ai peur qu’on m’impose des responsabilités qui ne sont pas les miennes », confie Camille Yembe. Derrière ce refus de l’assignation symbolique, d’autres décrivent le poids concret que fait peser cette rareté sur chaque trajectoire individuelle. « C’est très lourd, confie Faty Sy Savanet. Je ne pense pas qu’Aya se soit dit un matin : “Je vais devenir la reine de France et la représentante des femmes noires.” Toutes n’ont pas l’envie ni la force de porter ce poids-là. Une artiste a le droit de juste faire de la musique, prendre son argent et rentrer chez elle. »
La sororité comme projet politique
De cette fatigue face à l’injonction individuelle naît l’idée d’une réponse collective. Plutôt que de faire reposer la représentation sur quelques trajectoires isolées, plusieurs actrices du secteur plaident pour un partage du pouvoir et des ressources. « Je suis désormais convaincue qu’il faut mettre en place un mentorat au féminin pour les personnes racisées dans l’industrie, expose la productrice et manager Oriana Convelbo. Ce n’est plus possible de laisser le pouvoir dans un entre-soi blanc. »
Pour y remédier, des artistes prônent une sororité noire qui dépasse le simple like sur les réseaux sociaux. Malgré les réussites individuelles, à ce jour, les duos entre chanteuses noires francophones de premier plan restent rares – celui entre Meryl et Theodora faisant office d’exception. « Souvent, les artistes féminines noires vont plutôt collaborer avec des rappeurs que faire des morceaux entre elles, observe Faty Sy Savanet. Les exemples abondent : Shay et Niska, Ronisia et Gazo, Aya Nakamura et Oboy… Il faut vraiment qu’on soit plus ensemble, qu’on se soutienne, qu’on se tire vers le haut », poursuit-elle. Pour la Franco-suisse Yoa, cette absence de sororité n’est pas qu’une question de planning ou d’opportunités, mais le symptôme d’un isolement plus profond. « Ça raconte la manière dont on est chacune dans notre coin à gérer notre merde. » La mise en concurrence permanente laisse penser qu’il n’y aurait de place que pour une seule élue à la fois.

Crédit : Emmanuelle Pays / Hans Lucas
« Si je peux être présente pour quelqu’un qui débute, je le serai », confie Mentissa, qui, comme d’autres, aimerait recréer du lien à son échelle. Mais pour que cette entraide dépasse les bonnes volontés individuelles, encore faut-il accéder aux instances de pouvoir. « La pérennité de notre présence dépend de ça : voir des femmes noires devenir directrices artistiques, de label, cadres, manageuses… », souligne Mélissa Laveaux. La solidarité devient alors un projet politique. Non plus seulement une question d’affinités ou de collaborations ponctuelles, mais une stratégie consciente pour durer, transmettre et redistribuer les places autour de la table afin que cet engouement autour des femmes noires soit bien plus qu’une tendance passagère.





